Presse électronique : Quand le pouvoir dresse des faux barrages aux contenus Algériens.

samedi 22 octobre 2016 à 15:34
Source de l'article : Huffpostmaghreb.com

Twitter, Facebook, Instagram, Snapchat ont envahi les mobiles à travers le monde, et ne sont plus que des générateurs de trafic de la Webosphere. Les ad-blocks sont de plus en plus d’usage y compris sur les mobiles. Les visuels et le pré-roll vidéo publicitaire ne sont plus les bienvenus sur les écrans.

Les articles dans leurs formes écrites sont presque déjà du passé. En 2020, les vidéos seront dominantes -pour ne pas dire seules- sur les plateformes.

Si les Américains ont suivi la première élection de Barack Obama en 2008 sur Twitter, ils ont suivi en 2012 sa réélection sur Facebook. Aujourd’hui, les Américains suivent celle qui oppose Mme Clinton à M.Trump sur Snapchat.

Aux Etats-Unis, précurseur au monde des médias en ligne et lanceur de toutes les nouveautés, la révolution en ligne est permanente. Al Jazeera, la chaine de télévision arabe qui a échoué à se faire une place dans le monde des télés aux Amériques, a réussi à opérer une mutation des plus réussies.

Son site AJ+, dirigé par la journaliste palestinienne Dima El Khatib, est en pôle position des start-ups en ligne avec un contenu 100% vidéo. Sa start-up évolutive fait beaucoup parler d’elle et s’impose sur nos réseaux sociaux. Inutile de parler de Voice News, un site internet dédié aux jeunes connectés et dont l’audience dépasse de très loin celles de journaux dont la notoriété est assise depuis des lustres.

Les sites électroniques opèrent en ce moment une transformation fondamentale en devenant 100% plateformes sociales et 100% vidéo. Toujours plus vite. Toujours plus rapide que les autres. Une course vertigineuse ! Et c’est là tout le défi pour la survie des médias en ligne. En Algérie ou ailleurs.

Mais STOP !

On rembobine tout ! Il faut revenir en arrière… A la journée du vendredi 21 octobre 2016. A l’ère de la vitesse de l’éclair, au moment où ailleurs on commence à dire adieu aux articles, où on a recours de plus en plus aux directs (Lives) , où l’on monte des « stories » avec des équipes 100% vidéos toujours dans des formats de plus en plus courts et optimisés pour les réseaux sociaux… on est ramené très loin en arrière.

Une voix s’élève en Algérie et pas des moindre, celle du chef de l’Etat pour mettre en garde contre la presse électronique. Qui donc menace-t-elle cette presse électronique qui travaille, pour la plupart des titres, dans une grande adversité ? La réponse est simple : elle fait de la concurrence aux contenus extérieurs. Dans tous les pays du monde, c’est une chose positive. En Algérie non !

Le pouvoir, englué dans des calculs étriqués, ne l’aime pas car elle n’est pas facilement contrôlable. Au point d’ailleurs, suprême ironie, d’envoyer un signal à la presse-papier pour lui signifier qu’elle aussi est menacée par la presse électronique.

Le message à la presse algérienne du chef de l’Etat est anachronique, entièrement centré, on le devine aisément, sur les soucis immédiats de neutraliser des adversaires présumés.

Du coup, c’est sans nuance que la presse électronique est assimilée à la foire des réseaux sociaux où l’on trouve de tout, du pire et du meilleur.

Dans ce monde qui bouge à une allure vertigineuse, l’Algérie, comme beaucoup de pays de sa taille, doit suivre les évolutions. Le seul domaine où elle pourra faire la différence, c’est dans la production des contenus nationaux jusque-là bridés par les pouvoirs publics de manière directe ou indirecte.

On attendait donc un signal des pouvoirs publics en direction des producteurs de contenus, dont les journaux électroniques font partie, pour que les Algériens soient correctement informés sur le pays et sur le monde par des professionnels Algériens. L’enjeu est fondamental. On attendait sinon un signal annonçant un soutien du moins la promesse qu’on ne les entravera pas. On a reçu à la place un message de défiance, une menace de répression sous le terme trop vague de régulation.

Le pouvoir Algérien est en passe, une nouvelle fois, de créer des faux barrages qui n’entravent que les professionnels Algériens et qui empêchent l’Algérie d’avoir une présence sérieuse et audible sur la toile. Car ce discours anxieux et méfiant à l’égard de la presse électronique est révélateur d’une totale déconnexion qui ne prend pas la mesure de ce qu’est l’Internet aujourd’hui et de ses vrais enjeux.

La presse électronique algérienne n’est pas assimilable aux réseaux sociaux, c’est un non-sens que de faire l’amalgame. Le pouvoir détient, bien sûr, les moyens de nuire aux journaux électroniques qui sont adossés à des entreprises en bonne et due forme. Il restera totalement impuissant face à Facebook and Co. Et il n’empêchera pas des Algériens qui en ont les moyens de créer, de l’extérieur, des médias qui cibleront les Algériens.

L’Algérie risque une fois de plus de rater un important virage et de disparaître des écrans radars de la cyber-planète. On fait mine de s’inquiéter du poids des médias étrangers sur lesquels on n’a aucune influence, mais on cherche concrètement à étouffer les médias Algériens qui peuvent, de manière professionnelle, leur faire contrepoids. De manière absurde, on croit contrôler l’Internet. Et pourtant, on sait qu’un caillou ne peut pas bloquer le cours d’un torrent.

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