Ville de Bordj-Bou-Arreridj: Le dernier des cinémas ferme ses portes

mercredi 23 janvier 2019 à 14:37
Source de l'article : Lesoirdalgerie.com

Au mois de novembre 2018, la salle de cinéma Vox qui faisait autrefois  le bonheur des citoyens a été démolie. Il faut rappeler que de nombreuses salles obscures de la ville de Bordj-Bou-Arréridj, n’étaient plus fonctionnelles depuis belle lurette, non pas parce qu’il n’y avait pas de public cinéphile, mais parce qu’elles ont été laissées à l’abandon, faute de transition du cinéma vers la technologie numérique, étant donné que la chose culturelle n’a jamais été l’apanage du ministère de la Culture.

La question que les citoyens commencent à se poser aujourd’hui n’est pas celle du devenir du cinéma, mais la mort éventuelle du 7e art. Alors que sous d’autres cieux, on se plaint du fait que le public déserte les salles obscures sous l’effet conjugué de la généralisation et de l’utilisation de supports variés tels que la parabole, l’internet, ou les DVD, à Bordj-Bou-Arréridj ce sont plutôt les écrans de cinéma, les salles elles-mêmes qui ont disparu de notre environnement socioculturel.

Alors que la ville disposait, jusqu’aux années 1960, de  quatre salles de projection cinématographique, ce réseau respectable pour la dimension moyenne de la cité s’est rétréci au fil du temps pour aboutir dramatiquement aujourd’hui à sa disparition complète qui fait effet de contradiction brutale avec le statut de chef-lieu de wilaya. Pour une ville qui n’a cessé de  s’accroître, et de se developper depuis 20 ans en termes d’investissement économique urbanistique, d’espace et de population, elle est restée particulièrement attachée aux lieux les plus anciens, tels les salles de cinéma, l’ancienne gare de chemins de fer, le terrain de tennis qui a été aussi laissé à l’abandon et démoli sans raison, juste parce que les décideurs étaient animés de la culture de mauvais goût de destruction des édifices qui offraient plus d’urbanité que ceux que la société produit aujourd’hui.

De fait , la population est inquiète des formes que prend la ville de Bordj-Bou-Arréridj  en l’absence d’espaces culturels suffisants, et des risques de toutes sortes qu’elles semblent engendrer socialement et culturellement. En cela, il n’existe aucune salle de cinéma à Bordj-Bou-Arréridj, le cinéma Rex (L’ex-Musée du cinéma fermé en 1991 par l’ex-l’APC/FIS), la seule salle où se faisaient des projections avec support-vidéo lamentable en programmant pour un public de jeunes désœuvrés en mal de loisir des films violents et superficiels dont l’impact sur de jeunes esprits inoccupés n’est pas négligeable, était une référence à une sorte d’âge d’or du réseau d’exploitation des films à Bordj-Bou-Arréridj.

La ville de Bordj-Bou-Arréridj est, en fait, une ville où l’effraction salutaire et positive du phénomène cinéma ne date pas d’aujourd’hui. On raconte que des projections de films muets se faisaient au début du XXe siècle. Le marché couvert de la ville a été utilisé comme espace de projection à un moment donné mais dans les années 1940-1950, un Français résidant à Bordj-Bou-Arréridj ouvrira successivement trois salles de projection équipées en 35 mn, le Lux, le Rex et le Vox.
Chacun de ces films en fonction d’un ciblage précis du public (films pour enfants, films d’auteur, ou films d’aventure), ce qui permettait aux exploitants de couvrir tout le champ de la cinématographie de l’époque. On pourrait ajouter à ce réseau l’ouverture d’une belle salle de projection «le Paroissial» à l’initiative de l’édifice  catholique.

Ce réseau a continué à fonctionner normalement et va culminer dans les années 70 avec l’avènement des premières approches culturalistes et filmologiques par un lancement du cinéclub communal.
Les cinéclubs féminins (l’un des premiers du genre en Algérie), cette éclosion dynamique de pôles de consommation refléchie (séance-débat) du film a permis à la ville de redynamiser l’activité culturelle et travailler sur la constitution d’un public cinéphile.

L’ouverture d’un musée du cinéma viendra couronner cet intense mouvement pour qui le cinéma était, de tout évidence, un fait d’esthétique et la salle obscure, un espace de réflexion et d’échanges d’idées irremplaçable. Les années 90 ouvriront l’ère des basses conjonctures, où les militants de l’ex-FIS  se faisaient passer pour une association de bienfaisance, face à des citoyens innocents animés par la quête de la culture universelle. En 1991, toutes les salles de cinéma ferment, le public formé se disperse et s’évanouit dans la nature, le désert culturel va gagner, la mort programmée de toute forme d’expression culturelle se produisit.

Layachi Salah-Eddine

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