Younès Grar ,consultant en Tic,"Le retard de la 3G est dû à plusieurs facteurs politiques et techniques"

dimanche 11 août 2013 à 9:56
Source de l'article : Lexpressiondz.com

P130811-07.jpgYounès Grar a créé le premier provider privé en Algérie dans les années 1990 «Gecos». Son expérience dans les télécoms est reconnue sur le plan international. Devenu conseiller du ministre de la Ptic et consultant en TIC pour de nombreux organismes, il nous livre son éclairage sur les récentes annonces sur la 3G.

L’Expression: Quelles sont les raisons réelles ou supposées du retard accusé par l’Algérie dans la technologie de la 3G?

Le lancement de la 3G a fait l’objet d’un certain nombre d’annonces des différents ministres de la Poste et des TIC depuis les premiers tests réussis réalisés par Mobilis en 2004. Ce feuilleton d’annonces de lancement, puis d’annulations, s’est poursuivi à ce jour. Au début, on liait ce lancement au projet de privatisation d’Algérie Télécom, en fait, au fil du temps on a oublié ce projet. Puis sont venus d’autres prétextes: il fallait protéger Mobilis vu que le financement de cette technologie nécessite un financement et une flexibilité des procédures surtout que les dirigeants qui se sont succédé à la tête d’Algérie Télécom se sont retrouvés en prison pour non-respect des clauses du Code des marchés publics. Ce qui n’est pas le cas des autres opérateurs. Puis est venu un autre prétexte lié au choix des technologies, doit-on aller à la 3G ou attendre et aller directement à la 4G? En septembre 2011, l’avis d’appel d’offres a été lancé et les opérateurs étaient invités à se présenter pour retirer le cahier des charges avec un planning précis qui a fixé la date du 23 octobre 2011 pour connaître les heureux opérateurs choisis pour offrir des offres 3G. Ce processus annoncé par le ministre actuel et publié même sur le site web de l’Arpt, a été interrompu brusquement en présentant d’autres prétextes: c’est à la demande des opérateurs qui n’étaient pas prêts et il fallait également attendre une date historique pour le lancement de la 3G soit à l’occasion du Cinquantenaire de l’indépendance, 5 Juillet 2012. Entre-temps un autre prétexte a été présenté lié à l’achat de Djezzy. En fin de compte, la semaine dernière, un autre planning a été annoncé, faisant fi du règlement du problème de Djezzy, et l’avis d’appel d’offres a été lancé par l’Arpt le 1er août 2013. La seule date fixée officiellement est le 11 août prochain où les opérateurs peuvent retirer le cahier des charges. Attendons pour voir. Il faut signaler que d’autres prétextes liés directement ou indirectement à l’aspect sécuritaire, aux révolutions arabes, liberté d’expression, ont été également présentés.

Pour conclure, disons que l’Algérie a accusé un retard énorme dans le lancement de cette technologie à cause de prétextes qui ne tiennent pas la route, le manque de courage des responsables ainsi que la transparence dans la gestion de ce projet. Espérons que nos décideurs auront appris la leçon et qu’on ne revive pas ce malheureux feuilleton dans le lancement des autres projets TIC: 4G, GPS, e-gov, etc.

Pensez-vous que l’arrivée de la 3G constitue une menace pour Algérie Télécom?

Algérie Télécom vit une situation difficile vu que son avenir repose sur l’activité Adsl. Le nombre de lignes fixes n’a pas connu une évolution palpable, plusieurs demandes de lignes téléphoniques sont en instance, le nombre de dérangements a augmenté; ceci s’est répercuté sur le nombre d’abonnés Adsl qui a difficilement dépassé le un million depuis son lancement en 2003, alors que l’objectif était d’atteindre 3 millions en 2008 et 6 millions en 2010 dans le cadre du projet Ousratic, et un autre projet qui a disparu au fil du temps.! L’autre phénomène est la qualité des connexions Adsl qui connaît des hauts et des bas, avec des débits faibles et instables et des coupures répétitives. Algérie Télécom peine à offrir un service Adsl semblable à ce qui est disponible chez nos voisins qui offrent des connexions Adsl 20 Mbps à un tarif équivalent de 3.000 à 5000 DA (20 euros en Europe) alors que l’Algérien paie depuis des années l’ Adsl 1 Mbps pour 2000 DA, et de mauvaise qualité. Avec les difficultés d’avoir des abonnements Adsl même à Alger, alors que dire des autres villes et villages. Certains attendent depuis des mois sans succès. Il est tout à fait normal que les gens vont se rabattre sur les offres 3G dès qu’elles seront disponibles sur le marché. Surtout que les offres 3G permettront un débit semblable à l’ Adsl actuel (512 kbps ou 1 Mbps). Ailleurs les opérateurs fixes offrent un débit de 20 Mbps sur l’ Adsl et des débits atteignant 100 Mbps et plus grâce à la fibre optique, c’est pour cela qu’ils arrivent à résister à la venue de la 3G. Donc la peur sur l’avenir d’Algérie Télécom est fondée. Mais jusqu’à quand doit-on la défendre? Tous les opérateurs historiques à travers le monde se portent bien et il est temps que l’on se penche sérieusement sur l’avenir de notre opérateur historique qui connaît des problèmes de gestion et de management.

Vous avez déclaré que l’Algérie fait partie des 10 pays qui n’ont pas accédé à la 3G, quelle est la véritable place de l’Algérie dans le monde des TIC?

Lorsqu’on sait que des pays comme la Somalie, l’Afghanistan, le Rwanda disposent depuis quelques mois de la technologie 3G, on doit s’inquiéter sérieusement de l’avenir des TIC en Algérie. Plusieurs organismes internationaux ont classé l’Algérie en bas du classement des pays qui ont adopté les TIC. Le Forum économique mondial a classé l’Algérie à la 131e place sur 144 pays dans l’utilisation des TIC en se basant sur des paramètres mesurables et disponibles sur un document de plus de 400 pages et appliqués à l’ensemble des 144 pays. Le rapport est téléchargeable sur le site Web:

www3.weforum.org/docs/WEF_NR_ GITR_Report_2013_FR.pdf.

Et on se permet de remettre en cause ce classement en criant au complot contre l’Algérie. Le site Netindex qui mesure la vitesse de connexion Internet a classé l’Algérie à la 181ème place sur 186 pays. L’Angola, par exemple, occupe la 110ème place, la Mauritanie, 91ème place, Madagascar, la 62ème place (voir site Web. //www.netindex.com/download/allcountries/). La place de l’Algérie dans le monde des TIC nous interpelle avec insistance afin d’ouvrir rapidement un débat large et courageux pour prendre les mesures nécessaires pour corriger le tir et essayer de rattraper ce retard.

Enfin, certains pays comme la France possèdent la 4G, dans combien de temps pensez-vous que l’Algérie pourrait accéder à cette nouvelle technologie?

La 4G est déjà disponible dans certains pays étant donné que la 3G est en fin de cycle bien qu’elle reste d’actualité pour quelques années. Mais on doit penser sérieusement à lancer la 4G, vu les débits offerts par cette technologie. Vous parlez de la France, il y a d’autres pays où la 4G est disponible: l’Angola, le Bengladesh, la Namibie, l’Arabie Saoudite, pour ne citer que ceux-là (voir site Web. //www.worldtimezone.com/gsm. html). Donc pour la 4G, je pense qu’on est déjà en retard. Mais disons que si, en insistant sur le si, la 3G est lancée d’ici la fin de l’année, on peut espérer lancer la 4G d’ici 18 à 24 mois.

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