« Un brevet d’invention à 23 ans » : Cette étudiante pousse Baddari à briser le protocole pour elle

« Un brevet d’invention à 23 ans » : Cette étudiante pousse Baddari à briser le protocole pour elle
Nesrine Morsli reçue par Baddari

C’est une image peu commune dans les salons feutrés du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Mercredi dernier, Kamel Baddari a rompu avec le protocole habituel pour saluer le parcours d’une étudiante qui ne figure pas encore sur les listes des doctorants, mais dont le nom apparaît déjà sur un brevet d’invention : Nesrine Morsli.

Issue de l’Université M’Hamed-Bougara de Boumerdès (UMBB), cette jeune diplômée en biochimie appliquée incarne désormais le nouveau visage de l’excellence scientifique nationale.

Nanomédecine : Comment l’infiniment petit transforme les soins ?

Les travaux de Nesrine Morsli plongent au cœur de la nanomédecine, un domaine où la science manipule la matière à l’échelle du nanomètre (moins de cent millionièmes de millimètre). Son innovation ? Le développement de systèmes thérapeutiques utilisant des nanoparticules pour la nutrition thérapeutique.

L’enjeu est colossal. En combinant la biochimie, la pharmacologie et l’ingénierie moléculaire, la chercheuse propose des solutions nutritionnelles capables d’interagir directement avec l’organisme au niveau cellulaire. Cette approche permet non seulement de soutenir la santé globale, mais aussi de prévenir certaines maladies chroniques avec une précision chirurgicale, tout en minimisant les effets secondaires.

Alors que plus de 400 essais cliniques de ce type sont menés à travers le monde, l’Algérie prouve, à travers ce brevet, qu’elle dispose des compétences pour concourir dans cette course technologique mondiale.

Startups en Algérie : Le rôle clé des incubateurs universitaires

Le succès de Nesrine Morsli ne doit rien au hasard. Il est le fruit d’une stratégie de « l’université-entrepreneur » mise en place ces dernières années. Son projet a été couvé au sein de l’incubateur de l’Université de Boumerdès, bénéficiant d’un accompagnement technique rigoureux.

La jeune chercheuse a également su tirer profit des nouveaux dispositifs d’État. Lauréate du challenge national « ProtoMarket », elle a bénéficié d’un financement crucial destiné aux prototypes commercialisables. Détentrice du label « Projet innovant », elle est aujourd’hui éligible au soutien de l’Algerian Startup Fund, un levier financier essentiel pour transformer une idée de laboratoire en produit disponible sur le marché.

Du laboratoire à l’industrie : Le défi du passage à l’échelle

Si le cas Morsli est emblématique de la réussite du programme « Algeria Disrupt » lancé en 2020, il souligne également les défis qui attendent encore l’écosystème de l’innovation en Algérie.

Longtemps critiquée pour son cloisonnement, l’université algérienne tente aujourd’hui de prouver qu’elle peut répondre aux besoins de l’économie réelle. Le défi reste cependant entier : l’articulation entre ces jeunes inventeurs et le tissu industriel national doit encore se consolider. Pour éviter la fuite des cerveaux, le gouvernement fait le pari de la valorisation précoce des talents.

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En recevant Nesrine Morsli avant même qu’elle n’entame son doctorat, le ministre Baddari ne félicite pas seulement une étudiante brillante ; il tente de transformer un « signal » symbolique en une trajectoire durable pour toute une génération de chercheurs-entrepreneurs.

Reste désormais à transformer l’essai : voir ces nanoparticules passer des éprouvettes de Boumerdès aux plateaux de production industrielle.