La Roumanie vient de livrer plus de 4 000 moutons à l’Algérie via des avions cargo, une première absolue pour le pays exportateur. L’annonce a été faite dimanche 25 mai par l’Autorité nationale sanitaire vétérinaire et de sécurité alimentaire roumaine (ANSVSA), qui confirme que trois autres transports aériens sont déjà programmés.
En deux heures et demie, les animaux étaient à destination. Contre huit jours par voie maritime. La différence est vertigineuse.
Transport aérien de moutons : pourquoi c’est une révolution logistique
Le président de l’ANSVSA, Alexandru Bociu, ne cache pas sa satisfaction. « Les moutons arrivent à destination en seulement deux heures et demie, comparé au transport maritime qui peut durer jusqu’à 8 jours », a-t-il déclaré. Il ajoute : « Nous avons une confirmation claire de la confiance que nous avons gagnée sur un nouveau marché ouvert l’année dernière. La qualité et la sécurité sanitaire vétérinaire définissent cette collaboration. »
Ce mode de transport positionne la viande ovine roumaine dans un segment super-premium, selon les termes mêmes de l’institution. Moins de stress pour les animaux, moins de risques sanitaires, une fraîcheur préservée à l’arrivée.
Ce n’est pas anodin. Le bien-être animal durant le transport est un critère de plus en plus scruté sur les marchés internationaux. Passer de huit jours en mer à moins de trois heures dans les airs, c’est un changement de paradigme.
L’Algérie, client exclusif de la Roumanie pour 2026 ?
Si l’ANSVSA roumaine affiche un optimisme débordant, affirmant que l’Algérie aurait décidé de couvrir l’intégralité de ses besoins pour 2026 exclusivement auprès d’elle, la réalité du marché algérien est bien plus diversifiée.
Pour sécuriser ses besoins massifs, notamment à l’approche de l’Aïd El-Adha, l’Algérie a en effet misé sur une stratégie multi-fournisseurs. En plus de la Roumanie, le pays s’est approvisionné auprès de plusieurs pays, à l’instar de l’Espagne, de la Hongrie, de la Serbie, de la Géorgie et de la Syrie.
Les chiffres de la plateforme numérique algérienne « Adhahi.dz » confirment d’ailleurs l’ampleur historique de cette opération globale : le cap du million de têtes de bétail importées vient d’être franchi, atteignant précisément 1 001 136 têtes.
Dans ce gigantisme logistique, la Roumanie se taille certes une part de lion (l’autorité roumaine évoquant l’exportation de plus de 600 000 moutons vers l’Algérie sur les 30 derniers jours), mais elle s’inscrit dans un ballet international plus large.
Selon les données actualisées ce lundi 25 mai au matin, 918 096 moutons sont déjà arrivés sur le territoire national, tandis que le reste du contingent est en cours d’acheminement. Rappelons que la première cargaison maritime avait accosté au port d’Alger avec 15 000 têtes, avant que d’autres navires ne suivent.
Pourquoi la Roumanie exporte-t-elle autant de moutons ?
La réponse tient en quelques chiffres. Les Roumains consomment en moyenne 2,3 kg de viande ovine par habitant et par an. C’est très peu. En dehors de la période de Pâques, la demande intérieure reste faible.
Résultat : le pays se retrouve structurellement en surproduction de viande ovine. Les éleveurs ont besoin de débouchés extérieurs. L’Algérie, avec ses besoins massifs, notamment à l’approche des fêtes religieuses, représente un marché idéal.
L’ANSVSA précise également que la Roumanie exporte des animaux vivants faute de capacités d’abattage suffisantes pour répondre à la demande des marchés étrangers. Une contrainte qui se transforme en opportunité commerciale.
Ce que l’Algérie cherche à travers ces importations massives
L’enjeu pour l’Algérie est clair : stabiliser les prix du bétail et éviter la flambée spéculative qui précède chaque Aïd El-Adha. Le marché national ne suffit pas à couvrir la demande.
Voici les principaux objectifs de cette stratégie d’importation :
- Casser les prix sur le marché local grâce à une offre abondante
- Garantir un accès équitable aux moutons dans toutes les wilayas
- Sécuriser l’approvisionnement bien avant la période de forte demande
- Diversifier les modes de transport pour réduire les délais et les risques sanitaires
Alviar (l’Algérienne des Viandes Rouges), avait déjà reçu l’autorisation d’importer 100 000 têtes de Roumanie pour l’Aïd El-Adha, avec des prix ciblés entre 45 000 et 50 000 dinars par tête.
Une coopération algéro-roumaine qui s’installe dans la durée
La relation commerciale entre les deux pays ne date pas d’hier, mais elle s’est considérablement accélérée. Le premier lot de moutons roumains pour 2026 était arrivé dès février au port de Béjaïa, avec 11 700 têtes, signalant une montée en puissance progressive des importations.
Le partenariat s’appuie sur des procédures sanitaires rigoureuses validées des deux côtés. La première expédition de moutons roumains vers l’Algérie avait nécessité un processus long de confirmation des protocoles vétérinaires. Aujourd’hui, ce cadre est établi. Il permet d’aller plus vite, plus loin, et désormais par les airs.
Les prix des moutons roumains restent attractifs comparés au marché local algérien, notamment grâce au climat favorable à l’élevage en Roumanie et à des coûts de production structurellement plus bas. Un avantage compétitif qui explique pourquoi l’Algérie a choisi de s’approvisionner auprès de ce fournisseur européen pour l’année en cours.
