Un bijoutier dépouillé de 2,3 milliards par de « vrais » policiers et de « faux » suspects

Un bijoutier dépouillé de 2,3 milliards par de « vrais » policiers et de « faux » suspects
Justice

Le tribunal de Dar El Beïda a rendu son verdict ce mardi 7 avril 2026 dans une affaire de corruption et d’escroquerie aux allures de scénario de film. Des policiers, de mèche avec de faux informateurs et des complices étrangers, ont orchestré une arrestation fictive pour dépouiller un industriel de la bijouterie.

L’affaire remonte à juin 2025, mais ses détails, révélés lors du procès, font froid dans le dos. Au cœur du scandale : une patrouille de police de l’arrondissement de Faizi (Bordj El Kiffan) qui a détourné ses fonctions pour monter un « guet-apens » financier.

Un scénario machiavélique à 2,3 milliards de centimes

La victime, M. Abdelmadjid, propriétaire d’une entreprise de joaillerie, pensait conclure une transaction lucrative pour l’achat d’un kilogramme d’or et de cocaïne. Le rendez-vous est fixé à El Hamiz, après des négociations impliquant son propre beau-frère, un prétendu officier de l’armée et un informateur de police fictif nommé T. Boubakeur.

Au moment de la transaction, une patrouille de police surgit brusquement. Paniquée, la victime voit les policiers « arrêter » les ressortissants africains (en réalité des complices) qui portaient la marchandise. Dans la confusion, les malfrats s’emparent des sacs contenant 2 milliards 300 millions de centimes appartenant au bijoutier.

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La fuite organisée et les preuves numériques

L’enquête a révélé que l’arrestation n’était qu’une mise en scène. Un ressortissant africain, prétendument interpellé et placé dans le véhicule de police sans menottes ni surveillance, s’est « évaporé » dès l’arrivée au commissariat de Faizi avec le butin.

Ce sont les expertises techniques des téléphones qui ont fait tomber les masques. Les messages et appels récupérés prouvent une coordination constante entre les policiers et les complices avant, pendant et après l’opération. Le brigadier-chef J. Jamel avait même négocié une part de 100 millions de centimes pour faciliter la fuite.

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Le verdict : Jusqu’à 10 ans de prison ferme

Malgré les rétractations des prévenus à la barre, le tribunal a suivi les réquisitions du parquet pour sanctionner ce grave manquement à l’éthique professionnelle et à la loi.

Les condamnations prononcées :

  • 10 ans de prison ferme et 500 000 DA d’amende pour le principal accusé, le brigadier-chef J. Jamel.
  • 7 ans de prison ferme pour ses complices, les agents Kh. Younes, S. Youcef ainsi que le capitaine nommé Imad.

Les chefs d’accusation retenus sont accablants : association de malfaiteurs, vol qualifié commis par des fonctionnaires, escroquerie et abus de fonction.

L’informateur « fantôme » démasqué

L’enquête a également permis de neutraliser le cerveau occulte de l’opération, T. Boubakeur. Se faisant passer pour un agent de renseignement en civil sous le nom d’ « Ayoub », il donnait des ordres aux policiers depuis des années. Il a été interpellé dans une wilaya de l’intérieur après avoir tenté de disparaître en changeant de carte SIM.

Cette affaire vient rappeler la vigilance des autorités face aux dérives individuelles au sein des corps constitués, réaffirmant que nul n’est au-dessus de la loi, surtout lorsqu’il s’agit de protéger l’intégrité des institutions et la ségrité des citoyens.

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