Takerboust “Bouira”: Qui veut enterrer le théâtre?

Takerboust “Bouira”: Qui veut enterrer le théâtre?

Bouira est la seule wilaya en Algérie qui n’a aucun festival annuel malgré sa position géographique et son patrimoine.Takerboust est le village le plus dense en Algérie. Accroché au flanc du Djurdjura, ce lieu qui relève de la commune d’Aghbalou, daïra de M’Chedallah, a enfanté des hommes et femmes qui ont mis à genoux l’Otan pendant la guerre de libération. Feu Slimane Amirat, un natif de ce village, disait un jour: «Si j’avais le choix entre la démocratie et l’Algérie, je choisirais l’Algérie.» Pour perpétrer cet amour pour le combat juste, deux associations culturelles organisent depuis deux années un festival du théâtre amazigh. Comptant sur leurs propres moyens, mais aussi sur les aides venant d’un peu partout, ces jeunes des associations «Assayas» et «Ithrane» sont face à une situation que rien ne justifie. L’autorité administrative locale, l’Assemblée populaire communale ne veut pas délivrer l’autorisation pour l’organisation de la troisième édition qui permettra d’instituer définitivement cette rencontre dans les annales du ministère de la Culture. Le refus de l’APC qui ne voit pas un quelconque intérêt à cette manifestation est peut-être à chercher du côté des finances, surtout que cette commune manque sensiblement de ressources financières. Dans une déclaration rendue publique, l’association répond clairement à la déclaration du RCD qui avait approuvé le refus du maire d’autoriser cette manifestation. «Conscients qu’on doit mesurer nos mots; en cette période difficile où la situation nous interpelle pour plus de retenue, et face à cette campagne de dénigrement menée à notre égard par certains individus, et qui est basée sur un triptyque ravageux d’intox généralisée, de mensonges à grande échelle et de déclarations haineuses, nous avons décidé, par devoir d’éthique, d’apporter quelques éléments d’information pour l’opinion publique.

Nous, l’association «Assayas», nous tenons à reconfigurer les pièces de ce puzzle qui continue à alimenter les discussions de nos concitoyens autour de la troisième édition du festival du théâtre amazigh d’Aghbalou-Bouira, dont nous étions les initiateurs. En effet, suite à la réussite des deux éditions précédentes de ce festival, nous avons décidé de maintenir cet événement culturel qui renforce davantage la communion populaire entre les citoyens. Ainsi, nous tenons à rappeler à qui veut le savoir, que le seul et l’unique objectif de cette troisième édition et l’institutionnalisation définitive de ce festival dans le patrimoine culturel national, pour qu’il puisse bénéficier à son tour d’un budget qui lui sera alloué par les autorités nationales afin de le pérenniser». Précisons que lors des éditions passées, des pièces comme «Timest», (Le feu), interprétée par la troupe de l’association Ithran, de Takerboust, la pièce théâtral «Muhand u ca3bane yecca taxsayt», mise en scène et interprétée par la troupe de comédiens de l’association culturelle Tigjdit de Larbaâ Nath Irathen (Tizi Ouzou). la pièce «Saltan» de la coopérative théâtrale Ifehchouchen n Djerdjer d’Iferhounene (Tizi Ouzou), la pièce «Elwaldin» de l’association culturelle Tussna de Raffour (Bouira), «Tafsut Yittewattun», de l’association CSP de Tazmalt (Béjaïa), ainsi que la pièce «Amechehah»de l’association Ithran des arts et cinématographique de Tizi Ouzou ont eu les faveurs des critiques specialisées eu egard à leurs contenus et au professionnalisme des acteurs.» Le président de l’association Ithrane Trad Nacer reste catégorique «nous n’avons sollicité aucune aide financière, nous demandons seulement une autorisation administrative pour pouvoir utiliser l’école primaire qui a déjà abrité les deux éditions précédentes. Pour rappel, la 1ère édition de la rencontre régionale du théâtre amazigh a été un évènement culturel inédit dans la région.

Placée sous l’égide de l’APC d’Aghbalou et la direction de la culture de Bouira, elle avait pour vocation de faire connaître le quatrième art d’expression kabyle, à un large public. Cet objectif reste noble surtout que Bouira souffre le martyre de pareille activité artistique. Pour l’anecdote, les pièces de la troupe théâtrale Ithrane ont été présentées sur les planches de plusieurs régions du pays: Mostaganem, Béjaïa, Tizi Ouzou, Batna… mais jamais à Bouira. Dans cette bataille de communiqués qui n’a aucune raison d’être, la culture à Bouira en prend un sérieux coup. Pour une fois où l’activité est réelle et qu’elle ne se limite pas à des programmes sur papier, la commune de Takerboust peut faire un pas et participer à la réussite d’un festival dont la renommée dépasse les frontières de la wilaya. Le RCD qui, de tout temps a prôné la défense de la culture a une chance de se réconcilier avec sa raison d’être. Ce festival doit se perpétuer pour plusieurs raisons: d’abord il est unique dans la wilaya, il est apprécié par les populations locales. La forte adhésion qu’ont suscitée les deux précédentes éditions est l’argument qui doit amener les responsables à venir en aide aux deux associations initiatrices du projet. L’autre raison concerne l’institualisation du projet.

Bouira est la seule wilaya en Algérie qui n’a aucun festival annuel malgré sa position géographique et son patrimoine. Pour le président de l’association culturelle Ithrane, Nacer Terrad, cette rencontre se veut être une «communion» entre les artistes et le public, dans la mesure où le théâtre d’expression amazighe, est en plein essor. «Nous avons constaté que le public est friand des pièces théâtrales, surtout quand celles-ci, sexpriment dans sa langue maternelle. L’appel aux responsables est clair. Sauvez le théâtre et à travers lui la création, la culture en cette période de disettes culturelles».