Vaincu par la rue, le premier ministre du Liban démissionne

Au cœur d’une crise politique et sociale qui secoue le Liban depuis deux semaines, le premier ministre sunnite Saad Hariri a remis sa démission à Beyrouth, mardi.

Il a expliqué mardi matin, devant les caméras, qu’il est dans une impasse et qu’il n’est plus possible pour lui de gouverner le pays dans l’actuel climat de contestation. Le premier ministre a indiqué qu’il s’apprêtait à se rendre au bureau du président Michel Aoun pour lui remettre sa démission. ainsi que celle de son gouvernement.

Je me rends au Palais de Baabda pour présenter la démission du gouvernement au président de la République.

Saad Hariri, premier ministre du Liban

Saad Hariri a du même souffle exhorté ses compatriotes à « préserver la paix civile » alors que l’annonce de sa démission était accueillie par les acclamations de la foule qui l’écoutait en direct sur les lieux de rassemblement dans les rues du pays.

13 jours de contestation

De confession musulmane sunnite, Saad Hariri aura finalement été emporté par la vague de contestation populaire sans précédent qui déferle sur le pays pour dénoncer la corruption des élites.

Poussés à bout par la corruption et la mauvaise gestion des finances publiques qui minent leurs conditions de vie, les Libanais accusent leurs dirigeants d’avoir engendré la pire crise économique depuis la guerre civile qui a déchiré le pays de 1975 à 1990.

Bien que Saad Hariri ait tenté d’apaiser la colère des masses en annonçant la mise en place d’une série de réformes économiques que son gouvernement repoussait depuis longtemps, les manifestations n’ont fait que s’intensifier au Liban.

La situation n’était guère plus confortable pour lui au sein de son cabinet, où ses alliés l’accusaient d’avoir pris le parti des manifestants en refusant notamment de déployer les forces de sécurité du pays dans les rues pour réprimer le mouvement de contestation populaire.

Il faut dire que la fronde populaire n’est pas exclusivement tournée contre le premier ministre sunnite qui en est à son troisième mandat à la tête du gouvernement libanais depuis 2009. C’est l’ensemble de la classe dirigeante qui est dénoncée dans les rues du Liban pour avoir pillé le pays où plus du quart de la population vit sous le seuil de pauvreté et qui affiche une dette publique représentant 150 % de son produit intérieur brut (PIB).

Mais plus encore, les Libanais réclament la fin du système politique de type confessionnel qui régit le partage et l’exercice du pouvoir au Liban entre les musulmans sunnites, chiites et les chrétiens et qui perpétue un immobilisme des classes dirigeantes qui exaspère aujourd’hui la population.

Le Hezbollah contrarié par le départ d’Hariri

Le départ de Saad Hariri aux commandes du gouvernement ne fait bien entendu pas que des heureux au Liban. Le puissant mouvement chiite Hezbollah s’oppose catégoriquement à sa démission, notamment parce que le Hezbollah détient plusieurs postes clés et divers intérêts au sein du gouvernement.

Soutenus par des membres du mouvement chiite Amal, des militants du Hezbollah ont affronté mardi matin des manifestants qui bloquaient des axes routiers de Beyrouth. Les chiites en colère ont notamment détruit les tentes que les manifestants avaient montées et exhortant la police à les déloger par la force.

Selon des témoins, plusieurs incendies attribués aux membres d’Amal et du Hezbollah ont été signalés autour des points de rassemblements tenus par les manifestants.

Les forces de l’ordre ont reçu pour instruction de ne pas recourir à la force et s’efforcent de convaincre les manifestants de quitter les lieux de leur propre chef.