Trafic de passeports biométriques à Alger : lourdes peines contre les accusés

Le tribunal de Hussein Dey a rendu ce lundi 14 septembre son jugement dans un dossier peu banal : celui d’une véritable administration de l’ombre qui se serait greffée sur le service des documents biométriques de la commune. Des passeports biométriques ont ainsi été fabriqués et délivrés à des personnes absentes du territoire national, moyennant des sommes oscillant entre 5 et 8 millions de centimes, parfois davantage. Les accusés ont écopé des peines allant de 18 mois à 3 ans de prison ferme.
Les chefs d’accusation retenus contre les prévenus sont lourds. Il s’agit de l’obtention indue de titres de voyage sur la base de fausses attestations, trafic d’influence, octroi d’un avantage indu à un agent public, sans oublier la destruction de pièces administratives confiées dans le cadre de leurs fonctions.
Une enquête antiterroriste à l’origine du trafic de passeports
Tout commence loin des guichets communaux. Les services régionaux d’investigation judiciaire d’Alger travaillaient sur le cas d’un dénommé « T. Abdelkader », né en 1987, écroué le 29 octobre 2025 à l’établissement pénitentiaire de Koléa sur décision du juge d’instruction de la quatrième chambre près le tribunal de Dar El Beïda. Les charges retenues contre lui touchaient à l’embrigadement dans un groupe terroriste actif hors des frontières.
Un détail a fait basculer le dossier : l’intéressé disposait d’un passeport et d’une carte d’identité délivrés par Hussein Dey alors qu’il se trouvait à l’étranger. Le parquet a aussitôt ouvert une enquête préliminaire distincte, confiée après dessaisissement de la brigade autonome de la police judiciaire de Kouba.
La responsable du service des documents biométriques, entendue comme témoin, a confirmé qu’un titre de voyage avait bien été édité le 28 novembre 2024 au nom du mis en cause, via une procédure de renouvellement pour perte. Ni le passeport ni le dossier de base ne figuraient pourtant dans les archives, et aucune trace de remise par empreinte digitale n’apparaissait sur le guichet électronique.
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Des fonctionnaires communaux au cœur du réseau
La chaîne s’est rapidement resserrée autour de « T. Ratiba », l’agente chargée de la vérification des dossiers, toujours en poste au moment des faits. Placée en garde à vue, elle a reconnu avoir noué dès 2022 une relation de confiance avec une certaine Nadjia, rencontrée au guichet, qui lui adressait ensuite des dossiers de personnes parties clandestinement à l’étranger. Le tarif de base : 50 000 dinars par document.
Pour le dossier du principal suspect, la remise s’est faite à bord d’un véhicule stationné près du siège de la mairie. Deux photos, une vignette fiscale et l’enveloppe d’argent ont suffi. L’agente a ensuite saisi les données en déclarant l’ancien passeport perdu, en utilisant un numéro de téléphone qui n’était plus le sien, avant de faire disparaître le dossier physique. Un mode opératoire qui rappelle celui d’un chef de service biométrique d’une commune d’Alger placé en détention provisoire dans une affaire connexe.
Une seconde fonctionnaire, « B. Imane », affectée au bureau de remise des documents, a admis avoir servi d’intermédiaire pour un contact établi à Dubaï, puis avoir sorti cinq passeports au bénéfice de personnes absentes. Le butin était partagé avec sa collègue.
Les téléphones livrent les preuves du trafic de documents biométriques
L’exploitation des terminaux saisis a fait le reste. Messages WhatsApp, échanges vocaux sur Viber, clichés de passeports et de cartes d’identité biométriques : les enquêteurs ont reconstitué les modalités de livraison et d’encaissement de ce que les mises en cause appelaient pudiquement « l’amana ».
Une conversation illustre la mécanique. Interrogée sur le mode de paiement par un client, l’une des accusées explique que le titulaire réside en France et ne présente aucun risque, avant de fixer le prix à 80 000 dinars, soit 4 millions de centimes pour chacune des deux complices. Des méthodes déjà observées lors du démantèlement d’un réseau spécialisé dans les faux passeports et documents administratifs dans la capitale.
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Des tarifs grimpant jusqu’à 10 millions de centimes
D’autres échanges, attribués par les enquêteurs au compte de l’agente chargée de la saisie, évoquent une grille tarifaire bien plus élevée. Selon le profil du demandeur, la facture montait de 8 à 10 millions de centimes, le produit étant systématiquement partagé à parts égales.
Dans un message ultérieur, l’une des accusées annonce que le document est prêt et exige le règlement intégral avant toute remise. Les preuves numériques comprennent également le cliché d’un passeport appartenant à un dénommé « B. Abdenour », accompagné de son numéro d’identification nationale.
L’objectif final de cette filière ne fait guère de doute pour les enquêteurs : permettre à des ressortissants algériens installés illégalement en Europe de circuler librement avec des documents parfaitement authentiques. Une problématique récurrente, comme l’a montré l’affaire d’un policier de la PAF impliqué dans un départ illégal vers l’Allemagne, ou encore le coup de filet ayant visé un vaste réseau de faussaires spécialisé dans les certificats de nationalité à Alger.
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