Contribution: Peuple, je vous aime !

lundi 18 mars 2019 à 22:13
Source de l'article : Algerie360.com

Dans les récents événements qui secouent le pays, un mot d’ordre revient souvent dans les slogans des manifestations : le « Système ». Un système qu’il faudrait, selon eux, dégager à tout prix avant d’entamer une quelconque restructuration de l’état. Mais une telle requête est-elle raisonnable ? Personnellement, je ne le pense pas.

Je ne le pense pas, non seulement parce que je n’ai jamais cru en une sagesse populaire absolue : tout comme un individu ou un groupe, un peuple peut commettre des erreurs, il serait donc injuste de blâmer le haut de la pyramide pour un mal commis ou approuvé par une majorité de la population, l’Allemagne nazie en est un parfait exemple. Mais ne nous égarons pas, si je pense qu’un départ radical du système relève de l’irréalisable, c’est parce que j’ai l’ultime conviction que nous faisons tous partie de ce système, soit par nos actions, soit par notre inaction. Et là, c’est la définition même du mot système telle qu’elle est conçue par la masse que je viens remettre en cause.

Tout d’abord, qui suis-je pour dicter au peuple que penser ? « D’où nous parlez-vous ? » disaient jadis les communistes. Je suis un jeune diplômé de l’université algérienne, âgé de la vingtaine, je fais fais partie de la minorité la plus silencieuse du pays : celle qui n’a jamais pu ni su se sentir chez elle dans son propre pays, et ce, sans jamais avoir connu d’autres pays, passeport algérien oblige. Je fais partie de cette frange de la société qui n’a ni sentie touchée par le nationalisme émanant d’en haut ni submergée par l’obscurantisme régnant en bas. Si aujourd’hui on entend des discours alarmistes parlant de fuite des cerveaux, il ne faut pas croire, que c’est uniquement la faute à un état qui ne donne pas les moyens nécessaires à son elite, et que le peuple n’y est pour rien dans cette histoire. Nos esprits les plus brillants ont toujours eu ce sentiment d’être obligés de se conformer à une société malade, d’épouser des standards contraires à la liberté individuelle, à la morale, et parfois même à la raison. Et c’est pour cela que nos intellectuels qui ont choisi l’exode, préfèrent aller, non pas aux pays riches du golf, mais aux pays libres de l’occident.

Ce contexte me fait beaucoup penser à l’oeuvre de Georges Orwell, et même s’il existe plusieurs interprétations de son inégalable 1984, j’ai l’ultime conviction que Big Brother n’existe pas, il a peut-être pu exister par le passé, mais il n’existe plus dans le présent, du moins pas de manière personnifiée. Big Brother c’est nous, nous sommes notre propre dictateur : notre manière de voir le monde, nos rapports quotidiens avec nos semblables. Changer le système c’est d’abord se changer soit même, mais les gens sont-ils prêts à admettre qu’ils ont échoué en tant que nation ? Et même en tant que civilisation ? sont-ils prêts à revoir les fondements mêmes de leur identité ? Loin de toutes les considérations historiques ou principes inébranlables, appelés de manière presque mythique : « al-thawabit al-wataniya » (constantes nationales).

Oui, on pourra changer de régime, changer les têtes, appeler ça la Seconde République, État fédéral ou même Empire du Milieu, mais au fond, rien ne changera si le peuple continue à se comporter comme ses ancêtres à qui ont ne doit non seulement les moments les plus glorieux de l’histoire, mais aussi les plus sombres. « Les morts gouvernent les vivants », en disant ça, Auguste Comte n’a nullement insinué quoi que ce soit sur la santé du président, mais parle plutôt de toute cette Histoire, qui à défaut de pouvoir nous apporter des réponses quant à notre devenir, est devenue un lourd fardeau qu’on se passe de génération en génération, sans jamais la remettre en cause, sans doute par fierté idéologique.

Vous me trouverez sûrement dur avec le peuple, les complotistes diront même que je suis du clan de ceux qui tirent les ficelles, et à ceux-là je répondrai : je vous aime, je vous aime et je ne veux pas voir votre révolution se faire voler pour la nième fois. Il est facile de dégager des personnalités, de les déposséder de leurs biens et même de les guillotiner sur la place publique, mais que faire après ?

Est-ce là tout le sens de tout ce combat ? la vengeance ? Il faut que le peuple se réveille, qu’il pense à son avenir, qu’il propose un projet, une voir des alternatives, et ne plus se contenter de brandir des slogans populistes. Aucun pouvoir au monde ne pourra aller à contre courant d’une alternative claire, précise émanant d’une élite éveillée et bien reconnue. Refuser de nommer des représentants c’est basculer vers l’anarchie, même les révolutionnaires de la guerre d’indépendance avaient délégué leur élite pour négocier les accords d’Évian-les-Bains.

Et c’est là que je réitère ma demande : peuple réveille-toi, essuie la poussière qui s’était accumulé sur ton corps malade au fil des siècles, et surtout, fais confiance à ton élite, une élite que tu auras bien choisie, et que tu pourras limoger à ta guise si elle échoue à te convaincre de son projet. Sinon, tout comme Tamazight, et avant elle, l’indépendance, ton combat folklorisée et finira par servir des agendas politiques de ceux qui tiendront les rennes d’ici là, et ça se terminera comme dans la ferme des animaux… Sacré Orwell.

Chems Eddine ANNANA

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