Une stratégie de drainage des cerveaux algériens établis à l’étranger

Une stratégie de drainage des cerveaux algériens établis à l’étranger

chercheurs-universitaires_07.jpgL’enseignant algérien à l’université des sciences humaines de Bordeaux, M. Houari Ghozali, a proposé mercredi la mise en place d’une stratégie pour les cinquante années à venir visant à drainer les compétences algériennes établies à l’étranger en les intégrant dans le processus du développement global du pays.

M. Ghozali a indiqué dans un entretien à l’APS que les autorités algériennes concernées doivent mettre en place «une stratégie globale» qui associe des juristes, des économistes et des intellectuels. Il a appelé à construire «les 50 prochaines années» estimant que les jeunes de l’émigration par leurs potentialités et leur ambitions sont capables d’édifier un avenir «prometteur» et de contribuer à hisser le pays au rang des pays développés.   Pour ce faire, a ajouté M. Ghozali, une stratégie étudiée doit être mise en place avec comme grandes lignes le drainage des cerveaux vers l’Algérie et l’élaboration d’une base de données avec un fichier des hommes de culture et de sciences, des chefs d’entreprises et des hommes d’affaires parmi la communauté.   Il a mis l’accent sur l’importance d’»élaborer judicieusement» cette stratégie, proposant par ailleurs «une étude sérieuse» pour la création de marchés à l’étranger «pour promouvoir l’exportation de nos produits, encourager les investissements en Algérie et faciliter les déplacements en baissant les tarifs du transport aérien».   En somme, a-t-il dit, «il faut permettre à la communauté nationale à l’étranger d’être utile à l’Algérie et à celle-ci d’en tirer profit». M. Ghozali a également proposé «de créer un projet touristique pour l’Algérien établi à l’étranger afin de drainer ses capitaux». L’universitaire propose en outre dans sa stratégie la polarisation du patronat au sein de la communauté à travers des mesures incitatives.   L’Algérie doit créer des espaces culturels au profit de la communauté ainsi que des bibliothèques et des clubs pour rassembler ses membres, a ajouté M. Ghozali qui regrette que la ville de Bordeaux et même d’autres villes de France profitent des cerveaux algériens qui leur ont été d’un grand apport dans les domaines scientifique, technique et médical alors que leur propre pays d’origine n’en tire pas avantage d’autant que ces derniers y ont fait leurs premières études scientifiques supérieures.   DES POINTURES   Il a cité à titre d’exemple une émigrée algérienne, médecin spécialiste en cancer du sein qui travaille à l’hôpital de Bordeaux, en l’occurrence Mme Zineb Baba Ahmed, qui grâce à sa compétence, est aujourd’hui membre du «Conseil de la diversité». Par ailleurs, l’universitaire a indiqué que la communauté algérienne est fortement présente en France notamment au sud.   Une présence qui remonte à l’époque coloniale, a-t-il rappelé avant de souligner l’attachement de cette communauté à sa culture d’origine qui, a-t-il, dit n’est pas dû à la nostalgie du pays ou à l’attachement aux racines, mais au désir permanent de maintenir des liens sociaux, culturels, économiques et politiques avec le pays d’origine.   M. Ghozali a cité dans ce sens les aspects d’attachement à la culture algérienne à travers l’intérêt accordé à la langue arabe et aux produits culturels algériens (musique, littérature et théâtre).   Parmi les hommes de lettres algériens établis à l’étranger et qui écrivent en arabe et en français, il a cité Djilali Bencheikh, tout en regrettant «la négligence par le ministère de tutelle de la communauté nationale sur le plan culturel». M. Ghozali a appelé à la prise d’une décision officielle pour l’enseignement de la langue arabe au profit de la communauté nationale établie à l’étranger, la prise en charge par les associations de cet aspect «demeurant insuffisant».   Il a souligné l’importance de cette question, qui, a-t-il dit, traduit «la prise de conscience du rendement » que réalisera l’Algérie, en maintenant la relation avec la communauté nationale, en décomplexant les membres de la communauté par rapport à la langue arabe et en créant un climat favorable au retour des émigrés en Algérie pour y investir. La communauté nationale à l’étranger peut constituer une carte politique et une carte de pression pour l’Algérie face à la classe politique du pays où elle est établie, a-t-il estimé.   M. Houari Ghozali, titulaire d’un diplôme en études approfondies dans la spécialité langues et pensées du monde arabo-musulman, d’un doctorat dans la spécialité sociétés et cultures du monde arabo-musulman, et qui est également traducteur, dispense depuis plusieurs années des cours aux étudiants européens (Union Européenne) et français à l’université de Bordeaux.   Il dispense également des cours en langue arabe appliquée pour les personnes désirant développer leurs compétences en matière de commerce ou établir des relations commerciales avec des pays arabes ainsi que pour les spécialistes dans la recherche sur la civilisation arabo-musulmane.   Rachida T