[Interview] Mohamed El Hadi Hamma : le marketeur algérien qui intègre le top 100 africain

[Interview] Mohamed El Hadi Hamma : le marketeur algérien qui intègre le top 100 africain
El Hadi Mohamed Hamma, directeur marketing de Henkel Algérie

Depuis vingt-six ans, Henkel Algérie s’est imposée comme un acteur industriel incontournable sur le marché national, avec un portefeuille de marques ancrées dans le quotidien de millions de familles, Isis, Le Chat, Bref, Pril, Schwarzkopf Gliss, et des unités de production implantées à Reghaïa (Alger) et Chelghoum Laïd (Mila).

Pionnière dans la fabrication locale de produits de grande consommation aux standards internationaux, l’entreprise a franchi une nouvelle étape symbolique à l’occasion de son 25e anniversaire en lançant la production locale de Gliss, la gamme de soins capillaires emblématique de Schwarzkopf, confirmant ainsi sa volonté de s’inscrire durablement dans le tissu économique algérien. Un engagement industriel qui s’accompagne, en coulisses, d’une vision marketing affûtée, portée par des hommes et des femmes qui pensent la marque bien au-delà des frontières du marché local.

C’est dans ce sillage que le nom de M. Mohamed El Hadi Hamma, Directeur Marketing de Henkel Algérie, vient de résonner à l’échelle du continent africain. Lancé en mars 2026 par Brand Africa, en partenariat avec African Business, MiPAD et l’African Media Agency, l’ACMO 100 est le tout premier classement de référence dédié aux 100 professionnels du marketing les plus influents d’Afrique, représentant plus de 20 pays et des secteurs aussi stratégiques que les biens de consommation, les télécommunications ou la fintech.

Une distinction qui ne s’obtient pas sur candidature, mais qui se mérite, sur la base de l’influence, du leadership et de l’impact stratégique mesurable. M. Hamma y figure en représentant l’Algérie et Henkel, une double fierté qui nous a donné envie d’aller à sa rencontre pour comprendre le parcours, les convictions et la vision de l’un des marketeurs les plus influents du continent.

Henkel Algérie dans l’ACMO 100 : une distinction qui en dit long sur le talent local

Q. M. Hamma, quand vous avez appris que vous figuriez parmi les 100 directeurs marketing les plus influents d’Afrique dans le cadre de l’ACMO 100, quelle a été votre toute première réaction ? C’était une surprise, une fierté, un peu des deux ?

C’était à la fois une surprise et une grande fierté. Une surprise positive, d’abord, parce que cette distinction ne résulte pas d’une démarche volontaire ou d’une candidature, mais d’une évaluation externe, indépendante et non sollicitée. Cela lui donne une valeur particulière. Mais au-delà de l’aspect personnel, je l’ai surtout perçue comme une reconnaissance d’un travail collectif. Derrière ce type de distinction, il y a des équipes, une dynamique, une exigence partagée et une vision construite dans la durée. Je la reçois donc avant tout comme le reflet d’un engagement commun.

Enfin, cette reconnaissance représente aussi une motivation supplémentaire pour continuer à faire progresser le niveau du marketing en Algérie et à démontrer que nos talents peuvent rayonner bien au-delà de notre marché.

Q. À qui avez-vous pensé en premier en apprenant la nouvelle ? Y a-t-il des personnes, des équipes, des mentors qui ont joué un rôle déterminant dans ce parcours et à qui vous souhaitez rendre hommage ?

J’ai pensé presque immédiatement aux équipes de Henkel Algérie. Parce que derrière une reconnaissance comme celle-ci, il y a avant tout des femmes et des hommes qui, chaque jour, portent nos marques avec engagement, exigence et beaucoup d’énergie. Ce type de distinction porte un nom, bien sûr, mais elle raconte toujours une histoire collective. J’ai aussi pensé à mes managers et à mes mentors, à toutes les personnes qui, à différentes étapes de mon parcours, m’ont fait confiance, m’ont guidé, parfois challengé, et m’ont permis de grandir. On avance grâce au travail, bien sûr, mais aussi grâce aux regards, aux conseils et aux opportunités que l’on reçoit sur son chemin.

J’ai repensé à mon parcours à Henkel, qui m’a offert un environnement très formateur, structurant et stimulant. C’est une entreprise qui donne les moyens d’apprendre, d’évoluer et de se dépasser, et cela a joué un rôle important dans mon parcours. Et bien sûr, à mes proches, dont le soutien constant a été essentiel. Derrière chaque parcours professionnel, il y a aussi un équilibre personnel, une confiance, et une présence discrète mais précieuse qui permet d’avancer avec sérénité.

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Q. Cette distinction est particulière parce qu’elle n’est pas décernée sur candidature, on ne peut pas la solliciter, on la reçoit. Comment ça change la façon dont vous la percevez personnellement ?

Cela change beaucoup de choses dans la manière de la recevoir. Le fait qu’il ne s’agisse pas d’une distinction sur candidature, mais d’une reconnaissance attribuée de manière indépendante et objective, lui donne une valeur particulière. Il n’y a pas de démarche personnelle derrière, pas de mise en avant volontaire de soi : il y a simplement un regard extérieur qui évalue un parcours, une contribution et un impact.

Personnellement, cela m’apporte un sentiment de reconnaissance très fort, parce que cette reconnaissance vient du marché, de l’écosystème professionnel, et non de soi-même. Elle reflète une crédibilité construite dans le temps, à travers les résultats, la constance et la manière dont le travail est perçu au-delà de son propre environnement immédiat.

Et en même temps, ce type de distinction crée une forme de responsabilité supplémentaire. Lorsqu’on reçoit une reconnaissance de ce niveau, on se sent naturellement tenu de rester à la hauteur, de maintenir ce niveau d’exigence, et même d’aller encore plus loin. Je le vois donc à la fois comme un honneur et comme un engagement pour la suite.

Q. L’ACMO 100 regroupe des décideurs issus de plus de 20 pays, opérant dans des secteurs aussi variés que les services financiers, les télécommunications ou encore la fintech. Vous y représentez l’Algérie ainsi que le groupe Henkel, fleuron de l’industrie des produits de grande consommation. Qu’est-ce que cela signifie pour vous d’être dans cette liste ?

Être dans cette liste représente d’abord une grande fierté, parce que cela signifie porter les couleurs de l’Algérie dans un classement continental de très haut niveau, aux côtés de décideurs issus de marchés et de secteurs extrêmement dynamiques. Au-delà de la dimension personnelle, j’y vois surtout un signal positif pour notre pays et pour tout ce que le marketing algérien est capable de produire aujourd’hui en matière de talent, de vision et d’impact.

C’est aussi, à mes yeux, une forme de reconnaissance de la maturité croissante du marketing en Algérie. Notre marché est exigeant, nos consommateurs le sont aussi, et cela pousse les équipes locales à développer des approches de plus en plus sophistiquées, pertinentes et performantes. Être représenté dans ce type de classement montre que cette expertise existe, qu’elle est réelle, et qu’elle peut être reconnue à l’échelle continentale.

Enfin, cette présence dans l’ACMO 100 met également en lumière le rôle que joue Henkel Algérie sur le marché local. C’est une entreprise qui a su s’ancrer durablement dans le pays, structurer des marques fortes, investir dans les talents et contribuer à élever les standards de son industrie. D’une certaine manière, cette distinction raconte aussi cela : la capacité d’un acteur comme Henkel Algérie à construire de la valeur, à développer des expertises solides et à faire rayonner son impact bien au-delà de son périmètre immédiat.

Q. Votre nomination met aussi en lumière quelque chose qui dépasse votre seul parcours : la capacité de Henkel Algérie à faire grandir et à faire rayonner ses talents au-delà du marché local. Comment l’entreprise cultive-t-elle cet environnement ? Est-ce qu’il y a une philosophie, une culture interne qui favorise l’émergence de profils d’excellence en marketing ?

Oui, je pense qu’il existe chez Henkel une vraie culture qui favorise l’émergence de profils solides et complets en marketing, et dans ses départements en général. D’abord parce que l’entreprise repose sur un principe fort de responsabilisation : on donne aux équipes de l’autonomie, de la confiance et un vrai périmètre d’action. Cela pousse chacun à développer son sens de l’initiative, son exigence et sa capacité à prendre des décisions avec impact.

Ensuite, évoluer chez Henkel, c’est être exposé très tôt à des standards internationaux élevés et à la gestion de marques globales. Cela crée un environnement extrêmement formateur, parce qu’on apprend à conjuguer excellence d’exécution locale et cohérence avec des référentiels mondiaux. Cette double exigence fait grandir les équipes très vite, à la fois en compétence et en vision.

Dans mon propre parcours, j’ai eu la chance d’être expatrié aux émirats arabes unis et en Iran, deux expériences qui ont fortement façonné ma manière de voir le marketing, le business et le leadership. Être confronté à d’autres marchés, à d’autres cultures de consommation et à d’autres réalités opérationnelles est extrêmement structurant. Et ce qui est important, c’est que Henkel Algérie offre aussi cette possibilité à ses talents : celle de découvrir d’autres marchés, de s’enrichir à l’international, puis de revenir au pays avec une expérience élargie, au bénéfice de l’entreprise et du marché local.

Il y a une réelle volonté de faire évoluer les talents locaux vers des responsabilités de plus en plus larges. L’entreprise ne se contente pas de développer des expertises techniques ; elle cherche aussi à construire des trajectoires, à préparer des leaders capables de porter des enjeux plus stratégiques et plus larges que leur seul périmètre initial. C’est, à mon sens, l’une des grandes forces de Henkel : créer un cadre où l’on peut apprendre, performer, s’ouvrir au monde et se projeter dans la durée.

Q. On parle souvent de « fuite des cerveaux » en Algérie, mais votre cas illustre une autre réalité : celle d’un professionnel algérien qui s’impose sur la scène africaine depuis l’Algérie, au sein d’une entreprise implantée localement. Que dit cela, selon vous, de la maturité du marché algérien et du niveau de compétence de ses ressources humaines ?

Je pense que cela dit d’abord une chose essentielle : le marché algérien est beaucoup plus sophistiqué qu’il n’y paraît parfois vu de l’extérieur. C’est un marché exigeant, avec des consommateurs attentifs, informés, sensibles à la valeur, à la confiance et à la pertinence des marques. Réussir dans un tel environnement demande bien plus qu’une bonne stratégie sur le papier ; cela exige une vraie capacité d’adaptation, de lecture fine du terrain et de constance dans l’exécution.

Cela dit aussi beaucoup du niveau de compétence des ressources humaines locales. En Algérie, les équipes apprennent à évoluer dans un environnement souvent complexe, mouvant, parfois volatile, et cette réalité forge des profils très complets. Elles développent à la fois de l’agilité, de la résilience, du discernement et une forte culture du résultat. Ce sont des qualités extrêmement précieuses, y compris à l’échelle régionale ou continentale.

Enfin, je pense que cela rappelle une vérité simple : la performance ne dépend pas uniquement du contexte ou de la géographie, mais avant tout des talents, de la discipline d’exécution et de la capacité à transformer les contraintes en leviers. Quand les compétences sont là, quand les standards sont élevés et quand l’environnement permet aux talents de s’exprimer, il est tout à fait possible de rayonner depuis l’Algérie, et de le faire avec crédibilité sur une scène beaucoup plus large.

Un parcours singulier bâti sur l’exigence et la montée en compétences

Q. Pour nos lecteurs qui ne vous connaissent pas encore, pouvez-vous nous raconter brièvement votre parcours ? Comment en êtes-vous arrivé à ce poste de Directeur Marketing chez Henkel Algérie, et qu’est-ce qui vous a attiré vers les métiers du marketing au départ ?

Mon parcours s’est construit progressivement à la croisée du marketing, du commerce et de la gestion de marques. Très tôt, j’ai été attiré par le marketing parce que c’est une fonction qui se situe au cœur du business : elle oblige à comprendre le consommateur, à lire les dynamiques du marché, mais aussi à transformer cette compréhension en décisions concrètes qui créent de la croissance. C’est cette dimension à la fois analytique, stratégique et très proche de l’impact réel qui m’a toujours passionné.

Au fil des années, j’ai eu l’opportunité d’évoluer sur des périmètres variés, qui m’ont permis de développer une vision de plus en plus complète de la marque, du consommateur et des leviers de performance. Cette progression s’est faite de manière naturelle, en prenant progressivement des responsabilités plus larges, jusqu’à occuper aujourd’hui le poste de Directeur Marketing chez Henkel Algérie. Ce que j’apprécie particulièrement dans ce parcours, c’est qu’il s’est construit dans la durée, avec une montée en responsabilité qui m’a permis d’allier apprentissage terrain et vision stratégique.

Chez Henkel Algérie, j’ai trouvé un environnement particulièrement stimulant, parce qu’il combine l’exigence de grandes marques internationales avec la réalité d’un marché local riche, complexe et très formateur. C’est aussi ce qui a nourri mon envie de continuer à évoluer dans ce métier : la conviction que le marketing, lorsqu’il est bien pensé et bien exécuté, est un levier direct de transformation, de préférence de marque et de croissance durable.

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Q. En quoi le marché algérien est-il un terrain de jeu particulier pour un marketeur ? Quelles sont ses spécificités, culturelles, comportementales et économiques, qui rendent ce métier ici à la fois exigeant et passionnant ?

Le marché algérien est un terrain particulièrement stimulant pour un marketeur, d’abord parce qu’il est porté par un consommateur très attentif à la valeur réelle de ce qu’on lui propose. Ici, la confiance dans la marque ne se décrète pas : elle se construit dans la durée, à travers la qualité, la cohérence et la capacité à tenir ses promesses. Cela oblige les marques à être justes, utiles et crédibles, ce qui rend le marketing à la fois plus exigeant et plus intéressant.

Ensuite, c’est un marché profondément hybride. On y observe une digitalisation rapide des usages, une montée en puissance des réseaux sociaux et une circulation très forte de l’information, tout en conservant, en parallèle, des comportements d’achat, des réflexes culturels et des logiques de proximité très ancrés. Pour un marketeur, cela signifie qu’il faut savoir naviguer entre ces deux réalités : comprendre les nouveaux codes, sans jamais perdre le lien avec les habitudes, les sensibilités et les attentes locales.

Enfin, le marché algérien impose une vraie agilité. Il faut être proche du terrain, capable d’écouter vite, d’ajuster vite, et de rester connecté aux réalités économiques, sociales et culturelles du quotidien. C’est précisément ce qui rend ce métier passionnant ici : rien n’est jamais totalement figé, et la qualité du marketing se mesure autant dans la stratégie que dans la capacité à rester au contact du réel.

Q. Au fil des années, quelle est la campagne ou la décision marketing dont vous êtes le plus fier ? Celle qui, selon vous, a vraiment fait la différence pour une marque ou pour le consommateur algérien ?

S’il fallait retenir une fierté, ce ne serait pas forcément une campagne isolée, mais plutôt toutes les initiatives qui ont été pensées à partir d’une compréhension fine du consommateur et qui ont généré un impact business réel. Pour moi, les décisions marketing les plus importantes sont celles qui ne cherchent pas seulement à faire du bruit, mais à créer une vraie valeur pour la marque comme pour les personnes à qui elle s’adresse.

Je suis particulièrement attaché aux activations qui ont permis de rapprocher nos marques du quotidien des Algériens, en les rendant plus utiles, plus proches et plus pertinentes dans leur vie de tous les jours. Je pense évidemment à Tahla Lemma, qui a été créée il y a plus d’une décennie et qui nous a permis, au fil des années de nous rapprocher de nos consommateurs à travers des iftars collectifs durant le Ramadan. Je pense également à toutes les activations en lien avec notre marque iconique Isis, ou encore Bref Quartier Propre, à travers laquelle nous avons contribué au nettoyage et à rénovations de quartiers et monuments historiques.

Au fond, les choix dont je suis le plus fier sont ceux qui ont contribué à renforcer la préférence de marque sur le long terme, plutôt que de rechercher une visibilité immédiate sans lendemain.

Digital, durabilité et équité : les trois piliers marketing de Henkel Algérie

Q. Votre distinction continentale est aussi le reflet d’une politique RH assumée : Henkel Algérie fait le choix de miser sur les talents locaux, depuis les lignes de production jusqu’aux postes de direction. Comment cette philosophie « talent local » se traduit-elle concrètement dans la gestion des équipes, et pensez-vous qu’elle constitue un avantage compétitif pour l’entreprise sur le long terme ?

Il y a indéniablement, chez Henkel Algérie, une conviction forte : la performance durable se construit avant tout avec des talents qui connaissent profondément leur marché, ses réalités, ses codes et ses attentes. Miser sur les talents locaux, ce n’est pas simplement un choix RH, c’est un choix stratégique. Parce qu’une entreprise ne peut créer de la valeur dans la durée que si elle s’appuie sur des femmes et des hommes capables de comprendre leur environnement avec finesse et d’agir avec justesse.

Concrètement, cela se traduit par une implication réelle des équipes locales dans les décisions stratégiques. Elles ne sont pas seulement dans l’exécution ; elles participent à la réflexion, à l’adaptation des approches, à la lecture du marché et à la définition des priorités. Mais cela s’inscrit aussi dans une culture de groupe beaucoup plus large, profondément attachée à la diversité et à l’internationalité. Chez Henkel, il n’est pas rare de voir des talents algériens évoluer vers des postes clés à l’étranger, tout comme des profils internationaux venir contribuer en Algérie. Cette circulation des expériences et des regards enrichit énormément les équipes et crée un environnement particulièrement stimulant.

À long terme, je suis convaincu que cela constitue un avantage compétitif majeur. Dans un marché comme l’Algérie, la compréhension fine du consommateur, de ses arbitrages, de ses sensibilités et de ses comportements fait une réelle différence. Lorsqu’une entreprise parvient à combiner cette intelligence locale avec des standards d’excellence élevés, une ouverture internationale et une vraie diversité des profils, elle se donne les moyens d’être plus proche, plus pertinente et plus performante dans la durée. C’est précisément cette articulation entre enracinement local et richesse des parcours qui fait, selon moi, la force du modèle Henkel.

Q. Concrètement, quel type d’investissement Henkel Algérie consacre-t-elle au développement des compétences de ses équipes marketing (formations, certifications, expositions à des marchés internationaux) ? Et dans quelle mesure cet investissement a-t-il contribué à forger l’expertise qui vous a valu cette reconnaissance africaine ?

Henkel consacre un investissement réel et structuré au développement des compétences de ses équipes marketing. Cela passe d’abord par des programmes de formation déployés au niveau du groupe, qui couvrent des dimensions clés comme le digital, la construction de marque, l’analyse du consommateur ou encore le leadership. Cet environnement est très formateur, parce qu’il permet aux équipes d’évoluer dans un cadre exigeant, avec des référentiels solides et une montée en compétence continue.

À cela s’ajoute une exposition régulière à des marchés régionaux et internationaux, que ce soit à travers des interactions transversales, des projets partagés ou des parcours qui permettent de sortir de son seul périmètre local. Cette ouverture est essentielle, parce qu’elle élargit la vision, confronte à d’autres approches et pousse chacun à élever son niveau de lecture stratégique. Dans mon propre parcours, cette dimension a eu un impact très important sur la manière dont j’ai construit mon expertise.

Henkel repose sur une culture forte de partage des best practices, de coaching et d’apprentissage collectif. On y apprend beaucoup au contact des autres, à travers les échanges, les retours d’expérience et les standards que l’on se transmet. Je pense que cette combinaison entre formation structurée, exposition internationale et accompagnement dans la durée a largement contribué à forger l’expertise qui m’a valu aujourd’hui cette reconnaissance. Plus qu’un parcours individuel, c’est le résultat d’un écosystème qui pousse chacun à grandir et à donner le meilleur de lui-même.

Q. Henkel est présente en Algérie depuis 2000, avec des marques qui font partie du quotidien des Algériens, Isis, Le Chat, Bref, Pril, Schwarzkopf… Comment construit-on une relation de confiance durable entre une marque internationale et un consommateur local ?

La confiance se construit d’abord sur la constance de la qualité. Qu’il s’agisse d’une marque internationale ou locale, la promesse doit être confirmée chaque jour par l’expérience réelle du consommateur. Elle repose aussi sur une vraie capacité à comprendre les attentes locales, les usages et les codes culturels, tout en restant fidèle à l’identité de la marque.
Ce sont la constance, la clarté et la proximité qui créent un attachement durable avec le consommateur, fondement d’une relation à long terme et d’une cohérence de marque forte.

Q. Henkel a récemment franchi un cap important avec la production locale de marques emblématiques comme Schwarzkopf Gliss. Quel rôle le marketing joue-t-il dans cette dynamique « Made in Algeria » ? Comment on communique sur un produit international fabriqué localement sans perdre sa promesse de qualité ?

Le rôle du marketing est de rendre cette transition lisible pour le consommateur. Concrètement, il faut expliquer que le produit est désormais fabriqué localement, tout en réaffirmant qu’il respecte les mêmes standards, les mêmes formules et les mêmes exigences de qualité que partout ailleurs dans le groupe. Toute la communication doit justement reposer sur cet équilibre : valoriser l’ancrage local, tout en réaffirmant que la marque reste fidèle à ses standards internationaux. La force du message, c’est de faire comprendre que le lieu de fabrication change, mais pas l’exigence de qualité, ni la promesse de la marque.

Au fond, l’objectif est simple : prouver que local ne veut pas dire compromis, mais excellence. Quand cette articulation est bien portée, le Made in Algeria devient non seulement une réalité industrielle, mais aussi un véritable levier de préférence et de fierté.

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Q. On parle beaucoup de la transformation digitale dans le marketing. Comment Henkel Algérie a-t-elle intégré le digital dans sa stratégie de marque, et qu’est-ce que cela a concrètement changé dans votre façon de comprendre et d’adresser le consommateur algérien ?

Le digital a fait évoluer notre marketing vers une approche beaucoup plus data-driven et plus agile. Il nous permet de piloter plus finement nos actions, de tester plus vite, d’ajuster plus rapidement et de prendre des décisions davantage nourries par les comportements réels du consommateur. Concrètement, cela a changé notre manière de comprendre le consommateur algérien. Aujourd’hui, nous pouvons capter plus rapidement ses attentes, suivre l’évolution de ses usages et identifier en temps quasi réel les signaux qui comptent. Cela rend notre lecture du marché plus réactive, plus précise et plus proche du terrain.

Dans ce contexte, le social media a pris une place beaucoup plus stratégique. Ce n’est plus seulement un canal de visibilité, mais un espace d’écoute, d’interaction et d’apprentissage, qui nous aide à construire des marques plus pertinentes, plus proches et plus en phase avec les attentes des consommateurs.

Q. Henkel s’est engagée publiquement sur les Objectifs de Développement Durable, notamment en matière d’égalité des genres dans les postes de responsabilité. Comment cet engagement se traduit-il concrètement au sein des équipes marketing de Henkel Algérie, et pensez-vous que le secteur du marketing en Algérie est globalement en avance ou en retard sur cette question ?

Chez Henkel, ce sujet se traduit d’abord par une culture où la compétence et la performance priment. L’ambition est de créer un environnement dans lequel chacun peut évoluer et accéder à des responsabilités sur la base de son potentiel, de ses résultats et de sa capacité à contribuer durablement à la performance de l’entreprise. On observe aujourd’hui une progression réelle de la représentation féminine dans les équipes, y compris sur des postes à responsabilité. Ce mouvement est important, parce qu’il enrichit les points de vue, les styles de leadership et, au final, la qualité des décisions. C’est une dynamique positive qui s’inscrit dans le temps et qui reflète une évolution plus large des organisations.

À l’échelle du secteur marketing en Algérie, je dirais que c’est un sujet en amélioration continue. Des avancées réelles existent, et le marketing fait probablement partie des fonctions où cette évolution est visible, mais il reste encore du chemin pour transformer durablement les équilibres à tous les niveaux de responsabilité. L’important est que cette progression reste portée par des pratiques concrètes, de la constance et une vraie exigence d’équité.

Q. La durabilité est devenue un impératif stratégique pour les marques, mais sur le terrain, comment un directeur marketing l’intègre-t-il dans son travail quotidien ? Est-ce que « marketer durablement » change réellement la façon de concevoir une campagne, de choisir un message, de cibler un consommateur, ou risque-t-on parfois de tomber dans le greenwashing ?

Aujourd’hui, la durabilité ne peut plus être traitée comme un sujet périphérique ou uniquement institutionnel. Elle doit être intégrée dans les décisions marketing elles-mêmes, qu’il s’agisse du produit, du packaging, du message ou de la manière dont la marque construit sa valeur dans le temps. Marketer durablement, ce n’est pas ajouter un discours en plus ; c’est repenser certaines décisions à la base.

C’est aussi là que la question du greenwashing devient centrale. Dès qu’il y a un décalage entre ce que la marque dit et ce qu’elle fait réellement, la confiance se fragilise. La durabilité impose donc une exigence de cohérence très forte : on ne peut communiquer durablement que sur des engagements réels, mesurables et crédibles.

Chez Henkel, cette approche est avant tout structurante. La durabilité n’est pas pensée uniquement comme un sujet de communication, mais comme un cadre qui influence les choix, les priorités et la manière de concevoir la performance dans la durée. Le rôle du marketing, dans ce contexte, est de rendre ces engagements lisibles et pertinents pour le consommateur, sans jamais les surpromettre.

IA, data et réseaux sociaux au cœur de la stratégie marketing de Henkel Algérie

Q. Quelles sont, selon vous, les grandes tendances qui vont redéfinir le marketing en Afrique et en Algérie dans les cinq prochaines années ? Intelligence artificielle, données, nouvelles formes de consommation… par où passera la transformation ?

Je pense que la première grande transformation viendra de l’intelligence artificielle et de la data. Elles vont permettre un marketing beaucoup plus fin, plus prédictif et plus personnalisé, avec une capacité accrue à comprendre les signaux faibles, à adapter les messages et à piloter les décisions presque en temps réel. Cette évolution est déjà engagée, mais elle va clairement s’accélérer dans les prochaines années.

Ensuite, le contenu digital et les plateformes sociales vont continuer à redessiner la relation entre les marques et les consommateurs. En Afrique comme en Algérie, on voit déjà à quel point les réseaux sociaux sont devenus des espaces d’influence, de découverte, d’interaction et parfois même de transaction. Cela va pousser les marques à produire des contenus plus utiles, plus rapides, plus conversationnels et surtout plus ancrés dans les codes culturels de leurs audiences.

À mon sens, la vraie transformation passera par la capacité des marques à rester à la fois plus intelligentes dans leurs outils et plus justes dans leur lecture du consommateur.

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Q. Quel message souhaiteriez-vous adresser aux jeunes marketeurs et professionnels de la communication algériens qui lisent cet article et qui aspirent à avoir un impact similaire ?

Je leur dirais d’abord que le marketing est un métier d’exigence. Il demande de la curiosité, une vraie discipline d’apprentissage et beaucoup de rigueur. Il faut rester ouvert, observer en permanence, comprendre les mutations du marché, des usages et des outils, sans jamais cesser de se remettre en question.

Je leur dirais aussi que l’impact ne vient pas seulement de la créativité ou de la visibilité, mais d’une compréhension profonde du consommateur. Plus on comprend finement les attentes, les arbitrages, les freins et les aspirations des gens, plus on est capable de construire un marketing qui compte vraiment et qui crée de la valeur durable.

Enfin, j’aimerais leur dire que les talents algériens ont toute leur place dans des trajectoires d’envergure, y compris internationales. Il ne faut jamais sous-estimer ce que l’on peut construire depuis l’Algérie, à condition d’avoir de l’ambition, de la constance et une vraie volonté de progresser. Les parcours existent, et ils sont possibles pour celles et ceux qui acceptent d’apprendre, de travailler dur et de voir grand.