Tanezrouft, 60 degrés et aucune trace de vie : ce qui attend les narcotrafiquants au « désert de la soif »

Un demi-million de kilomètres carrés de vide absolu, des températures qui frôlent les 60 degrés et pas la moindre trace de végétation. C’est dans ce décor que les barons de la drogue arrêtés en Algérie vont bientôt purger leur peine. Réuni hier sous la présidence d’Abdelmadjid Tebboune, le Conseil supérieur de sécurité a tranché : une caserne de l’Armée nationale populaire implantée au Tanezrouft sera convertie à une prison de très haute sécurité.
Le Tanezrouft accueillera une prison réservée aux narcotrafiquants
La mesure figure parmi les deux annonces fortes du durcissement décidé par le Conseil supérieur de sécurité. Les barons et les revendeurs de stupéfiants y seront transférés, loin des grands centres urbains où leurs réseaux conservent des relais.
Le choix du lieu n’a rien d’anodin. Situé à l’extrême sud-ouest du pays, entre les wilayas d’Adrar et de Bordj Badji Mokhtar, en direction de Timiaouine, le Tanezrouft s’étend sur près de 500 000 kilomètres carrés. La route nationale 6 le traverse, reliant Reggane à Gao, au Mali. Sur plus de 600 kilomètres, aucun panneau, aucun repère visible.
Autrement dit, une évasion depuis cette future prison de haute sécurité relèverait de l’impossible. Le désert lui-même fait office de mur d’enceinte.
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Une agence antidrogue inspirée du modèle américain
La seconde décision concerne l’architecture sécuritaire. L’Algérie va se doter d’un organisme exclusivement dédié à la traque des réseaux de stupéfiants, conçu sur le modèle de la DEA américaine. Jusqu’ici, cette mission était répartie entre plusieurs services.
Ce choix répond à une réalité devenue difficile à contenir. Pas une journée ne s’écoule sans une saisie massive de comprimés psychotropes. Plus inquiétant encore, la cocaïne, longtemps marginale sur le marché local, circule désormais en quantités considérables. En août dernier, plus d’un million de comprimés et 86 kilos de cocaïne ont été interceptés à Alger, au terme d’une opération visant un réseau transnational.
Le désert de la mort porte bien son surnom
Désert de la soif, terre de la terreur, désert de la mort : les appellations se multiplient, l’endroit reste le même. Les références spécialisées situent les températures estivales entre 52 et 60 degrés. La chaleur, la sécheresse extrême et l’absence totale d’humidité y créent des conditions uniques. Faute de bactéries, les corps ne s’y décomposent quasiment pas.
Celui qui emprunte ces pistes croise des dizaines, parfois des centaines de carcasses de véhicules abandonnées. Derrière chacune, une histoire qui s’est presque toujours mal terminée. Lors d’un de nos déplacements dans la région, un chauffeur et guide nous confiait que retrouver vivants ceux qui s’égarent ici relève du miracle.
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Une escalade assumée dans la guerre contre le narcotrafic
Les autorités avaient déjà franchi un cap en publiant l’identité et les portraits de membres de réseaux démantelés. Cette exposition publique n’a manifestement pas suffi à dissuader les trafiquants. D’où le passage à des mesures autrement plus dures, inscrites dans ce que les responsables qualifient de guerres nouvelles.
Le rythme des coups de filet illustre l’ampleur du phénomène. En août 2026, un réseau transnational tombait avec une cargaison estimée à 1 000 milliards de centimes. Quelques mois plus tôt, la justice confirmait vingt ans de réclusion contre l’« Escobar » algérien, impliqué dans le transit de 60 quintaux de résine.
Cette offensive s’ajoute à celle engagée contre les violences urbaines. En juillet dernier, le chef de l’État promettait une riposte sans merci face aux bandes de quartier, un phénomène souvent alimenté par le commerce des psychotropes. Reste à connaître le calendrier des travaux d’aménagement de cette prison du bout du monde.
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