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Visa doré : Chypre durcit les règles avant son entrée dans Schengen

Visa doré : Chypre durcit les règles avant son entrée dans Schengen
Acheter un titre de séjour européen contre un investissement : bonne stratégie économique ou porte ouverte aux dérives ? Chypre s'apprête à resserrer les conditions de son visa doré.
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Chypre s’apprête à resserrer les conditions d’accès à son visa doré, ce titre de séjour accordé en échange d’un investissement. L’annonce émane du vice-ministre chargé des Migrations, Nicholas Ioannides, qui s’exprimait jeudi devant la commission d’audit de la Chambre des représentants. Dans le viseur des autorités : environ 12 000 permis délivrés depuis 2013, dont la validité est actuellement réexaminée dossier par dossier. Sur les deux dernières années seulement, quelque 1 500 titres de ce type ont été accordés.

La perspective d’une adhésion prochaine à l’espace Schengen change la donne. Une fois intégrée, l’île deviendra mécaniquement plus séduisante pour les détenteurs de capitaux étrangers, ce qui impose selon le responsable un encadrement renforcé en amont.

Le visa doré chypriote sous surveillance avant l’entrée dans Schengen

Des décisions sont attendues prochainement sur le durcissement du dispositif. Nicholas Ioannides indique avoir déjà transmis ses propositions à ses homologues des autres départements ministériels concernés. L’un des points centraux du débat porte sur la destination des fonds injectés par les investisseurs étrangers.

Jusqu’ici largement orientés vers la pierre, ces capitaux pourraient à l’avenir irriguer d’autres secteurs. L’éducation, la défense et l’innovation figurent parmi les pistes étudiées. « Nous avons besoin d’investissements », a résumé le vice-ministre, tout en précisant que cela devait se faire « de manière contrôlée ».

Cette réflexion chypriote s’inscrit dans un mouvement plus large. Les programmes de résidence par investissement font l’objet d’une attention croissante en Europe, alors que le classement mondial des destinations préférées des grandes fortunes place désormais la qualité de vie et la fluidité administrative devant le seul montant du ticket d’entrée.

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La pression immobilière alimente la contestation politique

Le maintien du programme ne fait pas l’unanimité. Président d’Alma et député, Odysseas Michaelides a dénoncé devant la commission sa contribution à la tension qui pèse sur le marché du logement chypriote. Les débats portaient sur un rapport spécial du Bureau d’audit consacré à la gestion migratoire.

Ce document, qui couvre la période 2021-2023, a mis au jour une anomalie de taille. Près de 290 000 ressortissants de pays tiers entrés légalement sur le territoire figuraient dans les registres sans qu’aucune sortie n’ait été enregistrée à leur nom.

Nicholas Ioannides a relativisé ce constat. Une absence de trace ne signifie pas automatiquement un séjour irrégulier : départ par un point non contrôlé par la République, obtention d’un titre de séjour ou passage avec un autre passeport constituent autant d’explications plausibles. Un nouveau système d’information, attendu pour mars, doit permettre de suivre chaque ressortissant étranger de son arrivée jusqu’à son départ.

Numérisation des services et effondrement des demandes d’asile

Les services migratoires chypriotes entament leur transformation numérique. Dans une première phase, cinq catégories de titres pourront être renouvelées en ligne, avec un suivi électronique des dossiers et un SMS envoyé à l’issue de la procédure. Une évolution qui rappelle les modernisations engagées ailleurs sur le continent, à l’image du système européen d’enregistrement des entrées et sorties déployé depuis avril.

Le stock de demandes d’asile en attente est passé sous la barre des 12 500, contre environ 24 000 lors de la création du vice-ministère. Plus de 6 100 dossiers concernant des Syriens ont été retirés ou annulés depuis décembre 2024, et près de 5 500 personnes sont reparties. Le taux d’acceptation oscille actuellement entre 15 et 20 %.

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Retours forcés et coopération européenne renforcée

Sur les huit premiers mois de 2026, plus de 7 000 retours ont été exécutés, contre plus de 12 000 départs sur l’ensemble de 2025. Depuis 2023, environ 40 000 ressortissants étrangers ont quitté le territoire dans ce cadre. Nicosie peut désormais organiser ses propres opérations conjointes avec Frontex, agence dont les derniers chiffres sur les routes migratoires confirment un recul global des entrées irrégulières en Europe.

« Une politique migratoire ne peut être efficace si les décisions de retour restent sur le papier », a martelé le vice-ministre. Le centre d’accueil de Pournara illustre ce basculement : conçu pour un millier de personnes, il en hébergeait plus de 3 000 en 2022 et n’en compte plus que 165 aujourd’hui.

La facture s’allège en parallèle. Les dépenses liées aux prestations migratoires sont tombées à 15 millions d’euros début 2026, contre 49 millions au moment de la reprise du dossier par le vice-ministère. Une part importante des coûts reste couverte par des financements européens, notamment pour les retours, subventionnés à hauteur de 80 à 85 %.

Chypre mise sur la migration légale pour ses secteurs en tension

Avec un chômage inférieur à 5 % parmi les Chypriotes, l’île manque de bras. Le bâtiment, l’hôtellerie et les soins infirmiers cherchent du personnel, ce qui a conduit Nicosie à signer des accords bilatéraux avec l’Égypte et l’Inde pour un recrutement mieux ciblé. Environ 200 000 titres de séjour pour ressortissants de pays tiers sont aujourd’hui en cours de validité.

Quant à la Ligne verte, elle ne fait l’objet d’aucune procédure migratoire, même si des contrôles ponctuels y sont menés. « Nous n’accepterons jamais qu’elle devienne une frontière dure », a prévenu Nicholas Ioannides. Cette logique d’ouverture encadrée tranche avec le durcissement observé dans d’autres capitales européennes sur les expulsions et les titres de séjour.

« Une migration légale, organisée et contrôlée fait partie de la solution », a-t-il conclu, plaidant pour des voies encadrées plutôt qu’un recours détourné au système d’asile.

RA

Rima Aissanou

Rima Aissanou - Journaliste – Diaspora, tourisme et voyages

Rima Aissanou est journaliste au sein de la rédaction d'Algerie360, spécialisée dans les thématiques liées à la diaspora algérienne, au tourisme et aux voyages.

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