Une autre vision des choses
Tarik Mira, député indépendant, analyse dans cette interview qu’il nous a accordée la situation politique actuelle du pays. Selon lui, les prochaines élections législatives ne seront pas libres. Et de préciser:
«ses dernières seront également touchées par une désaffection populaire.»
L’Expression: Pensez-vous que les islamistes seront majoritaires lors des prochaines élections législatives comparativement aux autres formations politiques?
Tarik Mira: Projeter la victoire d’une mouvance ou d’un camp, c’est croire que le scrutin sera libre et régulier. Or rien n’indique, dans les préparations, que ce sera ainsi. Les déclarations du chef de l’Etat, lors de l’ouverture de l’année judiciaire, qualifiant l’ensemble des scrutins passés «d’élections à la Naegelen» se passent de tout commentaire. En reconnaissant cette pratique de manière publique, aura-t-on le courage d’y mettre fin? C’est la seule question qui vaut d’être posée.
En tant que chef d’Etat et garant de la Constitution, il a les moyens politiques d’agir pour aller dans le sens de l’expression de la souveraineté populaire. Alors spéculer sur la victoire d’un camp ou d’un autre, dans cette situation, n’a aucun sens. Par ailleurs, les partis politiques n’ont pas suffisamment d’encadrement pour avoir des surveillants partout dans les bureaux de vote afin de faire un premier barrage à toute tentative de détournement des suffrages. Je conclus donc que les prochaines élections ne seront pas libres et, par conséquent, je ne peux me hasarder à aucun pronostic.
Des observateurs soutiennent que le taux d’abstention lors du futur scrutin législatif sera important, qu’en dite-vous?
Il y a une véritable défiance à l’égard du partisan qui, malheureusement, affecte le politique en général. L’esprit civique s’en est trouvé émoussé. La désaffection à l’égard de la chose publique arrange le pouvoir. Il y a des exemples, à travers le monde et l’histoire, qui nous indiquent que les mobilisations populaires font changer radicalement ou évoluer les systèmes les plus fermés. Quand on participe à un vote, c’est un acte citoyen qui nous met dans la position psychologique et politique de vouloir défendre son suffrage. La passivité n’est pas la bonne posture en général. Je pense que le prochain vote connaîtra, malheureusement, la même désaffection.
Quelle lecture faite-vous de la situation politique actuelle?
Le paysage politique est éclaté du fait que toutes les mouvances sont divisées. Les formations qui se réclament du camp démocratique n’arrivent pas à surmonter leurs querelles passées et, d’une certaine façon, cela est logique car leur fonctionnement interne, basé sur l’appropriation privative de l’instrument partisan en faveur du chef, fait que la guerre des egos ne cessera jamais.
C’est l’horizon indépassable. La première priorité est de surmonter cet écueil pour rendre l’espoir en faveur de la création des conditions de l’alternative démocratique. Du côté du pouvoir, on tente de faire accroire l’idée que le changement a eu déjà lieu et que les pays qui connaissent les nouvelles mutations dans l’aire commune sont dans le rattrapage. Or, les réformes ne sont pas à la hauteur des enjeux et des défis. Dans le cas de la loi sur les associations, une véritable régression qui confine à la fermeture a été opérée. Tout semblant d’autonomie est à combattre. La lucidité cède devant la peur. Et, dans ces conditions, l’exception algérienne ne va pas durer encore longtemps.
De nouveaux partis sont créés, cela représente-t-il une ouverture du champ politique?
La création d’un parti politique est un droit constitutionnel. L’autorisation, qui est donnée aux uns et aux autres pour exister, indique que le pouvoir veut bien faire croire que la situation évolue. Pourquoi n’avait-il pas donné les agréments depuis longtemps comme le permet la loi? Pourquoi viole-t-on aussi délibérément la Constitution pour faire d’un droit le fait du prince? Voilà les bonnes questions. Cela étant, je n’ai aucun préjugé défavorable à l’égard des nouveaux partis. L’ouverture du champ politique ne se juge pas seulement sur ces critères mais sur l’ensemble des réformes octroyées. Malheureusement, on est loin de la coupe aux lèvres. La conquête des droits est toujours à l’ordre du jour.
