Un réseau criminel de 24 millions d’euros démantelé : 78 arrestations entre l’Algérie et l’Espagne

78 arrestations et 5 millions d’euros de bateaux saisis : Europol frappe un grand coup contre le crime organisé en Méditerranée. Spécialisé dans le trafic de migrants, de drogues et d’armes entre l’Algérie et l’Espagne, ce réseau clandestin géant a engrangé plus de 24 millions d’euros. Tous les détails sur cette opération.
Soixante-dix-huit arrestations, dix-huit speedboats saisis et un chiffre d’affaires criminel estimé à plus de 24 millions d’euros : l’opération coordonnée par Europol le 16 juin 2026 a mis fin aux activités de l’un des réseaux criminels les plus structurés jamais démantelés en Méditerranée occidentale.
Pilotée par la police espagnole avec l’appui de la France, du Portugal et de la Pologne, cette offensive judiciaire a visé une organisation composée majoritairement de ressortissants algériens, dont les tentacules s’étiraient de Marseille à Varsovie, en passant par Bruxelles et Lisbonne.
Un réseau criminel algérien fonctionnant comme une multinationale du crime
Derrière ce réseau se cachait une mécanique d’une redoutable efficacité. L’organisation ne se contentait pas de trafiquer : elle proposait ses services logistiques à d’autres groupes criminels, à la manière d’un prestataire externe. Stockage des marchandises, ravitaillement en carburant en pleine mer, maintenance des embarcations, contre-surveillance des forces de l’ordre… chaque maillon de la chaîne était tenu par un spécialiste attitré.
La hiérarchie interne était suffisamment solide pour survivre aux arrestations. Quand un membre tombait, l’organisation continuait de tourner. Les bases opérationnelles couvraient Almería, Murcie, Carthagène, Alicante et Ibiza côté espagnol, tandis que la direction résidait en France et en Belgique.
Les flux financiers, eux, transitaient par le système hawala, ce réseau informel de transfert d’argent quasi intraçable, dont les enquêteurs ont mis la main sur le registre comptable.
Des speedboats fantômes au cœur du dispositif criminel
La signature de ce réseau, c’est sa flotte. Dix-huit embarcations à grande vitesse ont été saisies lors des perquisitions menées dans quatre provinces espagnoles, pour une valeur totale dépassant 5 millions d’euros. Parmi elles, des bateaux de 14 mètres équipés de trois à quatre moteurs chacun, formellement interdits en Espagne en raison de leur puissance et de leurs dimensions.
Ces speedboats fantômes, conçus pour échapper à tout enregistrement officiel, servaient à organiser des transferts en eaux internationales, à proximité des côtes espagnoles. Le principe : remettre la cargaison (drogues, armes, migrants) en pleine mer, hors de portée immédiate des autorités, avant qu’une autre cellule prenne le relais par voie terrestre. Par ailleurs, ce découpage des opérations entre volet maritime et volet terrestre compliquait considérablement le travail des enquêteurs.
Les migrants, eux, voyageaient dans des conditions inhumaines. Entassés dans des embarcations sans gilets de sauvetage ni éclairage, souvent par mauvais temps, certains ont subi des violences physiques et sexuelles. Des logements de fortune servaient de centres de rétention improvisés avant les départs.
Un trafic à double sens générant 24 millions d’euros
Le modèle économique du réseau reposait sur une logique de rentabilité maximale dans les deux sens de la traversée. À l’aller, depuis l’Espagne et le Portugal vers l’Algérie, les bateaux transportaient des drogues de synthèse (notamment de l’MDMA), des armes et des explosifs. Au retour, ils ramenaient des migrants algériens, facturés jusqu’à 12 000 euros par personne. Un seul voyage pouvait embarquer plus de cinquante passagers.
Le bilan des saisies illustre l’ampleur des activités : 15 000 comprimés d’MDMA (soit 7 kg), 61 kg de résine de cannabis, 500 grammes de cocaïne, un revolver calibre 38, des munitions, ainsi que plus de 25 000 euros en liquide. Du matériel de communication sophistiqué (téléphones satellites, GPS, outils de chiffrement) a également été confisqué lors des 17 perquisitions menées à Alicante, Almería, Carthagène et Murcie.
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Des liens confirmés avec la Mocro Mafia et le Milieu marseillais
Ce réseau n’évoluait pas en vase clos. Les enquêteurs ont établi des connexions directes avec deux organisations criminelles parmi les plus redoutées d’Europe : la Mocro Mafia, cartel d’origine marocaine implanté aux Pays-Bas et en Belgique, et le « Milieu marseillais », nébuleuse criminelle du sud de la France. Ces alliances expliquent en partie la capacité du réseau à opérer simultanément dans plusieurs pays européens.
Pour maintenir sa discipline interne, l’organisation n’hésitait pas à recourir à une violence extrême. Armes à feu, menaces, tueurs à gages : les membres récalcitrants et les migrants eux-mêmes étaient tenus sous la contrainte. Lors des opérations de police, certains suspects ont opposé une résistance armée et proféré des menaces directes contre les forces de l’ordre.
Parmi les 78 personnes interpellées en Espagne et en Algérie figurent trois cibles à haute valeur (High Value Targets), soit des cadres dirigeants de l’organisation. Leurs connexions s’étendaient à des groupes criminels en France, en Belgique, au Portugal, en Italie et en Pologne.
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