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« Drogue du pauvre » : trois frères algériens au cœur d’un trafic juteux en France

« Drogue du pauvre » : trois frères algériens au cœur d’un trafic juteux en France
Derrière un marché noir particulièrement lucratif, trois frères d’origine algérienne sont soupçonnés d’avoir organisé un vaste trafic de médicaments détournés de leur usage. Près de 42 000 cachets ont été découverts lors des perquisitions en région parisienne.

Trois frères d’origine algérienne viennent d’être mis en examen pour avoir orchestré un trafic particulièrement lucratif de médicaments à usage stupéfiant en Île-de-France. Surnommée la « drogue du pauvre », cette substance détournée faisait l’objet d’un véritable marché noir prisé par la délinquance de rue.

Les frères M. approvisionnaient les voleurs et les vendeurs sauvetiers en puissants anxiolytiques et antalgiques détournés de leur usage. Âgés de 30 à 40 ans, les trois hommes ont été mis en examen puis placés en détention provisoire à Paris, à la fin de la semaine dernière, pour trafic et importation illégale de médicaments.

Depuis près de deux ans, les trois suspects auraient piloté un réseau très lucratif de Prégabaline et de Rivotril entre la Belgique, l’Île-de-France et la province. Selon les premiers éléments de l’enquête, ce trafic illicite de médicaments leur aurait généré plusieurs centaines de milliers d’euros de bénéfices.

L’affaire démarre à la suite d’un renseignement obtenu par l’Oclaesp (Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique). Alors qu’ils travaillaient sur une autre enquête entre Rennes et Nantes, les gendarmes mettent au jour des livraisons de médicaments ciblant une clientèle bien précise : les mineurs non accompagnés (MNA), ces jeunes voleurs et cambrioleurs de rue qui en font une forte consommation.

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Arrestations et perquisitions dans le Val-de-Marne

Placés sous la direction du pôle santé du parquet de Paris, les gendarmes mènent de minutieuses surveillances. Leurs investigations permettent d’identifier les suspects : trois membres d’une même famille algérienne installée dans le Val-de-Marne. Pour s’approvisionner, le trio organisait régulièrement des convois vers Anderlecht, en Belgique, afin de récupérer les médicaments auprès d’énigmatiques grossistes.

Selon Le Parisien, les substances étaient ensuite écoulées en Île-de-France, en particulier dans le quartier de Barbès (XVIIIe arrondissement), ainsi qu’en Seine-Saint-Denis, en Seine-et-Marne et dans les Yvelines. « Les trois frères recevaient les commandes et se chargeaient directement des livraisons », a souligné le procureur lors du débat devant le juge des libertés et de la détention sur leur placement sous écrou.

L’intervention des forces de l’ordre à Fresnes, Créteil et Alfortville en début de semaine a conduit à l’arrestation de Farid et Hussein, suivis le mercredi de leur frère Shemseddine, visé par un mandat d’amener. Les perquisitions de leurs caves ont mis au jour une cargaison impressionnante : 20 000 cachets de Prégabaline, 22 000 de Rivotril et d’autres produits non identifiés. Une marchandise illégale évaluée à plus de 100 000 euros à la revente.

La porte de sa cellule restée ouverte

En garde à vue, les trois suspects ont livré une version concordante : l’aîné de la fratrie serait l’unique instigateur de ce réseau. Un quatrième complice, chargé de livrer les clients, a quant à lui échappé aux enquêteurs en regagnant l’Algérie. Présenté comme le cerveau de l’affaire, Farid est finalement passé aux aveux. Sans emploi, sans attaches familiales en France et en situation irrégulière, il fait face aux accusations seul devant la justice.

De son côté, Shemseddine jure avoir tourné la page depuis un an pour se consacrer à son travail de peintre en bâtiment, qu’il cumule avec une activité de chauffeur VTC. « J’ai reconnu les faits et j’ai coopéré, s’est défendu ce trentenaire brun et barbu depuis le box de la salle d’audience. J’avais décidé de sortir de cet enfer avant même que les gendarmes ne viennent m’interpeller. »

Me Youenn Bernard-Toedec rappelle que son client a fait preuve de loyauté en signalant lui-même aux gendarmes que sa cellule n’était pas fermée pendant sa garde à vue. L’avocat ajoute qu’il ne travaillait plus avec son frère aîné Farid, se bornant à lui réorienter les appels des consommateurs.

Écoulé entre 2 et 3 euros la gélule, ce médicament bon marché fait des ravages depuis dix ans auprès des délinquants et des sans-abri d’Île-de-France. De Barbès au XIVe arrondissement, en passant par Aubervilliers, Pantin et les Yvelines, le « Lyrica » — aussi rebaptisé « fusée » ou « taxi jaune » — inonde les trottoirs. Selon un rapport de l’OFDT, les acheteurs privilégient les comprimés de la marque Pfizer, issus majoritairement de stocks datant de 2022 ou 2023.

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DN

Dina Nedjma

Dina Nedjma Journaliste – Économie, analyse et international

Dina Nedjma est journaliste chez Algerie360 depuis 2019. Spécialisée dans l'économie, l'analyse et l'actualité internationale, elle couvre également l'investissement en Algérie ainsi que les principaux salons, forums et événements économiques organisés à travers le pays.

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