Les États-Unis ne sont pas favorables à une intervention militaire au Mali. Cette position a été exprimée récemment à l’ONU par la secrétaire d’Etat US Hillary Clinton, qui freine les ardeurs de Paris. Le commandant en chef des forces armées américaines pour l’Afrique (Africom), le général Carter F. Ham s’est rendu hier à Alger. Il est en tournée dans la région dans le cadre des consultations autour de la crise malienne.
C’est la deuxième visite que le commandant de l’Africom effectue à Alger en l’espace de cinq mois. Sa dernière visite en Algérie remonte au mois d’avril dernier. Au menu de sa visite, des entrevues avec des responsables algériens, tels que Abdelkader Messahel, ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines. L’occasion pour le ministre algérien d’expliquer l’approche de l’Algérie pour une sortie de crise malienne qu’Abdelkader Messahel a déjà présentée en marge de la récente assemblée générale de l’ONU lors d’une réunion de haut niveau sur le Sahel et le Mali. Une approche algérienne de sortie de crise au Mali qui se résume en trois points, selon Abdelkader Messahel, à savoir, le fait que «les Maliens sont les premiers acteurs dans la recherche de solutions à leurs problèmes», tenir compte des responsabilités de supervision et de coordination dévolues à l’Union africaine en matière de maintien de la paix et de la sécurité, et de l’appui attendu de l’ONU ainsi que mener une lutte globale qui ciblerait notamment «le financement des activités terroristes, dont le versement de rançons contre la libération d’otages, utilisées aussi comme moyen de pression pour obtenir des concessions de nature politique, ou la libération de terroristes condamnés ou poursuivis par la justice». L’Algérie qui défend toujours le principe de la non-intervention étrangère ainsi que l’unité du territoire malien identifie clairement les cibles: «Ce sont Al Qaïda et le Mujao qui sont des organisations terroristes et qui de ce fait constituent une menace pour la région.» La France est favorable à une intervention militaire. Paris exerce une très grande pression sous couvert de la Cédéao. Bamako a annoncé, le 23 septembre dernier, la conclusion d’un accord qui prévoit le déploiement au Mali de troupes ouest-africaines, pour «appuyer» l’armée malienne dans la reconquête du Nord occupé depuis six mois par des groupes armés. Le secrétaire général de l’ONU a été saisi par les autorités maliennes d’une demande de résolution autorisant une intervention militaire africaine. La demande est restée vaine. Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a estimé que «toute solution militaire» pour libérer le Nord-Mali occupé par des groupes islamistes devait être envisagée avec une «extrême prudence».
«Toute solution militaire pour résoudre la crise sécuritaire dans le Nord-Mali devrait être envisagée avec une extrême prudence. Elle pourrait avoir de graves conséquences humanitaires», a déclaré Ban Ki-moon, récemment saisi par Bamako d’une demande de résolution autorisant une intervention militaire. Les Etats-Unis ont également fait part de leur réticence. Pour Mme Clinton, le Mali est une «poudrière», et seul «un gouvernement démocratiquement élu aurait la légitimité de négocier un accord politique au Nord-Mali, de mettre fin à la rébellion et de restaurer l’Etat de droit». Les Américains ne devraient pas être les seuls, au sein du Conseil de sécurité, à ne pas précipiter l’envoi de troupes au Nord-Mali. Les 15 pays membres ont déjà demandé à Bamako et à la Communauté économique des pays d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) de clarifier les modalités d’une telle intervention.
Par Mehdi Ait Mouloud
