Tlemcen: Comment sortir du fanatisme et de l’extrémisme religieux ?

Tlemcen: Comment sortir du fanatisme et de l’extrémisme religieux ?

Khaled Boumediene

Tlemcen: Comment sortir du fanatisme et de l’extrémisme religieux ?

Le théologien et président de la conférence mondiale des religions pour la paix, Dr. Ghaleb Bencheikh, a appelé samedi à Tlemcen la jeunesse musulmane « à s’armer des sciences, du savoir et la connaissance et de s’ouvrir davantage sur le monde, afin de sortir de l’ornière, de l’ignorance et la méconnaissance et ne pas tomber dans la radicalisation, le fanatisme et l’extrémisme religieux qui détruisent les nations ». Animant une conférence sur « Science et Spiritualité » au palais de la Culture « Abdelkrim Dali », Dr. Ghaleb Bencheikh a souligné que « si nous pensons que notre tradition religieuse, notre civilisation dont il faudrait savoir cerner et comprendre, nos cultures sont dans une telle situation qu’il faut les sauver, ce qui sous-entend quelque part qu’elles sont atteintes pour ne pas dire malades, et bien il y a lieu de conjuguer nos efforts.
Les nations islamiques doivent sortir de l’ornière et la réalité est aujourd’hui amère ! Puisque nous parlons de science, et bien sachez que la production scientifique en contexte islamique est quasiment nulle. Il y a un vrai malaise ! Je ne dis pas que les chercheurs ou les scientifiques musulmans n’existent pas de par le monde, mais les contextes islamiques d’une manière générale ne produisent pas de sciences. La production éditoriale toutes disciplines confondues est de l’ordre de 0,8% de la production éditoriale mondiale alors que d’autres nations d’autres sphères religieuses ou civilisationnelles produisent davantage. Il y a donc un problème, si nous ne voulons pas le regarder en face, c’est que nous nous complaisons dans une dune qui finalement nous ramènera à des situations beaucoup plus graves. Nous pâtissons d’une triple ignorance, et là il faut faire le distinguo entre l’ignorance et la méconnaissance. Il n’y a pas de problème à ne pas savoir, mais la méconnaissance nous rend aveugle et même arrogant ! Il vaut mieux étudier une partie de la nuit que de prier toute la nuit ! Il faut avoir une pensée subversive, libérer l’esprit de sa prison et sortir du licite et de l’illicite et des représentations superstitieuses, car la question est d’être et de ne pas être ! Allez acquérir le savoir !».
Faisant une analyse cryptique sur les systèmes de pensées, de cultures, l’anthropologie du passé et l’archéologie du temps présent, Dr. Ghaleb Bencheikh a sollicité la nombreuse assistance de bien comprendre le thème de « Science et Spiritualité » retenu pour cette conférence organisée par l’Ecolymet de Tlemcen. « Alors, d’abord il n’est pas dit science islamique, science et spiritualité, il n’est pas dit religion islamique ou religion tout court, science et spiritualité, et par science qu’est-ce qu’on entend, s’agit-il des sciences dites exactes, pures, dures ou expérimentales ou la science c’est-à-dire savoir et connaissance ? Là aussi on a besoin de comprendre le titre en tant que tel. Il faut éviter deux écueils. Le premier, c’est d’éviter la pathologie du concordisme, on va faire coïncider les données révélées avec les découvertes scientifiques, et on s’extasie de bonheur parce qu’on a dans la révélation ce qui a été découvert après coup, sauf que si je ramène les choses à nos autres musulmans nous nous les avions depuis toujours, et ce qui montre d’ailleurs non seulement l’omnipotence, l’omniscience, la puissance du Créateur, mais c’est que nous les avons. Ça dénote d’abord une paresse intellectuelle. Il ne s’agit absolument pas du même registre épistémologique. Le registre de la recherche scientifique n’est pas celui de la révélation. Le deuxième écueil à éviter, c’est de considérer que par la science on va pourfendre de contredire, là aussi ce n’est pas le même registre, et il n’y a pas lieu d’agir de la sorte. Il est temps de sortir de cette problématique ».

Le débat a porté ensuite sur de nombreuses questions. L’on peut citer, l’islam et la civilisation, le train de la civilisation et la connaissance, le discours relationnel, la recherche scientifique et la révélation, le discours religieux et la science, l’intégration spirituelle devant l’accélération de la science, la vie et les réseaux sociaux, la foi et l’intelligence, le soufisme, la parole de Dieu et l’outillage, la science et le monde, le sens de la vie et le Coran et l’écologie.