Mme Joan A. Polaschik, ambassadrice des États Unis en Algérie “Les USA ont un grand respect pour l’Algérie”

samedi 29 octobre 2016 à 10:57
Source de l'article : Liberte-algerie.com

Lors de sa dernière visite à Tamanrasset, Mme l’ambassadeur nous a accordé une entrevue exclusive pour parler des ambitions du pays de l’Oncle Sam en Algérie et évoquer les questions communes consolidant la coopération entre les deux pays.

D’abord, peut-on savoir l’objet de votre visite dans la wilaya deTamanrasset ?
Mme Joan A. Polaschik : 
Au fait, je suis venue à Tamanrasset pour plusieurs raisons. D’abord pour découvrir cette région touristique par excellence qui jouit d’une beauté naturelle extraordinaire et d’une culture très spéciale et unique dans le monde. Mais également pour ces questions de l’heure auxquelles on peut trouver des réponses ici à Tamanrasset. Nous habitons dans un monde interconnecté et les principaux défis relevés ne connaissent pas de frontières. La situation géostratégique de l’Algérie se trouvant au carrefour des questions liées au terrorisme, à l’immigration, à la criminalité transfrontalière et au développement économique est à souligner.

Ce qui explique clairement les efforts consentis dans cette région qui se trouve, aujourd’hui, au centre de tous les fléaux. Les États-Unis sont très reconnaissant de ce que l’Algérie a fait dans ce cadre, notamment pour lutter contre le crime transfrontalier et le terrorisme. Je cite aussi la question de l’immigration qui n’est toujours pas gérée par la lutte puisqu’il y a toujours d’autres solutions que l’État algérien a adoptées pour aider cette frange vulnérable.
Le constat mène à dire qu’il y a d’importantes choses qui se passent maintenant dans cette immense wilaya que j’ai voulu visiter pour mieux comprendre les situations à même de trouver les moyens par lesquels les États-Unis peuvent intervenir en guise de soutien.

Le département d’État américain a toujours été partie prenante dans nombre de projets visant à défendre et/ou à protéger les populations de réfugiés et de migrants. Pouvez-vous nous donner l’estimation financière des aides accordées à l’Algérie ?  
Nous n’avons pas un budget spécifique pour l’Algérie parce que les États-Unis donnent directement l’argent à l’ONU. Les aides sont donc accordées en fonction des programmes bien ciblés et il n’y a pas de don direct du gouvernement américain à son homologue algérien.

Ces projets ciblent généralement les pays en crise et consistent en la fourniture de solutions durables sur lesquelles mise l’ambassade américaine. Pouvez-vous nous en parler davantage ?
En effet, il y a des programmes d’aide humanitaire et de développement durable mis en place dans les pays du Sahel, Niger, Tchad, Mali, à travers notre agence pour le développement international. Nos efforts sont donc ciblés dans des pays spécifiques. Toutefois, il faut souligner que maintenant qu’il y a une nouvelle présence internationale ici en Algérie avec la création du bureau de l’Organisation internationale de l’immigration, les conditions d’une meilleure coopération sont désormais réunies.

Je crois que c’est une chose très importante parce que c’est l’OIM qui s’occupe toujours de la question des migrants à travers le monde. C’est une autre organisation que les USA soutiennent beaucoup. Je suis sûre que son représentant est en train d’étudier la situation en Algérie pour des solutions durables. Toujours dans ce sillage, je voudrais rappeler que les USA ont déjà un programme ici à Tamanrasset et nous travaillons en étroite collaboration avec la société civile et l’ONG Green Tea qui traite avec toutes les populations vulnérables, entre Algériens et migrants. C’est très important parce qu’il y a un programme pour la santé et bien d’autre projets visant la jeunesse. Nous avons également un programme d’enseignement de la langue anglaise ici à Tamanrasset à travers l’école ABCD et notre programme Access que j’adore d’ailleurs, lequel existe un peu partout dans le monde. Il cible les adolescents issus de familles défavorisées, dont l’âge varie entre 14 et 17 ans.

Ce programme n’est pas uniquement basé sur l’apprentissage de la langue mais aussi sur le système éducatif américain pour que les jeunes apprennent à élaborer des projets de société et des programmes de services bénévoles avec leur communauté. Je tiens à rappeler que nous habitons dans un monde interconnecté et la langue d’aujourd’hui, je ne le dit pas parce que je suis ambassadeur américain, c’est bien l’anglais. C’est la langue de la technologie, des sciences, du commerce et d’Internet. Si la jeunesse algérienne veut réussir dans le monde actuel, elle devrait la maîtriser.

L’entrée en service, en août dernier, de l’École internationale américaine à Alger est certainement le fruit d’une bonne coopération entre les deux pays. Peut-on avoir le nombre d’étudiants algériens qui y sont déjà inscrits ?   
D’abord je voudrais remercier le gouvernement algérien pour son soutien à l’école qui s’inscrit dans le cadre d’un accord bilatéral négocié depuis 10 ans. C’est un processus assez long, mais on a bien réussi à la créer. Je crois que c’est plus important pour plusieurs raisons. Pour mémoire, on avait une école qui fonctionnait jusqu’en 1994, date de sa fermeture à cause des problèmes sécuritaires. Dieu merci, les choses vont beaucoup mieux maintenant et les conditions sont bonnes. Avec cette école, les enfants des diplomates américains ou encore ceux des diplomates étrangers qui parlent la langue ou qui étaient déjà dans des écoles américaines, les enfants des hommes ou femmes d’affaires seront bien pris en charge.

L’école est destinée aussi aux Algériens. Sauf que pour s’y inscrire, il faut parler l’anglais et avoir cette facilité linguistique, car tous les programmes d’enseignement sont en langue anglaise. En tout cas, c’est une bonne chose, pas seulement pour les diplomates, mais aussi pour la société algérienne qui s’ouvre à l’investissement étranger toute en jouissant d’une sécurité et d’une stabilité territoriales.

Que pensez-vous du dernier rapport américain qui prédit une guerre civile en Algérie ?
Je vous assure que le rapport n’a rien à voir avec le département américain.
La même question sur la polémique créée  par la série américaine “Designated Survivor”, évoquant la volonté de l’administration américaine de bombarder l’Algérie…

Là encore je dirai qu’il s’agit d’un drame d’Hollywood qui n’a aucun lien avec la réalité.  C’est une fiction qui ne reflète aucunement la vérité. Les États-Unis, le gouvernement américain et le peuple américain ont un grand respect pour l’Algérie, que nous considérons comme partenaire stratégique. Nous avons les mêmes visions pour la sécurité régionale et nous entretenons une bonne coopération au sujet des problèmes de développement économique et des maux transnationaux liés au terrorisme et au crime organisé.

Nous, les USA et l’Algérie, nous nous battons par conviction contre les racines économiques des problèmes transnationaux. Je voudrais encore une fois souligner qu’il n’existe aucun lien entre les acteurs d’Hollywood et le gouvernement américain. Il faut savoir qu’il n’y a pas de ministère de la Culture chez nous, donc il y a toujours une liberté de créativité et d’expression.

Revenons à votre programme de coopération. Le bureau fédéral d’investigation et de consultants et experts américains avait déjà organisé à Alger des ateliers de travail sur la gestion des urgences et des incidents agricoles afin d’aider l’Algérie à renforcer ses systèmes de sécurité chimique liés à l’utilisation des pesticides et leur défense alimentaire. Est-il envisagé de renouveler cette expérience dans le Sud, notamment au profit des localités à vocation agricole ?
Il y a toujours un programme de coopération pour la formation dans ces domaines. Malheureusement et jusqu’à maintenant, toutes les formations ont été faites à Alger. Vous avez bien fait de souligner les besoins exprimés par les localités du Sud. Je ne vous cache pas, c’est l’une des raisons pour laquelle je suis venue à Tamanrasset. Je sais que l’Algérie est un pays énorme et ce n’est pas seulement la capitale. Je cherche les moyens pour renforcer notre coopération dans plusieurs domaines, notamment l’éducation.

À ce titre, je reviens sur notre rencontre avec le responsable du centre universitaire de Tamanrasset qui s’articule autour d’une coopération avec l’ambassade américaine en matière d’enseignement de la langue anglaise. J’affirme que cette région dispose d’un potentiel économique important qui lui sert d’atout et de plateforme pour le développement de l’agriculture, de l’énergie renouvelable et bien sûr le tourisme.

Sincèrement, quelle est votre appréciation sur cette visite ?
Je trouve que Tamanrasset est une région très belle avec un peuple très chaleureux et hospitalier. C’était intéressant pour moi de m’entretenir avec les responsables de cette wilaya. J’ai eu l’honneur de discuter longuement avec monsieur le wali et j’ai eu également l’honneur de rencontrer l’Aménokal de l’Ahaggar.
J’ai appris beaucoup de choses sur la culture des Touareg. Je vais garder de bons souvenirs de ma visite à Tamanrasset.

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