Suspension de 851 produits à l’importation : À qui profite l’interdiction ?

Suspension de 851 produits à l’importation : À qui profite l’interdiction ?

L’Algérie risque, avec ces restrictions, de devenir un royaume de la contrebande en 2018.

La zone de turbulences à laquelle étaient soumis les intervenants dans le commerce extérieur n’est pas près de disparaître en 2018. Après les licences d’importation consacrées de 2015 à 2017, voici que la suspension de 851 produits à l’importation vient se substituer aux contingents tarifaires et ainsi constituer la mesure phare aux mains du gouvernement d’Ouyahia pour réduire les importations. Mais cette situation n’est pas sans conséquence sur le marché.

D’abord, la décision a entraîné un rush d’une partie de la clientèle vers les hypermarchés et autres grandes surfaces à la veille du nouvel an en vue de stocker des produits importés qui seront indisponibles : chocolats, bonbons, corn-flakes, fromages… Dans ce mouvement, les prix de certains produits ont augmenté, c’est notamment le cas des chocolats, des cosmétiques, des meubles et des téléphones portables. Cette anticipation montre une appréhension sur la qualité du produit local, du moins sur la disponibilité de toute la gamme du produit ciblé. La rareté de ces produits sur le marché, une fois les stocks épuisés, va induire une hausse des produits — tels que les amandes, les arachides — fort utilisés par les pâtissiers et les ménagères. Il ne faut pas oublier également que ces interdictions encourageront la contrebande. Car il ne faut pas oublier que l’institution douanière s’était déjà montrée vulnérable lorsqu’il s’est agi de mettre en œuvre les licences d’importation sur la banane et les pommes. La banane sous contrebande a prospéré. Et nombre de conteneurs de bananes et de pommes, interdits d’enlèvement, ont pu sortir de l’enceinte portuaire sans passer par la douane. Encore une fois, cette mesure de suspension risque de profiter aux contrebandiers. Contacté, le président de l’Association des commerçants et artisans algériens, M. Boulenouar, estime que les intentions du gouvernement sont bonnes. Il s’agit d’encourager la production nationale et de réduire les importations. Mais on peut se demander, ajoute-

t-il, si la production nationale peut satisfaire toute cette demande en quantité et en qualité. Autrement dit, dans trois ou quatre mois, lorsque les stocks des importateurs seront épuisés, la production pourra-t-elle couvrir toute la demande ? Sur ce sujet, M. Boulenouar est sceptique. Il pense que durant une période de quatre à six mois, la production nationale ne pourra faire face à la demande. Cette situation va induire une hausse des prix de ces produits. Toutefois, il a tempéré ses propos en rapportant que le ministère du Commerce pourrait revoir dans quatre à six mois cette interdiction, une fois la situation évaluée. Cette interdiction est temporaire. Le président de l’association n’a pas exclu le risque que les stocks de 2017 soient vendus par les importateurs aux prix de 2018. Selon M. Boulenouar, la balle est, d’une part, dans le camp des producteurs qui doivent, dans un court délai, améliorer leur production et, d’autre part, dans celui des autorités qui doivent tuer dans l’œuf les tentatives de spéculation. Résultat des courses, ce sont toujours les consommateurs qui payeront les conséquences de ces décisions sur leur pouvoir d’achat.

K. Remouche