Un dossier encombrant : La violence dans le football algérien, l’aveu d’impuissance des autorités

jeudi 10 janvier 2019 à 16:04
Source de l'article : Lecourrier-dalgerie.com

La violence toujours aux aguets. En embuscade. Fait des siennes à la moindre petite mèche allumée dans les tribunes. Lorsque l’étincelle ne vient pas carrément du terrain avec des joueurs qui ne savent pas se tenir. Des frissons et des peurs garantis. Et beaucoup, énormément de casse et de dégâts.

Cachez nous ce jeu qu’on ne saurait voir
Merci la Commission d’organisation de la Coupe d’Algérie et la Faf pour l’infinie clémence démontrée après les heurts violents de Jijel. Merci le MJS pour les termes tout de finesse choisis pour dénoncer les tenants de la violence qui minent notre football et donnent à nos stades un cachet repoussant. Hideux. De véritables coupe-gorges déconseillés au vrai fan. Bienvenu dans le monde agité d’un jeu à onze national à l’origine de toutes nos peurs. De tous les risques et de toutes les menaces. Non maîtrisable en plus notre enfant terrible. Un match déséquilibré et un seul vainqueur: les fauteurs de troubles qui l’emportent largement à l’heure des comptes. Et mécomptes. Et un titre à retenir. Qui dit ce qu’il dit. Confirme que la bête a plus d’une tête pour survivre. «Le gouvernement se limite à la seule dénonciation du phénomène et appelle les différents acteurs à la retenue.» Ni plus ni moins devant l’ampleur des dégâts et les risques permanents qu’il fait courir à l’ordre public.

On compte les blessés et on mesure l’attitude des uns et des autres face à des débordements récurrents. Pour la plupart évitables. Les origines du mal et les foyers attisant le feu ? Plus la peine de rappeler les faits et d’énumérer, chiffrer la facture des destructions. On sait seulement que les autorités agitent le drapeau blanc et que l’image du football algérien en particulier et du sport national en général est singulièrement ternie. Plus aucune limite à la provocation. A la folie furieuse. Toutes les barrières qui tombent. Les unes après les autres.

Pour ouvrir le Nouvel An (rouvrir les profondes plaies léguées plutôt par une défunte année 2018 à oublier pour bien des raisons), la bête immonde, en live national s’il vous plaît (la rencontre de Coupe d’Algérie, attendue par tous, était retransmise en direct à la TV) et en guise de présentation des vœux, a donné rendez-vous, à partir de la coquette et balnéaire ville de Jijel, au public pour rappeler un peu à tout le monde que le jeu ne vaut plus la chandelle.

Qu’il était même plus qu’urgent, le moment enfin venu d’arrêter les frais (au fait qui payera les dégâts ayant suivi les dégradations que ce joli bijou, enfin révélé aux Algériens par le truchement d’un petit «sommet» des extrêmes, entre l’un des plus prestigieux sigles du pays (le MCA) et un autre, venu des paliers inférieurs de la hiérarchie («Village Moussa», créé il y a moins de 10 ans et qui bénéficiera, à l’occasion d’un tour d’épreuve populaire propice aux surprises, d’un coup de pub magistral dont il ne profitera pas, ou si mais de la plus mauvaise manière, ses fans, comme dépassés par l’évènement, se mettant en exergue en cassant tout sur leur passage) qui connaîtra une fin houleuse. A la limite du dramatique.

Pas de fin d’ailleurs puisque la rencontre, arrêtée avant la pause, n’ira pas à son terme. Ira rejoindre, sans aucun regret, les tiroirs de ces éternelles et interminables parties où l’on jouera rarement au football. Pourquoi et comment? On rappellera seulement (ce n’est pas une explication sérieuse mais elle tient la route) que ce duel jugé tellement déséquilibré au départ (statut, prestige et palmarès des deux formations obligent) connaîtra un traitement médiatique disproportionné, beaucoup considérant d’ailleurs (à quelles fins et on ne répondra pas?) que cette «affiche» (elle ne le méritait que par son seul cachet inédit) a été honteusement gonflée. La suite, tout le monde la connaît. Une fin de journée des plus agitées, une partie de la nuit d’émeutes et la peur partout. Pour un ballon rebondissant mal. Un cuir fuyant et le plaisir en moins.

Aux promesses jamais tenues

La super «affiche» qui accouche d’un bide avec des débordements à vous couper l’envie, et pour de bon, de remettre les pieds dans un stade. Dans la foulée, les dirigeants du club jijeli demandent pardon, la structure en charge de la gestion de l’enceinte (OPOW de la ville ?) qui demande réparation, la Commission d’organisation de la Coupe d’Algérie qui décide (ce n’est pas une surprise) du gain du match au bénéfice du MC Alger, une sanction de deux matches à huis clos (ce n’est finalement pas cher payé, clément même au moment où tout le monde, choqué par les images renvoyées par le petit écran espérait, pour l’exemple, une réaction à la hauteur du délit) prononcé par la Faf et la dénonciation par la tutelle (le MJS, par la voix de son 1er responsable) en des termes pour le moins bien choisis (feutrés, pour ne pas contrarier et ajouter de l’huile sur le feu ?) d’actes n’honorant pas leurs auteurs et en appelle au bon sens des supporters, priés (l’appel sera sûrement entendu, la réponse déjà prête, tant et si bien que la mèche est quelque part prête à prendre feu) de se «calmer».

S’ensuivront, comme d’habitude, après chaque déchaînement de violences, de belles paroles pour rappeler qu’il n’est pas dans les mœurs de l’Algérien, connue pour son hospitalité légendaire (des qualités qui se perdent) de réagir «violemment». Sauf que nos week-end de football n’annoncent plus rien de bon. Que le pire est toujours à craindre de voir nos stades et alentours se transformer en places fortes, en no-mans lands. En champs de batailles. Scènes surréalistes se répétant à en vomir (on s’excuse du terme) et qui ont fait le tour de la planète. Ce n’est pas beau à voir. Jamais facile à traduire par les mots. Le papier, difficile à mener, s’arrête là. Aux promesses jamais tenues quant à une meilleure prise en charge d’un phénomène dont la particularité est de nous renseigner sur de graves dérives nous renvoyant cette image de responsables sportifs passés maîtres dans l’art de la surenchère et de la provocation.

Après l’intermède Coupe, le championnat a repris, dans un calme relatif mais toujours aussi lourd, comme si de rien n’était, son petit bonhomme de chemin avec l’entame de la 1ère journée de la phase retour. Une 2e partie de compétition où il faudra encore une fois compter avec la pression de la rue, des jeux de coulisses(la corruption et la combine ne vont pas tarder à pointer le bout du nez), le dernier virage menant aux verdicts de fin de saison (on croise les doigts, parce que ça craint énormément tant pour la course au titre que pour le maintien) étant souvent sujet à tous les dérapages. En attendant, et encouragés par la passivité des «décideurs», on peut parier fort que les porteurs de dangers sont là. Réels.

Demeurent omniprésents. Sauf que l’on ne peut rien y faire. Qu’aucun symposium (plus aucun doute là-dessus malheureusement) ni aucune «menace» de nettoyer (par la seule force de la loi) ces lieux infâmes que sont devenus nos stades (même nos salles omnisports, car les disciplines dites mineures ne sont pas en reste et sont frappées de plein fouet par le mal) ne seront d’un quelconque secours. La solution ? On ferme à double tour. On décrète (ce n’est pas beau mais le jeu produit, le spectacle, ne l’est pas non plus) des saisons à blanc. Sans public pour voir. Se donner le temps de mettre en place l’arsenal (juridiquement, les textes existants ne manquent pas de rigueur) promis afin réhabiliter l’image de notre football. Pour voir. A voir. On verra.

Par Azouaou Aghiles

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