Une place est restée vide à la table familiale de Mehdi. Cet Algérien de 26 ans était attendu par les siens pour le dîner, mais il ne franchira plus jamais le seuil de la maison. Abattu par la police municipale de Marseille lors d’un contrôle routier, le jeune homme est au cœur d’une bataille judiciaire : sa famille vient de porter plainte avec constitution de partie civile pour « homicide volontaire ».
Jeudi 23 avril vers 17h30, un contrôle routier dans le 11e arrondissement à l’est de Marseille a tourné au drame. Un conducteur pris au volant de sa voiture avec son téléphone à la main est soudainement descendu de son véhicule et aurait menacé les fonctionnaires de la police municipale, du moins d’après leur récit lors de la déposition.
Un des agents a vite ouvert le feu et Mehdi a été mortellement touché par plusieurs balles. Une enquête a été ouverte en flagrance et confiée à la direction de la criminalité territoriale (DCT).
Les faits rapportés par les policiers
Les premiers éléments viennent des témoignages des policiers, âgés de 52, 38 et 22 ans. Selon eux, Mehdi circulait en voiture. Quand leur véhicule de fonction parvient à sa hauteur, les fonctionnaires s’aperçoivent qu’il avait un téléphone à la main, ils décident alors d’intervenir.
L’homme de 26 ans les aurait alors invectivés puis aurait tenté de donner des coups de couteau au véhicule de police par la vitre ouverte. Les policiers dépassent alors la voiture en cause et s’arrêtent plus loin.
Les agents descendent et le conducteur serait descendu à son tour, couteau à la main, en menaçant les policiers. L’un d’eux fait feu avec son arme de service, le touchant mortellement. Lors de sa déposition, le policier auteur du tir explique avoir agi en état de légitime défense.
Suite à l’enquête ouverte, plusieurs impacts ont été découverts sur la partie haute du corps de Mehdi : à l’abdomen, au thorax et au poignet. Selon le parquet de Marseille, une autopsie a été pratiquée sur le corps de la victime.
Des témoins donnent une autre version que celle des policiers
Quatre jours après la mort de Mehdi, sa famille, en deuil, continue de poser des questions pour établir la vérité. Après l’autopsie, le corps leur a été rendu lundi dernier. Selon ses proches, les impacts de balles montrent que la victime aurait été touchée par un impact de balle dans le dos, une version que le parquet conteste : »L’autopsie réalisée vendredi confirme les trois impacts de balle, et aucun tir n’a été fait dans le dos ».
De son côté, l’avocate de la famille, Kayna Kedjar, réclame l’ouverture d’une information judiciaire pour avoir accès au dossier d’instruction en précisant « qu’un juge d’instruction impartial soit saisi ». Par ailleurs, elle ajoute que des témoins qui n’ont « pas été entendus par les enquêteurs ont donné une version qui diffère grandement de celle des tireurs ».
Ces témoins affirment que Mehdi « n’aurait pas été abattu à proximité de son véhicule ». Il « aurait été menotté et maintenu au sol alors qu’il était agonisant et se vidait de son sang« . Selon les mêmes témoignages, « avant l’arrivée des secours, les policiers ont déplacé leur véhicule à plusieurs reprises pour adopter finalement la position photographiée par les premiers constats ».
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Interdiction de paraître à Marseille
Selon les révélations du parquet de Marseille, Mehdi était « très défavorablement connu » des services de police et de justice. Il était sous le coup d’une condamnation à quatre ans de prison pour trafic de stupéfiants, prononcée en novembre 2025.
Il était visé par un mandat d’arrêt et avait précédemment été condamné à une interdiction de paraître à Marseille. Par ailleurs, le parquet de Marseille précise que sept bouteilles de protoxyde d’azote ont été retrouvées dans son véhicule.
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