La reconnaissance, en France, des crimes commis lors de colonisation est un « problème de génération ».

vendredi 17 février 2017 à 18:46
Source de l'article : Huffpostmaghreb.com

La reconnaissance ou pas des actes commis par la colonisation française est un « problème de génération », a affirmé jeudi l’historien français Benjamin Stora, soulignant qu’il y a un décalage entre la jeunesse française et une partie de la classe politique.

« Les excuses, c’est une chose que les Américains ont faite sur le Vietnam, ce qui leur a permis de rouvrir une ambassade et de devenir le premier partenaire commercial du Vietnam. C’est un pragmatisme qui ne s’applique pas à la France », a expliqué l’historien dans une interview à Libération en réaction à la polémique provoquée par la qualification d’Emmanuel Macron de la colonisation française de « crime contre l’humanité ».

Pour le spécialiste de l’histoire d’Algérie et du mouvement national algérien, « au fond, c’est un problème de génération », expliquant que pour un jeune d’aujourd’hui, de 25, 35 ans, « il y a une évidence dans la reconnaissance des actes qui ont été commis, c’est comme le rapport à l’esclavage, à la Shoah, ce sont des séquences historiques admises ».

Il a indiqué que pour la guerre de libération de l’Algérie et la colonisation, « on n’en est pas là ». Il fait remarquer qu’il existe un décalage entre la jeunesse et une partie de la classe politique. « Il existe un décalage entre la jeunesse et une partie de la classe politique, c’est pour cela que Macron, à 38 ans, l’a dit sur le ton de l’évidence. Et cela soulève de l’embarras à gauche, de la protestation à droite et de la virulence à l’extrême droite », a-t-il dit.

Benjamin Stora a précisé que « la qualification de crime de guerre, de crime contre l’humanité, est une vielle question qui a affleuré sans arrêt dans les débats », citant les avocats français du Front de libération nationale (FLN), l’historien Pierre Vidal-Naquet, le rapport de Michel Rocard, entre autres.

Il a souligné que dans les travaux des historiens consacrés à la colonisation de l’Algérie, où des crimes ont été commis, « il est raconté des massacres, des atrocités, que n’importe quel historien sérieux connaît ».

A propos des réactions de la droite, l’historien a estimé que « ce sont des réactions convenues ». « Quand on parle de l’histoire française, on parle des Lumières, de l’aspect glorieux, de la République égalitaire, etc. Mais très peu des zones d’ombre alors que l’histoire française en a », a-t-il expliqué, rappelant la loi de 2005 obligeant les professeurs à évoquer l’aspect « positif » de la colonisation.

« Pour la droite et l’extrême droite, l’histoire de France doit être prise comme un bloc. Mais à vouloir prendre l’histoire comme un bloc, on finirait par dire qu’il ne s’est rien passé sous Vichy, ou sous la Révolution française, comme le massacre des Vendéens ! C’est une lecture à géométrie variable. Il y a aussi, à l’extrême droite, le maintien de la mémoire impériale et le refus de l’Algérie indépendante », a-t-il ajouté, précisant qu’on « ne s’intéresse qu’à une fraction, qui a souffert de la fin de cette histoire, les harkis et les rapatriés ».

« Il faudrait demander leur point de vue aux anciens colonisés, qui ont vécu dans des sociétés coloniales pendant longtemps », a-t-il soutenu, reprenant à son compte la déclaration de Macron : « c’est vrai que la France a apporté les droits de l’homme et a oublié de les lire ».

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