Les sans domicile fixe : Le peuple de la rue

lundi 21 décembre 2009 à 0:04
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sdf_211209.jpgOn trouve les SDF partout dans les rues d’Alger, là où ceux qui passent la nuit dehors trouvent un minimum de sécurité, généralement aux alentours des commissariats ou des mosquées. Mais ce n’est pas une règle absolue, l’on peut voir ces malheureux au logis en carton n’importe où.

Ainsi, cet SDF jamais rencontré (à moins que ce ne soit le petit vieux toujours présent sur les lieux), est fidèle à l’espèce de cercueil qu’il s’est construit en carton et une grande feuille de plastique transparent en guise de toit, sur un étroit terre-plein bordant un virage, pas très loin du musée du Bardo. Le nid est solidement arrimé aux barreaux du parapet bordant la rue.

Nous savons qu’il rentre à son «bercail» chaque soir, aux différents signes que nous constatons chaque matin en passant, pour nécessité de travail, par la rue abritant son home, noyé dans une verdure rébarbative et les bouteilles et les canettes de bière.

Le constat que l’on peut faire à propos de ce cas, c’est qu’il confirme l’adage qui dit «On a beau être puissant, on finit dans un empan de terre», sauf que notre SDF n’a pas attendu l’au-delà pour se contenter que d’un espace tout juste à la mesure de ses mensurations.

Les sans logis qui squattent de manière permanente, à la nuit tombée évidemment, un coin de trottoir, une porte cochère quand les habitants de l’immeuble le tolèrent, sont légion.

Ainsi, ce couple dont on ne sait pas très bien quel lien les unit qui sort, Dieu sait d’où, couvertures et cartons, non seulement pour dormir, mais aussi pour camoufler le petit étal sur lequel la dame, vieille et handicapée, expose les cigarettes qu’elle vend pendant la journée.

Depuis des années, ce couple occupe de jour comme de nuit un angle de trottoir pas loin du marché Clauzel. Interrogé, l’homme affirme qu’ils se sentent très bien, la femme et lui-même, et qu’ils n’échangeraient pas leur mode de vie pour un autre.

Quelles sont les raisons qui jettent les gens à la rue ?
Au fil des rencontres que nous avons eues avec les SDF, une conclusion s’impose : hommes et femmes se retrouvent à la rue pour des raisons diverses, et chaque cas est une histoire originale et malheureuse, mais liée quasi-invariablement à des mésententes et conflits familiaux.

Que l’on en juge. Cette jeune fille, à peine sortie de l’adolescence, refusée par un centre dont c’est pourtant la mission d’héberger, au moins temporairement les personnes en détresse, était totalement désemparée et pleurait à chaudes larmes quand nous l’avons rencontrée à Dély Ibrahim.

Elle nous apprend qu’elle s’était d’abord présentée au commissariat de la localité pour demander secours. Les policiers lui ont alors conseillé d’aller vers un centre qui l’abritera.

Elle se rendit tardivement, et elle fut éconduite sans ménagement, on lui dit de ne plus s’y présenter. Comment se faisait-il qu’elle se retrouvât dans cette situation ? Après quelques hésitations, elle finit par nous confier qu’elle était enceinte suite à un viol, et que ses parents l’ont chassée de la maison.

Que peut-on faire pour elle ? Aucune idée ne nous vint à l’esprit, si ce n’est de lui recommander de retourner au commissariat à nouveau. N’est-ce pas que le destin de cette toute jeune fille ne s’annonce pas, et c’est le moins que l’on puisse dire, sous d’heureux auspices.

Amar, lui, la quarantaine, a élu «domicile» sous les arcades du boulevard Amirouche, juste en face du commissariat central.

Il accepta de bonne grâce et même avec quelque empressement d’être questionné et photographié.
Il pleut

à verse ce soir, il fait un froid de canard. Amar est à l’abri de la pluie, mais ni les maigres habits qu’il porte ni les deux bouts de carton qui lui servent de sommier ne le protégeront du froid.

D’ailleurs, en nous parlant, il claque des dents.Son histoire est un peu confuse, d’autant qu’il la raconte avec un débit haché et d’une voix inaudible. On a pu, quand même, comprendre que suite au décès de sa mère, cet originaire de Aïn Defla se vit porter deux rudes coups du destin successifs : son épouse l’abandonne et son père le met à la porte sans coup férir.

Travaille-t-il ou a-t-il l’intention de travailler ? Non. Comment gagne-t-il sa vie ? Il sollicite des amis et affirme qu’il ne mendie pas. Difficile à croire.

En fait, on pourrait multiplier les exemples à l’infini, que l’on ne serait pas plus avancé, à l’instar de cet homme âgé qui dort à même le sol, là où le saisit la fatigue, et qui refuse obstinément de réintégrer le centre où il était hébergé.

A noter que concernant ces centres, au nombre de trois dans le grand Alger (Bab Ezzouar, Dely Brahim et Birkhadem), ils essaient de s’acquitter de leur mission, surtout en hiver, en faisant des tournées de ramassage des sans abri, tous les deux ou trois jours. Mais leur concours dans l’atténuation du calvaire des SDF n’équivaut pas à une goutte d’eau dans l’océan…

R. S. A.Dur, dur d’être SDF en toutes saisons, mais particulièrement en hiver. Nous avons pu le constater en ces journées pluvieuses et glaciales.

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