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El Kala (El Tarf) : « la réouverture de la pêche au corail valorisera ce cadeau de la mer » Pprofessionnels)

Corail_417991850.jpgSaluant la décision de réouverture prochaine de la pêche au corail, ce « cadeau de la mer » dont la zone d’El Kala en produit les plus beaux, les plus recherchés et, surtout, les plus convoités, les professionnels corailleurs estiment que cette mesure ne pourra que valoriser « l’or rouge ».

Cela permettra surtout, selon des professionnels rencontrés par l’APS, de mettre un terme au braconnage effréné de cette richesse naturelle. Le corail, cet animal primitif proche des méduses, recouvrant plus de 7.000 espèces aux formes et aux couleurs très diversifiées, était, jadis, un produit recherché pour son utilisation, notamment dans la bijouterie et la décoration.

Sa surexploitation, souvent par des pêcheurs illicites peu regardants sur la manière d’opérer, avait poussé en 2001 l’Etat à interdire sa pêche.

Une étude consacrée à la détermination de la biomasse corallifère lui a été alors dédiée dans la perspective d’une meilleure préservation de cette ressource et une exploitation rationnelle des zones corailleuses, longtemps ciblées par des personnes alléchées par le gain facile et se souciant peu des dégâts importants occasionnés aux récifs corallifères qui se réduisaient considérablement au fil des temps.

Plus d’une tonne et demi de corail pêché illégalement, saisis entre 2002 et 2013

Selon des statistiques recueillies à la direction de la pêche et des ressources halieutiques d’El Tarf, il a été enregistré, entre 2002 et 2013, plus de 140 infractions liées à la pêche et à la possession illicite du corail.

Durant cette même période, 1.342,26 kg de corail ont été saisis et confisqués, en même temps que le matériel et les équipements exploités, comme les embarcations homologuée et non homologuées, les sardiniers, les petits métiers, les équipements de plongée et les engins de pêche non sélectifs, en l’occurrence la croix de Saint André qui a engendré des dégâts colossaux sur le fond marin et l’écosystème aquatique.

Il va sans dire que la pêche illicite de cette ressource avait entraîné l’implication de nombreux professionnels qui se sont orientés vers une activité facile et rentable, sans paiement de taxe ou de redevance. Malgré la vigilance des services de sécurité, le phénomène n’a malheureusement pu être stoppé. Bien au contraire, les saisies se sont multipliées et les arrestations de braconniers, exposant leurs vies aux dangers de la mer, attestent, aujourd’hui, de la gravité de la situation, ont souligné certains pêcheurs.

Ils ont par ailleurs précisé que, ce « constat amer » a donné lieu à « l’interpellation, maintes fois, des pouvoirs publics et professionnels de la filière quant à l’urgence de la reprise de cette activité de manière licite et réglementée pour mettre fin au préjudice porté à ce don de la nature ».

L’annonce, en 2013, par le ministre de la Pêche et des ressources halieutiques lors de sa visite dans la wilaya d’El Tarf, de la réouverture de l’exploitation réglementaire de cette activité, est venue, considère-t-on, « à point nommé ». Une décision accueillie avec enthousiasme par les corailleurs et armateurs.

-Réunion des ingrédients pour une reprise rationnelle de la pêche au corail

Lors de sa rencontre avec les professionnels, le ministre de la Pêche avait également annoncé la création, à El Tarf, d’une agence nationale de développement et de gestion du récif corallifère. Autant dire, avait déclaré à cette occasion le président des plongeurs-corailleurs algériens, M. Amine Albane, que tous les ingrédients pour une reprise « réelle » et « rationnelle » de cette activité sont réunis.

Joint par l’APS, le représentant des plongeurs algériens a souligné, à ce propos, l’importance du débat instauré autour des perspectives de redynamisation de cette activité ainsi que le traitement et la commercialisation du corail sur des bases « réglementaires, fiables et objectives ».

Saluant la reprise de cette activité dans un cadre réglementaire, Ali Chaïb, un exploitant transformateur de corail de la région d’El Kala a estimé, pour sa part, que cette activité « ne saurait être efficacement relancée sans la réunion d’une série de conditions nécessaires à une exploitation rationnelle de cette ressource ».

Il insistera notamment, dans ce contexte, sur « l’importance d’accorder systématiquement des autorisations de prospection pour les principales zones corallifères pour une durée minimale de deux mois en pleine saison ». Des résultats obtenus de ces prospections, il sera « possible alors de délivrer de nouvelles concessions d’exploitation sur des critères clairement établis sans recourir aux adjudications » qui favorisent, selon lui, « les uns au détriment des autres ».

Pour cet exploitant d’El Kala, le permis de pêche « pourra amplement régler la question liée à la réglementation de la pêche au corail, car ce produit de la mer impose des efforts, un savoir-faire et des moyens que seuls les professionnels peuvent mettre en place ».

Evoquant l’activité de la pêche au corail avant son arrêt, il dira que cette activité était pratiquée à El Kala, appelée jadis le « port aux breloques », où la régénération des gisements coralliens avaient été favorisée par l’arrêt de l’exploitation de cette richesse au lendemain de l’indépendance jusqu’au début des années 1970.

-Torre Del Greco, près de Naples (Italie), capitale mondiale du commerce du corail

Lorsqu’on autorisa par la suite des privés à reprendre cette activité (dans les années 1980), une trentaine d’armateurs ont commencé à se partager ce trésor des mers qu’ils acheminaient vers d’autres cieux, en l’occurrence la baie de Naples, Torre Del Greco, réputée pour sa spécialisation dans le commerce mondial du corail.

Rappelant également que l’exploitation du corail remonte au 16ème siècle, cet exploitant a fait savoir que pour ce qui est de la zone d’El Kala, « les sites corallifères étaient définis et connus depuis des années si bien que dans le cas où une institution étrangère devait prendre en charge la détermination de la ressource, cette opération ne saurait excéder un délai de 15 jours vu le nombre d’informations disponibles concernant ce sujet ».

Selon ce professionnel d’El Kala, il existe deux zones principales. La zone Est regroupe El Kala, Annaba, Chetaibi (Annaba), la Marsa (Skikda), l’Ile Ronde (Collo), Ziama Mansouriah (Jijel), Oued Skat, Oued Dass Sigli (Bejaia) et Azzefoun (Tizi Ouzou) et Dellys (Boumerdes), en plus de la zone Ouest qui englobe le Rocher de la Fourmi (Gouraya), Larhat et Damous (Gouraya), l’Ile Plane (Oran), Bouzedjar (Ain Témouchent), Tenes, Mostaganem et Arzew.

Il est primordial, a-t-il encore considéré, « d’accorder aux plongeurs algériens les moyens leur permettant d’acquérir l’expérience nécessaire pour la récolte en profondeur, là où se trouve le meilleure corail ».

De même qu’il propose de « capitaliser cette expérience acquise au lendemain de l’interdiction de cette activité en 2001, en associant ces plongeurs, dans une première phase, aux plongeurs étrangers, puis compléter leur formation théorique par un stage dans une institution reconnue ».

- La réouverture de la pêche au corail, une initiative profitable à l’économie nationale

L’accent a été mis, en outre, sur « la nécessité de transformer le corail en Algérie même afin d’éviter les erreurs du passé » lorsque durant plusieurs années des ateliers installés en Algérie « débitaient l’or rouge à 10% et l’exportaient comme produit fini avant de procéder à son deuxième traitement », ce qui assurait, a-t-il déploré, « aux italiens un nombre d’emplois considérables et surtout une plus-value très importante ».

Le décret exécutif portant sur les modalités d’exploitation de cette ressource, actuellement en voie de finalisation, fait l’objet d’un grand débat auquel sont associés l’ensemble des acteurs concernés.

La réouverture de la pêche au corail, initiative profitable pour tous, notamment pour l’économie nationale, mettra, sans nul doute, expliquent des professionnels, un terme à des années de braconnage durant lesquelles « El Mordjane », cette perle envoûtante qui n’est autre qu’un animal marin fragile, a su résister aux braconniers de tout bords, « parvenant enfin à imposer ses règles pour une pêche durable et sans dangers sur la pérennité de ce cadeau de la mer ».

Des habitants d’El Kala saisissent cette occasion pour formuler le voeu d’une reprise réelle de cette activité qui avait longtemps permis aux habitants de l’ex-La Calle et à ses visiteurs de vivre des moments de pur bonheurs à l’occasion de la fête du corail que d’aucuns souhaitent voir renaître.