Le trafic de médicaments est en train de prendre une ampleur inquiétante, notamment à Tébessa. En l’espace de quelques semaines, les sections de recherches de la Gendarmerie nationale ont démantelé deux réseaux internationaux qui faisaient entrer illégalement par la frontière algéro-tunisienne des milliers de boîtes
de médicaments sensibles servant ensuite à la fabrication de drogue.
Cette ville de l’est, eldorado du grand trafic de carburant, d’or et de cigarettes, a déjà été la cible des contrebandiers de médicaments et où un vaste réseau a récemment été démantelé. Ce réseau écoulait des milliers de boîtes de différentes marques de médicaments. Du coup, Tébessa est devenue la plaque tournante d’un autre gendre de contrebande, celui du trafic de médicaments. Le propriétaire d’une agence de location de véhicules comparaissait, vendredi passé, devant le tribunal correctionnel de Constantine pour transport illégal de médicaments et blanchiment d’argent. Les gendarmes avaient saisi à son agence près de 9 000 boîtes de médicaments acheminés illégalement à Tébessa, dont certaines pouvant servir à la fabrication de drogues. Comment ces substances sont-elles parvenues à Tébessa ? Où sont-elles stockées ? Qui sont ces contrebandiers ? Comment la ville de Tébessa est devenue la plaque tournante du trafic de médicaments ? Autant de questions qui ont finalement trouvé réponse à l’issue d’enquêtes menées par la Gendarmerie nationale. Des éléments de la Section de recherches de plusieurs groupements de la GN se sont rendus dans cette ville pour mener des enquêtes et arrêter les contrebandiers, dont les cerveaux des réseaux. Grâce à ces enquêtes, les gendarmes sont parvenus à démanteler des réseaux internationaux, identifier de grands contrebandiers et surtout savoir comment ces médicaments sont introduits en Algérie. Il faut savoir que les grosses quantités de médicaments sont importées, illégalement des villes tunisiennes. A Sousse, par exemple, des trafiquants tunisiens ont détourné des médicaments envoyés par la Croix-Rouge internationale aux blessés tunisiens lors de la «révolution du jasmin». Ces médicaments seront alors envoyés en Algérie aux contrebandiers algériens qui les vendront aux pharmaciens, alors que d’autres seront utilisés pour la fabrication de drogues. Pour preuve, près de 9 000 boîtes de médicaments, dont certaines de marques Sudafed et de Rhinadvil pour soigner le rhum, ont été vendus par les contrebandiers à des trafiquants de drogue. Les réseaux de trafic de stupéfiants utilisent ces deux médicaments pour fabriquer de la drogue et la vendre aux clients potentiels. Il faut souligner que ces médicaments, vendus en Algérie en pharmacie sans ordonnance, deviennent des marchandises lucratives. C’est l’argument soutenu par une source sécuritaire.
Fabrication de méthamphétamines
Toujours selon la même source, la plupart des médicaments saisis lors du démantèlement des deux réseaux internationaux avaient une autre destination : celle des «réseaux de drogue». La source révèle que «les médicaments étaient détournés de leur usage médical pour fabriquer de la méthamphétamine», une drogue très puissante qui fait des ravages dans certains pays. Les trafiquants, basés principalement dans les villes de l’est, Tébessa, Mila et Constantine, extraient la pseudo-éphédrine de ces médicaments contre le rhum, un principe actif rentrant dans la composition de la drogue de synthèse. Cette substance est classée parmi les «précurseurs de drogue, dès lors, leur libre circulation est interdite», nous confiait une source judiciaire. Ce trafic de médicaments n’est pas nouveau, puisqu’en 2006 l’ONU avait mis en garde tous les Etats sur la possibilité de la transformation de ces médicaments en drogues. Le phénomène tend à se multiplier depuis 2008 dans le monde. En Algérie, le démantelement de ces réseaux par les gendarmes n’est pas une première, puisque cela fait déjà près de quatre ans que d’autres réseaux agissant dans le même trafic ont été déstructurés.
Par Sofiane Abi
