Visite de Sánchez en Algérie : gaz, hydrogène vert et traité d’amitié au cœur des discussions

Visite de Sánchez en Algérie : gaz, hydrogène vert et traité d’amitié au cœur des discussions
Tebboun et Sanchez

Pedro Sánchez a posé pied à Alger ce jour pour une visite officielle express, la première depuis octobre 2020. En provenance directe de New York, où il assistait à la finale de la Coupe du monde, le chef du gouvernement espagnol repart dans la soirée. Mais la brièveté du séjour ne doit pas tromper : les enjeux de ce déplacement sont considérables, et sa portée symbolique dépasse largement les quelques heures inscrites à l’agenda.

Reçu au palais de la Mouradia par le président Abdelmadjid Tebboune, Sánchez entame une journée dense. Un entretien bilatéral de haut niveau, puis une réunion de travail avec le Premier ministre pour arrêter les mécanismes concrets de la nouvelle phase de coopération, notamment la relance des commissions mixtes algéro-espagnoles. En parallèle, un forum d’affaires algéro-espagnol se tient pour donner une traduction économique immédiate à ce réchauffement politique.

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L’énergie, colonne vertébrale de la visite de Sánchez à Alger

La composition de la délégation espagnole dit tout des priorités de Madrid. Aux côtés de la ministre de la Transition écologique et de l’Union énergétique figurent les dirigeants de quatre mastodontes du secteur : Naturgy, Repsol, Enagás et Moeve. Leur présence simultanée sur le sol algérien n’est pas le fruit du hasard.

Au sommet de l’agenda énergétique trône le gaz naturel. L’Espagne dépend de manière croissante des livraisons algériennes acheminées via le gazoduc Medgaz, seule liaison directe entre les deux rives depuis la fermeture du Maghreb-Europe en 2021. Madrid cherche à sécuriser ses approvisionnements à moyen et long terme, tandis qu’Alger entend consolider son statut de fournisseur fiable pour le continent européen. Les deux parties devraient également examiner une révision de certaines clauses des contrats à long terme courant jusqu’en 2030, pour les adapter aux nouvelles réalités des marchés mondiaux.

La présence de Moeve (anciennement Cepsa) ouvre, elle, une perspective d’avenir. Spécialisée dans les carburants durables et les molécules bas carbone, cette entreprise incarne le volet le plus prospectif de la coopération : l’hydrogène vert. L’Algérie dispose d’atouts naturels majeurs pour s’imposer sur ce marché émergent, son ensoleillement exceptionnel et sa position géographique en faisant un candidat idéal pour alimenter les futurs corridors énergétiques vers l’Europe.

La réactivation du traité d’amitié de 2002, acte symbolique fort

Sur le plan diplomatique, cette journée pourrait marquer un tournant historique. Selon des sources concordantes, la visite de Sánchez devrait être l’occasion d’annoncer officiellement la réactivation du traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération, signé en 2002 et gelé à la suite de la rupture de 2022.

Cette crise avait éclaté brutalement lorsque Madrid avait infléchi sa position sur le Sahara occidental en faveur du plan d’autonomie marocain. Alger avait réagi en rappelant son ambassadeur et en suspendant les accords bilatéraux. Depuis, le chemin du dégel a été long. La détente diplomatique progressive entre Alger et Madrid s’est construite étape par étape : nomination d’un nouvel ambassadeur algérien à Madrid en 2023, reprise partielle des échanges en 2024, puis visite du chef de la diplomatie espagnole José Manuel Albares à Alger en mars 2026, première du genre depuis la crise.

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Ce processus avait d’ailleurs produit des effets concrets et mesurables. Après la visite d’Albares, Medgaz avait vu ses flux quotidiens grimper de 28 à 32 millions de mètres cubes, preuve que le réchauffement politique se traduit rapidement en volumes supplémentaires. La visite de Sánchez constitue l’aboutissement logique de cette séquence.

Sahel, migration et sécurité : les dossiers régionaux incontournables

Au-delà de l’énergie et du bilatéral, les discussions devraient s’étendre aux grandes questions régionales qui s’imposent désormais à l’agenda méditerranéen. La situation dans la zone sahélo-saharienne, la coordination sécuritaire et la lutte contre la migration irrégulière figurent parmi les sujets attendus.

Ces thématiques sont devenues incontournables pour Madrid, confrontée à une pression migratoire accrue vers les îles Canaries. L’Algérie, acteur central dans la gestion des flux en provenance d’Afrique subsaharienne, est un interlocuteur que l’Espagne ne peut se permettre d’ignorer sur ce dossier.

Un partenariat économique qui cherche à retrouver son niveau d’avant-crise

La facture de la rupture de 2022 a été lourde pour les opérateurs espagnols. Les exportations vers l’Algérie avaient dégringolé de 1,9 milliard d’euros en 2021 à seulement 332 millions en 2023. Au total, l’accélération du retour des entreprises espagnoles sur le marché algérien s’est confirmée depuis le début de l’année 2026, mais le niveau d’avant-crise n’est pas encore retrouvé.

Le forum d’affaires algéro-espagnol organisé en marge de la visite vise précisément à combler cet écart. Il répond à la vision exprimée par le président Tebboune lui-même, qui avait appelé à « aller le plus loin possible » dans les relations économiques entre les deux pays. Madrid, de son côté, envoie un signal sans ambiguïté en mobilisant ses champions industriels autour de ce déplacement : le partenariat avec Alger est traité comme une priorité stratégique, pas comme un simple ajustement conjoncturel.

La journée de Sánchez à Alger s’annonce donc comme bien plus qu’une escale diplomatique. C’est un pari sur l’avenir d’une relation que quatre ans de turbulences n’ont pas réussi à briser.

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