Déclarations des officiels français à propos de la situation en Algérie: Quand la France met les pieds dans le plat

jeudi 14 mars 2019 à 12:04
Source de l'article : Lesoirdalgerie.com

La France peine visiblement à trouver une solution de juste mesure à l’égard des événements qui se déroulent en Algérie. Emmanuel Macron et certains de ses ministres ont mis les pieds dans le plat au moment où il ne le fallait pas.

Abla Chérif – Alger (Le Soir) – Peut-on croire à une maladresse, une erreur politique comme en multiplie le Président français qui a d’ailleurs entraîné son pays dans une grande phase de déstabilisation, ou mettre simplement les dernières déclarations de la France officielle sur la grande difficulté qu’éprouve cette dernière à sauvegarder ses intérêts, sans doute ses acquis aussi, dans une situation qu’elle ne voyait pas venir de cette manière ? Sa hâte à commenter les événements en cours dans le pays tranche ainsi à tout point de vue avec les réactions internationales enregistrées jusqu’à l’heure.

Loin de la neutralité russe, du soutien américain au mouvement populaire, de la prudence de l’Union européenne, Paris affiche une réelle «passion» exprimée avec les premiers mots qu’elle ait pu trouver pour ne pas paraître en décalage avec la nouvelle page d’Histoire qui s’écrit en Algérie. Pour traduire, sans choquer, son «cauchemar algérien», selon les termes utilisés par certains médias français, Macron est passé très vite d’une période d’attentisme (liée au flou ayant précédé l’annonce du cinquième mandat) à celle d’une expression qui trahit bien son angoisse.
Comme beaucoup, le Président français n’a pas vu venir réellement l’explosion populaire algérienne, sous cette forme, et a donc très tôt laissé filtrer des informations confirmant son soutien à une nouvelle candidature de Abdelaziz Bouteflika.
Les journalistes français brieffés ont relayé la position ainsi définie en laissant cependant bien entrevoir son lien avec la grande appréhension française de se voir subir les conséquences d’une déstabilisation algérienne qui entraînerait un flux migratoire important. Une véritable hantise, alimentée par des rapports permanents des diplomates français en poste dans le pays portant sur l’état d’exaspération régnant au sein de la population algérienne et sa jeunesses en particulier.
Les connaisseurs du dossier français indiquent que la position d’Emmanuel Macron s’est ainsi forgée et puisée à partir du brûlant dossier de la migration, n’hésitant pas à se démarquer publiquement des voix, et pas des moindres, qui s’élevaient dans son pays pour décrier Bouteflika et le régime en place.

L’officialisation de l’option du cinquième mandat et les événements qui s’ensuivent semblent cependant le prendre de court. Il prend la température auprès de son ambassadeur sur place auquel il demande également d’effectuer un déplacement pour informer le ministre des Affaires étrangères. Sur cette base, Jean-Yves Le Drian se livre alors à une déclaration qui provoque une grande colère des Algériens. «Je salue la déclaration du Président Bouteflika par laquelle il annonce ne pas solliciter un cinquième mandat et prendre des mesures pour rénover le système politique algérien (…) Je pense que c’est un signe de maturité, et nous ferons tout pour accompagner l’Algérie dans cette transition avec amitié et avec respect.» Dans le pays, les réseaux sociaux s’enflamment, les manifestants sortent de nouvelles pancartes demandant à Macron de s’occuper de «ses gilets jaunes».

Des partis politiques réagissent aussi pour faire porter aux auteurs de ces propos une responsabilité historique devant le peuple algérien. Sur le net, les numéros de téléphone de l’Elysée sont mis à la disposition des citoyens appelés à joindre Paris pour protester comme ils l’ont fait avec Genève lors de l’hospitalisation de Bouteflika. Conscient de la maladresse de son ministre, Macron réagit alors qu’il se trouve en pleine conférence de presse à Djibouti. Il appelle à «une période de transition raisonnable» puis juge utile d’aller plus loin en tweetant un message dans lequel il évoque «une nouvelle page qui s’écrit dans la démocratie algérienne».

Ses déclarations successives, trop rapprochées, les commentaires réguliers de ses ministres, le trop grand intérêt porté à la situation irritent les Algériens qui évoquent des «tentatives d’ingérence», et des «méthodes dont nous ne voulons plus». La France officielle est appelée à revoir sa copie.

A. C.

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