Marché informel de l’or, La fausse monnaie entre en jeu

mardi 27 août 2013 à 21:38
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or.jpgLe marché informel de l’or d’Oued Kniss, à Alger, a pris ces derniers temps des proportions plutôt inquiétantes. En plus de la multiplication des revendeurs d’un or souvent douteux, la fausse monnaie y circule dans l’impunité totale, selon des témoignages recueillis sur place.

Dimanche 25 août 2013. Il est 10h30. En bas du Ravin de la Femme sauvage, il est presque impossible de circuler sur le trottoir jouxtant le jardin public de Oued Kniss, où une centaine de revendeurs de l’or agressent des citoyens de passage.

Même les automobilistes n’y échappent pas, puisque des jeunes forcenés, en mal de clients leurs coupent carrément la route pour vendre ou acheter de l’or. «Avez-vous quelque chose à vendre ?», c’est la phrase qui fuse de partout, souvent sur un ton vulgaire.

Celui qui refuse de répondre à l’appel de ces jeunes déchaînés, visiblement drogués, a droit à toute sorte d’insultes. Certains fument de la drogue sans même prendre le soin de se cacher. «Ils défient l’Etat», murmure un passant qui ne comprenait pas comment l’autorité publique permet de tels dépassements.

Mais l’image la plus choquante est, sans doute, celle de ces femmes d’un certain âge, assises à même le sol, le regard fuyant, drapées dans de déplorables habits, pour la plupart d’une odeur insupportable, portant des chaînes d’or autour du cou, des bracelets aux avant-bras et des bagues aux doigts.

Difficile de croire qu’il s’agit d’une scène se produisant dans la capitale. «Voilà la carte postale d’Alger», ironise un autre passant. Ceci, côté trottoir. Côté jardin, c’est encore plus repoussant. Un espace vert, censé être celui du repos et de la détente, s’est vu transformé en un lieu de trafic en tous genres et bien évidemment de débauche.

Ce n’est pas seulement l’or souvent douteux qui est proposé, mais aussi de jeunes femmes vulnérables présentées à la carte par de vieilles entremetteuses. Histoire de joindre l’utile à l’agréable ! Traînant leurs Hidjabs sur un sol pouilleux, d’un pas lourd à faire monter une poussière allergisante, ces vieilles femmes escortées de gros bras, ne se gênent pas pour lancer à ceux qui veulent l’entendre : «Or ou chair !».

La dérive de trop Comme l’impunité continue, ouvre la voie à toutes les dérives, il y a un phénomène plutôt inquiétant qui a fini par gagner ce point noir de la capitale. La fausse monnaie. Les revendeurs comme les acheteurs d’or vérifient par deux fois les billets de banque qui circulent à Oued Kniss.

C’est carrément une atmosphère de paranoïa qui plane sur les lieux. Chacun a une petite mauvaise expérience à raconter, dans ce cadre, mais ce sont souvent les femmes qui sont victimes de cette arnaque. Jamais personne n’est coupable, tous s’en lavent les mains et pourtant, les complicités sont à tous les niveaux. «J’ai une voisine qui a vendu une parure d’or d’une valeur de 150 000 DA de centimes.

Plus de la moitié de la somme était en faux billets de 1 000 DA», jure par tous les saints une femme âgée la cinquantaine, interrogée sur place. Un jeune serveur dans une cafétéria, à vingt pas du jardin dit public de Oued Kniss, affirme que plusieurs personnes viennent par jour, l’air enragé, à la recherche d’arnaqueurs qui leur ont remis de faux billets. «Il fallait s’y attendre.

Dans un endroit de trafic d’or et de prostitution, la fausse monnaie trouve tout simplement son milieu naturel, puisque toutes les caractéristiques lui sont favorables, à commencer par l’absence de l’Etat et l’impunité», dira un monsieur sexagénaire qui n’a pas pu s’empêcher de répliquer aux confidences du jeune serveur en question.

Mais ce qui semblait le plus l’intriguer, c’est cet air de quiétude totale des revendeurs d’or qui ne prennent même pas de mesures de précaution. Ce qui l’amènera à dire : «Il y a anguille sous roche !».

M. M.

LE MUTISME DES CONCERNÉS

Contactés, plus d’un représentant et professionnel du monde des bijoux ont refusé de s’exprimer sur la concurrence déloyale, à savoir les marchés informels de l’or qui affectent gravement cette profession. Quand bien même beaucoup sont contraints de mettre la clé sous le paillasson, d’autres dans la difficulté de joindre les deux bouts, préfèrent subir cette triste réalité dans le silence.

C’est le cas d’un représentant qui n’a pas caché sa peur d’évoquer ce sujet : «Si vous voulez m’interviewer sur le problème des taxes douanières je suis disponible, mais celui de l’informel me dépasse. Cela relève des prérogatives de l’autorité publique.» Après insistance, il finira par lâcher le morceau : «J’ai déjà évoqué ce sujet, ce qui m’a coûté insultes et menaces venant de certaines parties que je ne citerai pas…».

Un autre professionnel du secteur avoua quant à lui son choix de se retirer du monde de l’artisanat des bijoux sans faire trop de bruit. D’autres n’ont même pas daigné donner des explications, alors qu’il s’agit d’abord et après tout de leur propre intérêt.

M. M.

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