C’est un problème d’organisation et de régulation du marché»
La rareté de l’eau minérale constatée ces derniers jours sur le marché a ses causes.
La première entre dans le sempiternel problème d’approvisionnement des points de vente, lors des fêtes nationales frappées par plusieurs jours de repos comme cela a été le cas pour l’Aïd El Fitr. A ces occasions-là, il n’y a pas que l’eau minérale que les ménages peinent à trouver. Tous les produits de large consommation comme le pain, les fruits et légumes et de manière plus générale les denrées alimentaires font défaut sur le marché du détail. C’est toute la chaîne de distribution, de l’unité de production à la plus petite épicerie du coin, ou qui baisse rideau au mieux, tourne au ralenti faute de main-d’oeuvre. Ceci n’est pas nouveau. Il n’y a que la rallonge de la liste des produits sous tension qui l’est.
Cette année, l’eau minérale est venue s’ajouter aux produits sensibles dont la consommation augmente de manière significative jusqu’à rendre le problème plus visible. Les informations rapportées sur cette tension ont fait état de plusieurs causes. Pour les uns, c’est la production de ces eaux qui n’est pas préparée à des pics de la demande en période de canicule. Pour d’autres, c’est la distribution.
Pour d’autres encore, il s’agit de spéculateurs qui tentent, par là, d’augmenter les tarifs. S’il y a une part de vrai dans toutes ces accusations, il n’en demeure pas moins qu’elles se situent toutes en aval du processus de dérégulation qui conduit à la pénurie. Il faut remonter bien avant pour trouver le problème structurel lié à la disponibilité de l’eau minérale dans les étals. Pour mieux comprendre, nous sommes allés à la rencontre d’un grand producteur de ce précieux liquide qui a bien voulu nous livrer ses explications. Pour le P-DG du groupe SIM, Abdelkader Taïeb-Ezraïmi, qui produit les deux plus anciennes marques d’eaux minérales que sont «Ben Haroun» et «Mouzaïa», «c’est un problème d’organisation et de régulation du marché».
Plus explicite, il nous informe que la production des eaux minérales est fluctuante suivant les saisons. Une production qui peut descendre jusqu’à 25% des capacités des usines en période «froide» qu’il estime à 6 mois dans l’année pour «tourner» à plein régime les 6 autres mois où la température remonte.
Dès qu’une canicule s’installe, les stocks «fondent» et quels que soient les efforts de la production, celle-ci ne peut plus faire face à la demande. Une très forte variation qui met à mal l’opérateur dans ses investissements mais aussi l’emploi qui, de ce fait, impose la formule des saisonniers plutôt que celle des permanents. La solution? Pour Taïeb-Ezraïmi elle est simple mais a un coût. «Il s’agit de maintenir le taux de production à son niveau le plus haut durant toute l’année.
Le surplus dégagé en période creuse permettra de constituer des stocks qui viendront s’ajouter à la production courante, à la forte demande qui se manifeste en été», nous explique-t-il. Pourquoi ne pas le faire alors? «C’est plus facile à dire qu’à faire», nous répond-il. «D’abord il faut de grands aires de stockage que les producteurs n’ont pas actuellement faute d’assiettes foncières. C’est là un problème qui ne peut se régler qu’avec la participation effective des autorités locales du lieu de production. Ensuite, il n’est pas évident que tous les producteurs puissent se permettre financièrement de longs délais de stockage de leur production. Il leur est pratiquement impossible d’y parvenir en ne comptant que sur leurs fonds propres.
C’est vrai que les banques jouent le jeu par le biais des crédits, sauf que les taux d’intérêts aggravent sérieusement les charges des producteurs. Là aussi, la participation de l’Etat sous la forme de taux d’intérêts bonifiés pourrait encourager les opérateurs à se doter de stocks importants durant la basse saison et pouvoir ainsi attendre des mois avant de pouvoir les écouler», confie-t-il. C’est-à-dire que si les sites de stockages étaient mis à la disposition des producteurs et si l’Etat aide ces derniers à supporter financièrement l’attente de la haute saison, le problème est en grande partie réglé. Reste la distribution. «Nous assurons nous-mêmes la distribution pour tous les produits du groupe SIM.
Nous avons constitué notre propre réseau qui comprend un important parc de véhicules ainsi que des plates-formes dans les principales régions du pays. Ceci nous permet d’assurer leur disponibilité à flux continu tout au long de l’année», tranche-t-il.
Il n’en demeure pas moins, pour les autres producteurs qui ne disposent pas d’un tel réseau de distribution, la solution reste à trouver. Pour ceux-là, le rôle de régulateur dévolu à l’Etat reste entier. Ainsi, en assurant à l’outil de production un rendement continu, des aires de stockage en adéquation, des facilitations bancaires et l’intervention du ministère du Commerce dans la régulation effective du marché, l’eau minérale pourrait être largement disponible durant l’été 2014.
Avec un bémol cependant, celui de la baisse d’effectif des ouvriers de la manutention et l’ouverture des petits commerces durant les fêtes. C’est un autre débat, plus social qu’économique.
