Uranium : le retour américain au Niger ouvre la piste d’un corridor via l’Algérie

Deux ans après le retrait de ses forces militaires du Niger, les Etats-Unis réinvestissent le pays par un autre terrain, celui de l’uranium. Washington vient d’approuver jusqu’à 414,2 millions de dollars de financement pour le projet Dasa, exploité par la société canadienne Global Atomic dans la région d’Agadez. Une opération qui rapproche à nouveau les deux pays, tout en ouvrant une nouvelle question. Comment acheminer l’uranium nigérien vers les marchés internationaux ?
Le financement américain ne marque pas encore le versement effectif des fonds. La Société américaine de financement du développement (DFC) a approuvé une facilité de dette pouvant atteindre 414,2 millions de dollars, mais plusieurs conditions doivent encore être remplies avant tout décaissement. Parmi elles figure notamment l’identification d’une voie viable pour exporter le concentré d’uranium produit à Dasa.
Uranium au Niger : Washington mise sur le projet Dasa
Situé dans la région d’Agadez, au nord du Niger, le gisement de Dasa constitue l’un des principaux projets miniers développés par Global Atomic dans le pays. Le projet est porté par la Société Minière de Dasa (SOMIDA), détenue à 80 % par le groupe canadien et à 20 % par l’Etat nigérien.
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Global Atomic présente Dasa comme le gisement d’uranium affichant la plus forte teneur en Afrique. Selon les données publiées par l’entreprise, le projet dispose d’un plan d’exploitation de 23 ans et devrait produire 68,1 millions de livres d’U3O8 sur sa durée de vie. La société prévoit actuellement une première production au second semestre 2028, sous réserve notamment du financement du projet.
L’approbation américaine intervient ainsi à un moment où le projet entre dans une phase déterminante de son développement. Les travaux souterrains avancent depuis novembre 2022 et Global Atomic poursuit la préparation des infrastructures nécessaires au traitement du minerai.
Du retrait militaire américain au retour par l’uranium
Le choix de Dasa intervient après une profonde dégradation des relations entre Washington et Niamey depuis le coup d’Etat de 2023. Les forces américaines ont achevé leur retrait du Niger en 2024. Depuis, les deux pays ont progressivement renoué le dialogue.
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En mars 2026, Nicholas Checker, responsable du bureau des affaires africaines au département d’Etat américain, s’était rendu à Niamey et avait rencontré le Premier ministre Ali Mahamane Lamine Zeine. Les discussions portaient notamment sur la coopération économique et les relations entre les deux pays.
Selon Reuters, des sources proches du dossier estiment que le projet Dasa représente pour Washington un moyen de sécuriser un accès à une ressource énergétique considérée comme stratégique, dans un secteur où la Chine est déjà présente au Niger. La décision américaine intervient également dans un contexte de tensions commerciales entre Washington et Ottawa, Global Atomic étant une entreprise canadienne.
Cette nouvelle implication américaine intervient parallèlement au recul de la présence française dans l’uranium nigérien. Le groupe français Orano, anciennement Areva, est engagé dans un différend avec Niamey autour de ses activités et de stocks d’uranium, tandis que le gouvernement nigérien cherche à reprendre davantage de contrôle sur ses ressources minières.
Uranium du Niger : le corridor algérien désormais sur la table
Reste un problème concret pour Dasa : l’exportation de la future production. Le Niger est un pays enclavé et les tensions régionales compliquent les itinéraires traditionnellement utilisés pour acheminer les marchandises vers les ports de la façade atlantique.
Global Atomic indique ainsi étudier plusieurs options. Dans ses résultats du deuxième trimestre 2026, l’entreprise a notamment évoqué un nouveau corridor commercial entre la mine de Dasa et la Méditerranée, dans le cadre du rapprochement entre le Niger et l’Algérie.
Le groupe canadien avait déjà précisé, en mai, que le Niger et l’Algérie avaient conclu un accord de coopération prévoyant notamment l’élargissement des échanges commerciaux et l’ouverture potentielle d’un corridor reliant la mine de Dasa à la Méditerranée. Stephen Roman, président et directeur général de Global Atomic, avait alors déclaré que «la route de Dasa vers la frontière algérienne est courte».
Cette piste prend une importance particulière dans le dossier du financement américain : l’approbation de la DFC prévoit explicitement l’identification d’une route d’exportation viable pour le yellowcake, c’est-à-dire le concentré d’uranium produit avant les étapes ultérieures du cycle du combustible.
L’Algérie pourrait ainsi devenir un maillon du projet Dasa
Le scénario algérien reste à ce stade une possibilité et non un itinéraire définitivement établi. Mais il figure désormais parmi les options examinées pour résoudre l’une des principales contraintes du projet.
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Pour Global Atomic, l’enjeu dépasse donc le seul financement de la mine. Il concerne aussi la construction d’une chaîne logistique capable de relier Dasa à une façade maritime. Pour Washington, le dossier offre en parallèle un point d’entrée économique au Niger après le retrait militaire américain.
L’approbation des 414,2 millions de dollars constitue ainsi une étape importante, mais elle ne clôt pas le dossier. La société canadienne doit encore satisfaire plusieurs conditions liées au financement, au permis minier, aux accords avec le gouvernement nigérien et surtout à l’acheminement de l’uranium hors du pays.






