Notre Révolution, comme toute action humaine, n’est pas exempte de ratés, d’erreurs et d’imperfections.
Elle n’en est pas moins glorieuse et unique.
Et les soi-disant révélations de politicards sur le retour, animés par le seul souci de solder des comptes, n’arriveront pas à entacher cette page lumineuse de notre histoire.
Si quelque chose a bien soudé les rangs des Algériens, au-delà de leur origine ethnique et de leur appartenance politique, c’est bien la Révolution armée. Tout le monde est d’accord sur ce point. Cette dynamique déclenchée en 1954 n’avait d’autre objectif que de récupérer l’indépendance et la souveraineté du pays, au prix fort, au prix que nous connaissons aujourd’hui.
C’est peut-être une redite, mais c’est important de le souligner en cette période trouble et si incertaine. Un million et demi de chouhada ont abreuvé cette terre de leur sang, des centaines de milliers de blessés dont certains handicapés à vie auxquels il faut ajouter des milliers de réfugiés de part et d’autre des frontières et bien sûr, des veuves et des orphelins et des familles disloquées qui ont tout perdu ont ainsi bouclé notre martyrologe.
Tous les Algériens, à un degré ou à un autre, ont pris part à cette épreuve. Celle d’un peuple démuni, sans moyens, sans calculs qui n’avait rien à perdre sinon sa misère et ses haillons. Cette guerre contre l’occupant sera menée sur tous les fronts par des hommes qui n’avaient pas d’expérience militaire et souvent aucune dans le maniement des armes. Des jeunes ont déserté les amphis pour monter au maquis, des femmes ont jeté leurs voiles pour porter secours à leurs frères du djebel, en qualité d’infirmières et de combattantes.
Bref, toute la population s’est ralliée à l’appel du djihad aussi bien dans les villes que dans les campagnes. Grâce à la solidarité de ce peuple magnifique et à son sens du devoir, l’Algérie a donné au monde une belle leçon de sacrifice. Et si aujourd’hui, elle force le respect des autres nations, c’est parce que ses enfants ont su bravement mourir.
Le fidaï kabyle qui s’est éteint sous la gégène et la torture n’a pas donné sa vie pour la Kabylie mais pour l’Algérie. Le Chaoui qui est tombé sous les balles des soldats français au détour d’un sentier au pied des Aurès n’est pas mort pour ses Nememchas mais pour l’Algérie. C’était cela la révolution au commencement, un immense creuset où sont venues se brasser et se fondre toutes les sensibilités, toutes les différences. Aujourd’hui que les clameurs de l’istiqlal se sont tues et que le pays s’apprête à fêter ses 50 ans d’indépendance, des voix s’élèvent ici et là pour semer le doute, falsifier l’histoire et remonter le chrono de leur propre révolution. Les propos hallucinants, voire carrément narcissiques de Ben Bella à l’encontre de certaines grandes figures de la Révolution, telles que Abane Ramdane, Boudiaf et Aït Ahmed sont humiliants, blessants, désobligeants et pour tout dire une insulte à tous les martyrs et grandes figures de cette nation. Compte tenu de ce qui précède, sera-t-il possible un jour aux historiens, en dépit de toutes les éclaboussures qui ont souillé cette Révolution et les déballages entre certains de ses acteurs de trouver enfin le fil d’Ariane qui leur permettra de mener sereinement à terme la rédaction de cette histoire ? La tâche sera d’autant plus difficile pour eux que des mystères longtemps cachés aux yeux du public remontent peu à peu à la surface et que certains événements sont enfin expliqués. Le cadavre du colonel Amirouche par exemple qui disparaît en 1958 et qui réapparaît quelques années plus tard. Sans oublier l’exécution du colonel Chaâbani passé froidement par les armes sans procès et sans témoins, dans un champ vague près de Canastel, la mort de Boumediene, celle de Abane, l’architecte de la Révolution, assassiné dans des circonstances obscures et dont la mémoire n’a cessé d’être retouchée.
