Le marché du travail français est-il le reflet d’une immigration à deux vitesses ? C’est ce que suggère une récente étude, qui met en lumière de profonds écarts d’intégration économique selon l’origine des populations. Au cœur de ce constat, la situation des résidents nés avec la nationalité algérienne interpelle : ils occupent aujourd’hui une place particulièrement défavorable dans le classement des taux d’emploi en France.
Publiée le 9 juillet 2026, une étude de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie (OID) exploite pour la première fois les micro-données du recensement 2022 de l’Insee pour mesurer la part des actifs en emploi selon leur nationalité de naissance précise.
Cette approche dépasse les limites des publications habituelles de l’Insee, dont les catégories trop agrégées ne permettaient pas d’analyser finement la diversité des comportements économiques par origine.
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Taux d’emploi en France : quel classement pour les Algériens ?
Pour mesurer équitablement l’insertion professionnelle, l’étude se concentre sur les plus de 15 ans, en excluant les étudiants et les retraités. Ce prisme révèle des disparités marquées : avec un taux d’emploi de 54,4 %, les Algériens se classent en sixième position des nationalités les moins insérées sur le marché du travail. Ils devancent légèrement les Turcs (53,1 %), les Russes — incluant les Tchétchènes — (52,6 %), les Pakistanais (51,8 %), les Haïtiens (51,5 %) et les Comoriens, qui ferment la marche avec 50,8 %.
À l’inverse, les Serbes (56,9 %), les Marocains (57,5 %), les Guinéens (57,7 %) et les Tunisiens (60,2 %) ferment ce « top 10 » des taux d’emploi les plus faibles.
À l’autre bout du spectre, les natifs du Portugal affichent la meilleure insertion avec un taux d’emploi record de 81,7 %, devançant légèrement les Français de naissance (79,6 %). Ce haut de tableau est largement dominé par les pays d’Europe de l’Ouest, où l’on retrouve notamment la Suisse (78,7 %), l’Allemagne (77,6 %) et le Royaume-Uni (76,5 %). Seuls le Canada (75,5 %) et le Liban, qui ferme la marche de ce top 10 à 73,1 %, viennent diversifier géographiquement ce groupe de tête particulièrement dynamique sur le marché du travail.
La naturalisation ne gomme pas les écarts
L’étude de l’OID révèle que le déficit d’emploi des personnes nées étrangères persiste toute leur vie. En excluant les étudiants et retraités — ce que ne fait pas l’Insee —, l’écart de taux d’emploi entre les natifs du Maghreb (60-65 %) et les Français de naissance (85 %) double pour atteindre 21 points chez les 25-54 ans.
Cette réalité est accentuée par de fortes disparités de genre liées, selon l’OID, à des facteurs culturels favorisant le statut de femme au foyer. Ainsi, à 40 ans, l’écart de taux d’emploi atteint 27 points entre hommes et femmes du Maghreb, et grimpe à 40 points entre femmes nées françaises et femmes nées turques.
L’étude met en lumière un autre facteur clé : l’impact de l’obtention de la nationalité française sur le taux d’emploi. Cet effet varie considérablement selon l’origine géographique :
- Pour les nationalités extra-européennes (comme les Algériens), l’écart est spectaculaire : le taux d’emploi grimpe à 66,8 % pour les naturalisés, contre seulement 50 % pour ceux restés étrangers.
- Pour les nationalités européennes (comme les Portugais), la différence est minime : 84,9 % pour les naturalisés contre 81 % pour les étrangers.
Contre toute attente, l’étude démontre qu’un haut niveau de qualification ne suffit pas à gommer les inégalités : un diplômé de Bac+5 né au Maghreb affiche un taux d’emploi inférieur à celui d’un bachelier français de naissance (81 % contre 82 %). De plus, à diplôme égal, les natifs de pays hors Europe accèdent moins souvent au statut de cadre (65 % pour les Français de naissance contre 60 % pour l’Afrique du Nord) et se retrouvent plus fréquemment déclassés. Pour l’OID, ce phénomène s’explique notamment par une mauvaise reconnaissance des diplômes étrangers et des scores inférieurs aux tests de compétences de l’OCDE.
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