Diplomatie prudente, précautionneuse qui évolue sur une voie balisée, dans ce cas précis, par des principes immuables comme la non-intervention en territoire étranger et surtout le non-paiement de rançon aux ravisseurs
Aucune réaction officielle sur la nouvelle faisant état de l’exécution du vice-consul algérien à Gao par le Mujao. À l’ouverture hier de la session du Parlement, ni le Premier ministre ni celui des Affaires étrangères n’ont voulu s’exprimer sur le sort des trois otages du groupe terroriste. Non plus sur le sort de Tahar Touati, le vice-consul dont un communiqué revendique l’exécution. “Il n’y a rien de nouveau”, a répondu, Mourad Medelci, le chef de la diplomatie algérienne. “Après les informations que nous avons recueillies et diffusées à l’opinion publique algérienne et internationale nous ne possédons pas d’informations supplémentaires à ce sujet”, a-t-il affirmé à l’APS.
Le Premier ministre Ahmed Ouyahia ne dira pas grand-chose et se contentera de dire “n’avoir rien à dire à ce sujet”. Les deux responsables paraissaient gênés devant cette question. Position difficile d’autant qu’elle met l’Algérie devant des choix délicats. Même si l’exécution de l’otage n’est pas confirmée, l’Algérie est appelée à prendre des décisions. Diplomatie prudente, précautionneuse qui évolue sur une voie balisée, dans ce cas précis, par des principes immuables comme la non-intervention en territoire étranger et surtout le non-paiement de rançon aux ravisseurs. En plus du fait que le Mujao détient encore trois autres otages. Des facteurs qui incitent à davantage de prudence.
Autre facteur important, l’Algérie est partenaire dans la solution à la crise malienne et dont le rôle “politique” est de plus en plus sollicité. D’où cette tendance de la diplomatie algérienne à “ménager” toutes les parties de cette crise. Ce qui n’est pas évidemment le cas du Mujao dont la composante qui n’est pas totalement d’essence malienne, diffère dans ses objectifs avec les autres groupes qui contrôlent le nord de ce pays, Anser Edine et le MNLA, et demeure farouchement hostile au dialogue et à la négociation. Ce groupe terroriste donne plutôt l’air de s’accommoder de cette situation que de la perspective d’une solution.
Cela réduit, de fait, la marge de manœuvre de l’Algérie. Marge qui lui a permis, dans sa démarche discrète, par l’intermédiaire de notables influents dans cette région de libérer quatre des sept fonctionnaires du consulat de Gao enlevés sans se soumettre à la condition du paiement d’une rançon. L’Algérie a bien bataillé pour voir sa demande de condamnation du paiement de rançons aux terroristes pour la libération des otages acceptée par l’Union africaine et l’ONU.
Cette nouvelle intervient, par ailleurs, après les deux attentats commis sur le sol algérien, Tamanrasset et Ouargla, revendiqués par le même groupe avertissant ainsi de son intérêt pour “cette puissance régionale”, seul pays du champ à s’opposer clairement à l’intervention étrangère au Mali et qui a réussi à rallier à son option politique l’UA et des capitales occidentales. Et au moment de l’amorce du dialogue avec les groupes Anser Edine et MNLA avec le gouvernement de transition calmant ainsi les ardeurs de la Cédéao qui a fait une fixation sur l’intervention militaire.
C’est dans ce contexte que le communiqué du Mujao peut être perçu comme un message clair adressé à Alger et par lequel le groupe terroriste et ses sponsors veulent entraîner l’Algérie vers l’intervention militaire. Ce qu’elle a toujours refusé et qu’elle s’attache à convaincre les autres d’éviter de créer un autre Afghanistan au Sahel. Une provocation à laquelle l’Algérie s’abstient et s’abstiendra de répondre pour des raisons de principe, quitte à mettre dans la gêne sa diplomatie. L’enjeu vaut aussi cet autre sacrifice.
Djilali B
