Trafic d’or vers la Turquie : 10 ans de prison ferme pour deux policiers de l’aéroport d’Alger

Le tribunal correctionnel de Dar El Beïda a vidé ce mercredi l’un des dossiers les plus scrutés de ces derniers mois. Dans l’affaire de trafic d’or vers la Turquie organisé au départ de l’aéroport Houari Boumediene, les peines vont de deux à dix ans de prison ferme, avec des amendes atteignant 5 millions de dinars. Trois des douze mis en cause ont, eux, été blanchis, a-t-on appris du média Ennahar.
La peine maximale a frappé trois hommes. Il s’agit de deux policiers, un brigadier et un agent, tous deux affectés à l’aérogare, ainsi qu’un autre accusé, présenté comme la cheville ouvrière du dispositif. Chacun devra purger dix ans de détention et régler 5 millions de dinars.
Des peines graduées pour les bijoutiers de Blida
Selon la même source, la majorité des autres prévenus exerçaient le métier de joaillier dans la wilaya de Blida. Trois d’entre eux ont écopé d’une peine de huit ans ferme, assortis de 2 millions de dinars d’amende. Deux autres écopent de cinq ans et d’un million de dinars.
La sanction la plus légère est de deux ans de prison et 500 000 dinars. En revanche, trois autres suspects ont été déclarés non coupables. Les condamnés devront s’acquitter solidairement d’un million de dinars au profit du Trésor public, dont la constitution en partie civile a été acceptée. Le renvoi des douze prévenus devant le tribunal de Dar El Beïda avait été programmé pour le 1er septembre.
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Un brigadier de police au cœur du trafic d’or
Le lien de parenté entre deux des principaux condamnés a pesé lourd. Le brigadier est le neveu de l’un des accusés. Ce derner avançait les fonds nécessaires à l’achat d’or d’occasion, que son oncle refondait ensuite dans son atelier blidéen avant de l’acheminer vers Istanbul. Le bénéfice revenait en partie au policier, une fois les bijoux écoulés dans le commerce familial.
Sa position dans l’enceinte aéroportuaire constituait l’atout décisif du réseau. Lors d’un déplacement effectué avec leurs épouses, l’oncle a transporté près de six kilogrammes de lingots glissés dans ses baskets et dans une ceinture orthopédique, sans subir le moindre contrôle. Les révélations sur ce réseau de lingots et de devises avaient déjà émergé lors des premières comparutions, en août dernier.
Des lingots dissimulés à même le corps
Tout a basculé le 19 février 2025, aux environs de 17h30. B. Réda, commerçant en bijouterie à Blida, s’apprêtait à embarquer sur un vol de la compagnie turque à destination d’Istanbul. La fouille corporelle a livré quatorze barres d’or dépourvues de tout poinçon, réparties avec méthode entre ses chaussures, ses sous-vêtements et une ceinture élastique fixée à sa taille.
À cela s’ajoutaient des devises non déclarées : plus de 10 000 euros, complétés par des coupures turques, britanniques, égyptiennes, saoudiennes et émiraties. Le voyageur a reconnu avoir préparé minutieusement l’opération et admis que d’autres passages du même type l’avaient précédée. Ce n’est pas la première fois que l’aéroport d’Alger sert de théâtre à un transfert illicite de fonds vers la Turquie.
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Un circuit de retour par la Tunisie et la Libye
L’itinéraire de la marchandise s’avère particulièrement élaboré. Les lingots étaient confiés à des ateliers stambouliotes spécialisés dans la joaillerie, dont une antenne détenue par des opérateurs turcs. Une fois transformés en parures prêtes à la vente, les articles reprenaient le chemin de l’Algérie, mais hors de tout circuit douanier.
Les frontières tunisienne et libyenne servaient de points d’entrée. Des intermédiaires jamais identifiés convoyaient ensuite les colis à moto jusqu’au quartier de Bab El Oued, où les négociants les récupéraient. Les investigations sur les mouvements d’entrée et de sortie ont confirmé la cadence soutenue des vols entre Alger et la métropole turque. Un axe déjà mis en cause dans une affaire de psychotropes importés depuis la Turquie.
Des commissions chiffrées en dizaines de millions
Les aveux du principal accusé ont dessiné la cartographie financière du réseau. Pour deux kilogrammes convoyés au profit d’un confrère, il aurait perçu 40 millions de centimes. Un autre lot, de 1 300 grammes, lui aurait rapporté 30 millions. Enfin, une troisième livraison était rémunérée 35 millions de centimes.
D’autres bijoutiers apparaissent dans ses déclarations, avec des quantités allant de quelques centaines de grammes à trois kilogrammes. L’or d’occasion racheté aux particuliers, puis fondu et remodelé, alimentait sans interruption cette filière de contrebande d’or désormais sanctionnée par la justice.
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