Flash et Ulker voudraient démanteler la Nouvelle biscuiterie de Cherchell

jeudi 24 septembre 2009 à 2:05
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arton138350-d4ae3.jpgBenabou Kamel, président de la Fédération nationale de l’agroalimentaire, avait souligné dans sa récente intervention que « l’Etat a une part de responsabilité dans la dégradation de la situation du groupe Eriad.

« Pourvues d’équipements dépassés et vétustes, les filiales du groupe Eriad ne sont pas arrivées à affronter la concurrence déloyale du secteur privé », dira-t-il.

Au lendemain de l’Aïd El Fitr, l’un des fleurons du secteur de l’agroalimentaire national, la biscuiterie de Cherchell, est totalement à l’arrêt.

Le propriétaire turc a pris la précaution de cadenasser le bâtiment de la production de biscuits et du chocolat de ce gigantesque complexe pour interdire l’accès à toutes les personnes, y compris les agents de sécurité qui n’ont pas été renvoyés.

Les ouvriers de cette usine ont tous été mis à la porte. Après avoir effectué des démarches auprès de l’inspection du travail et face au refus de répondre favorablement aux revendications de la section syndicale UGTA de l’usine, les ouvriers ont décidé de saisir la justice pour arracher leurs droits.

« Nous avons saisi toutes les hautes autorités du pays, mais nous sommes malheureusement toujours livrés à nous-mêmes », déclare un ouvrier, membre du syndicat.

« Ils ont réussi à démanteler notre complexe, l’actionnaire algérien Flash et le turc Ulker ont installé en fin de compte un Tunisien à la tête de NBC (Nouvelle biscuiterie de Cherchell, ndlr) pour brader notre usine », indique un travailleur.

Le directeur général de NBC, le Tunisien Sofiane Gordah, dans son document du 15 juillet 2009, référencé 1049, précise : « L’usine est secouée par la difficile conjoncture économique ; à cet effet, il est dans l’obligation de suspendre la production temporairement, le temps pour l’actionnaire algérien, Boumaraf Hacen, et son homologue turc Ulker de trouver un accord pour apporter les fonds nécessaires à la reprise de l’activité. La direction générale de NBC domiciliée à Chéraga a, par conséquent, opté pour un chômage technique d’une durée de 45 jours renouvelable, enchaîne-t-il. Ainsi, les travailleurs mis au chômage technique percevront une indemnité équivalente à 35% du salaire de base ».

Dans le même document, il est stipulé qu’« une discussion avec le partenaire social sur ce sujet avait eu lieu », alors que les représentants des travailleurs, qui continuent à revendiquer leurs droits, estiment « que les clauses du cahier des charges n’ont pas été respectées ».

L’opération de privatisation du complexe de la biscuiterie d’Oued Bellah (Cherchell), qui dépendait de l’Eriad Alger, avait eu lieu le 2 février 2005 lors d’une fastueuse cérémonie qui avait regroupé des personnalités syndicales, à leur tête le patron de la centrale syndicale Abdelmadjid Sidi Saïd, en présence, naturellement, des responsables du SGP Céréales et ceux du groupe Eriad Alger.

Un accord de partenariat piétiné

La répartition des actions, selon l’acte notarial, indique que le Turc Ozmeric Ahmet Fatih est propriétaire de 42 000 actions, l’entreprise algérienne Flash obtient 1195 actions, les frères Boumaraf détiennent 5 actions.

Soit un total de 48000 actions. Le coût d’une action s’élevant à 10 000 DA.

L’accord initial stipule que le groupe algérien Flash reprend à hauteur de 90% du capital de la biscuiterie de Cherchell, quant aux 10% restants, ils seront détenus par les travailleurs de l’usine.

En contrepartie de cet accord signé entre Flash et l’Eriad Alger, il était prévu la réalisation d’un investissement croissant dans son activité de production des biscuits et de la confiserie, le maintien de l’intégrité des effectifs existants et le recrutement d’une main-d’œuvre nouvelle.

Enfreindre les lois et entretenir l’environnement économique, cela fait partie du décor en Algérie et on n’a pas jugé utile de communiquer le montant de ce contrat d’achat lors de cette journée du 2 février 2005.

Le patron de la centrale syndicale qui observe un silence aujourd’hui, bien qu’il ait été alerté par les travailleurs, avait déclaré lors de la cérémonie organisée à l’hôtel Mercure : « Je pense que nous n’avons pas le choix. Nous sommes pour une privatisation créatrice d’emplois et de richesses, mais jamais pour une privatisation de bradage. Les principes essentiels doivent être respectés dans toute action de privatisation des entreprises publiques, qui doivent se résumer en la préservation et la création d’emplois dans les entités privatisées et le renforcement des droits sociaux des travailleurs, particulièrement la protection sociale, le droit à la négociation collective et le respect de l’exercice du droit syndical ».

Le président du Forum des chefs d’entreprises (FCE), Réda Hamiani, a déploré une fois de plus, au cours de ce mois de septembre, « le plan de relance économique actuellement engagé par les pouvoirs publics n’accorde qu’une insignifiante place à l’entreprise algérienne ». Mouloud Hedir, consultant au FCE, préconise l’utilisation des mécanismes de protection de la production nationale, comme cela se fait dans les pays soucieux du développement de leur économie nationale, à l’instar des USA, de l’Angleterre… Claude Joly, directeur de Lu Algérie, qui produit des biscuits, présent lors du débat initié par le FCE, a ajouté dans son intervention : « La biscuiterie de Cherchell risque de fermer ses portes, en raison des importations massives des produits concurrents qui arrivent du pays voisin, la Tunisie, depuis l’entrée en vigueur de l’accord relatif à la zone arabe de libre-échange ».

L’inspecteur général du groupe Eriad Alger avait présidé une réunion le 10 mai 2005, dans laquelle il avait rappelé les bonnes intentions et la volonté du groupe Eriad Alger à résoudre l’ensemble des problèmes antérieurs de l’ex-filiale de la biscuiterie de Cherchell.

« Nous sommes là pour trouver des solutions qui seront portées sur le procès-verbal, la décision de régularisation de ces problèmes sera prise dans les 24 heures et mes engagements seront tenus », avait-il précisé lors de cette réunion qui avait regroupé une quinzaine de personnes qui représentaient toutes les parties impliquées dans le processus de privatisation de la biscuiterie de Oued Bellah.

Deux années après ce discours, les travailleurs livrés à eux-mêmes ne savent plus à quel saint se vouer pour régulariser leur situation, ils ont été « approchés » par des « chargés de mission » pour les convaincre de vendre leurs actions.

Ceux qui étaient chargés de cette opération de rachat des actions des travailleurs avaient proposé le prix de 265 000 DA pour chaque action.

Tous les ouvriers ont été séduits par le son des sirènes. Ils ont tous été piégés, car se trouvant en difficulté. Ils ont cédé.

Or, il est interdit à un actionnaire de racheter les actions des ouvriers. L’opération de rachat des actions des ouvriers s’était déroulée à la vitesse d’un éclair.

Dans cette opération, un seul ouvrier a osé dire non. Il est aujourd’hui l’unique travailleur actionnaire.

Le montant du capital de la biscuiterie de Oued Bellah a aussitôt enregistré une hausse.

En effet, initialement estimé à un montant qui avoisine 220 millions de dinars (22 milliards de centimes) lors de la signature du contrat de privatisation, la réévaluation du patrimoine de la biscuiterie, qui n’a enregistré aucun investissement pendant ce temps, a été estimé par un expert évaluateur désigné par Flash et Ulker à un montant de 1000 millions de dinars (100 milliards de centimes), l’équivalent de 10 millions d’euros.

M’hamed H.

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