Gaz : La Turquie défie l’Europe et courtise l’Algérie avec un contrat XXL

Gaz : La Turquie défie l’Europe et courtise l’Algérie avec un contrat XXL
Alparslan Bayraktar

En marge de la visite d’État de Tebboune à Ankara, le ministre turc de l’Énergie, Alparslan Bayraktar, a frappé un grand coup diplomatique. En proposant de doper les importations de GNL algérien sur le long terme, la Turquie ne se contente pas de sécuriser ses besoins : elle envoie une pique directe à une Union européenne jugée trop hésitante.

« L’Europe ne peut pas offrir à l’Algérie un engagement à long terme, mais nous lui avons dit de ne pas s’inquiéter ; nous le pouvons. » Cette déclaration du ministre Bayraktar, rapportée le 8 mai 2026, résume parfaitement la stratégie turque. Alors que les pays européens, contraints par leurs objectifs de décarbonation et les règlements sur les émissions de méthane, rechignent à signer des contrats s’étendant sur plus de dix ans, Ankara propose une stabilité dont Sonatrach est friande.

Les chiffres d’une montée en puissance

Ankara ambitionne de donner un nouvel élan à sa coopération énergétique avec l’Algérie en renouvelant le contrat liant BOTAŞ et Sonatrach dès 2026, anticipant ainsi l’échéance de septembre 2027. Cette nouvelle mouture prévoit une augmentation substantielle des volumes annuels, qui passeraient de 4,4 à 6,5 milliards de mètres cubes, le tout s’inscrivant dans un engagement contractuel de long terme d’une durée de cinq à dix ans.

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Si ce contrat est signé, l’Algérie représenterait à elle seule près d’un tiers des importations turques de gaz liquéfié (GNL). Une partie de ce gaz pourrait d’ailleurs être réexportée vers l’Europe via les installations turques, notamment vers la Bulgarie, renforçant le rôle de la Turquie comme hub énergétique incontournable.

Un partenariat qui descend dans l’amont

L’ambition turque ne s’arrête pas à l’achat de gaz. Le ministre Bayraktar a révélé que des discussions avancées sont en cours entre la compagnie publique turque TPAO et Sonatrach.

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L’idée serait d’utiliser la flotte technologique turque — navires sismiques et navires de forage — pour explorer les eaux territoriales algériennes. En devenant un partenaire de l’exploration-production (amont), la Turquie passerait du statut de simple client à celui de partenaire industriel stratégique, directement impliquée dans la recherche de nouveaux gisements.

Les défis de Sonatrach

Pour le géant public algérien, cette offre est séduisante mais exigeante. Bien que l’Algérie soit le deuxième fournisseur de l’UE par pipeline, sa production nationale a enregistré un léger recul en 2025 (101,84 milliards de m³). Avec une consommation intérieure en forte croissance, Sonatrach doit impérativement augmenter ses capacités de production.

C’est tout l’enjeu du plan d’investissement de 60 milliards de dollars (2025-2029) et du lancement de l’appel d’offres « Algeria Bid Round 2026 ». L’engagement turc à long terme offre une visibilité financière précieuse pour soutenir ces investissements massifs.

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