Usurpation de qualité et escroquerie : lourde peine pour le faux « fils du Premier ministre »

Six ans de prison ferme assortis de 300 000 dinars d’amende : telle est la sanction infligée ce dimanche matin par le tribunal de Chéraga à un individu identifié comme « S. N. », reconnu coupable d’avoir endossé l’identité du fils du Premier ministre pour dépouiller plusieurs citoyens. Son épouse et l’un de ses proches ont également été sanctionnés, tandis qu’un quatrième prévenu a été blanchi, a-t-on appris du média Ennahar.
Les juges ont retenu contre le principal mis en cause un faisceau de qualifications lourdes : faux et usage de faux, usurpation d’identité, escroquerie, mais aussi constitution d’une association de malfaiteurs en vue de préparer un délit. S’y ajoute le fait d’avoir revendiqué un lien de parenté avec une personnalité occupant de hautes fonctions dans le but d’en tirer profit.
Deux coprévenus, l’épouse de l’accusé, et un ami, ont été condamnés chacun à deux ans de prison ferme et 200 000 dinars d’amende pour leur participation aux faits. Le quatrième homme poursuivi dans le dossier, a quant à lui été relaxé. Les condamnés devront verser solidairement 5 millions de dinars à la partie civile en réparation du préjudice.
Des voitures vendues aux enchères servaient d’appât aux victimes
Le stratagème reposait sur une homonymie. Se présentant partout comme le fils du chef de l’Exécutif, l’homme faisait miroiter à ses interlocuteurs un accès privilégié à des véhicules proposés lors de ventes aux enchères publiques. Trois personnes au moins sont tombées dans le piège, pour des montants oscillant entre 65 et 550 millions de centimes.
Ce type de montage n’a rien d’inédit devant cette juridiction algéroise. En avril dernier, un quinquagénaire comparaissait déjà pour une arnaque à l’importation de véhicules via une licence de moudjahid, preuve que la promesse d’une voiture obtenue par passe-droit reste un levier redoutablement efficace.
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Parmi les plaignants figure une femme qui affirme avoir remis 65 millions de centimes contre la promesse d’une automobile. À la barre, le prévenu a contesté cette version, soutenant lui avoir restitué la somme avant même le dépôt de la plainte.
Le dossier le plus lourd concerne un commerçant établi à Birkhadem. Client régulier de sa boutique, l’accusé y achetait d’importantes quantités de fruits et légumes, laissant filer une ardoise de 90 millions de centimes. Il se targuait alors de sa filiation supposée et de ses relations influentes. La relation a basculé lorsqu’il a réclamé 460 millions de centimes en échange de deux véhicules, jamais livrés.
Une carte falsifiée de l’organe anticorruption pour asseoir l’imposture
Pour donner du poids à ses affirmations, l’homme exhibait une carte contrefaite présentée comme émanant de l’Organe national de lutte contre la corruption. Un accessoire destiné à verrouiller la crédibilité du personnage auprès de ses cibles. Interrogé, il a curieusement soutenu que ce document était authentique, d’autres cartes issues du même organisme étant, selon lui, les seules falsifiées.
Le recours à de faux sésames administratifs revient régulièrement dans les prétoires algériens. Un ingénieur en informatique a ainsi été condamné à dix ans de réclusion pour de faux marchés publics après s’être prévalu d’appuis au sommet de l’État.
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Les prévenus ont nié en bloc devant le tribunal de Chéraga
À l’audience, le principal accusé a rejeté toute usurpation. Il s’est décrit comme un professionnel de la vente de pièces détachées, niant avoir manipulé qui que ce soit. Le deuxième prévenu, « S. Mohamed », a réduit ses liens avec lui à de simples transactions automobiles et démenti avoir collecté de l’argent auprès des victimes.
Entendue à son tour, l’épouse a assuré tout ignorer des agissements reprochés à son mari, affirmant ne connaître qu’une seule des personnes citées au dossier. Le tribunal de Chéraga avait déjà eu à juger un individu qui se faisait passer pour un haut magistrat et un colonel de l’armée auprès de dizaines de personnes.
La défense a contesté la constitution d’une association de malfaiteurs
L’avocat de l’une des parties civiles a balayé les dénégations, y voyant une manœuvre destinée à échapper à toute responsabilité pénale. Il a rappelé l’existence d’échanges écrits et de documents attestant des sommes litigieuses.
La défense du principal accusé a plaidé sur le terrain juridique, estimant que le délit d’association de malfaiteurs suppose des éléments constitutifs précis, non établis par la seule existence de relations d’affaires. Elle a aussi jugé insuffisantes les publications sur les réseaux sociaux montrant voitures de luxe, liasses de billets et tables de restaurants huppés, réclamant la démonstration d’une intention frauduleuse. Un argumentaire proche de celui déployé lors du procès d’un faux général ayant monté une escroquerie immobilière à Oran, lui aussi condamné à six ans ferme.
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