Le géant automobile Stellantis a annoncé un virage stratégique radical. Face à une transition électrique plus lente que prévu et des difficultés opérationnelles, le groupe dirigé par Antonio Filosa provisionne 22 milliards d’euros de charges exceptionnelles et suspend son dividende. Objectif : remettre le client et la « liberté de choix » au centre du jeu.
En effet, Stellantis vient de confirmer ce que beaucoup d’analystes redoutaient : le coût du virage forcé vers le tout-électrique a été sous-estimé. À travers son communiqué, le constructeur aux 14 marques (Peugeot, Fiat, Jeep, Ram…) annonce une restructuration comptable sans précédent pour « nettoyer » son bilan et repartir sur de nouvelles bases.
Un « mea culpa » financier à 22,2 milliards d’euros
Le chiffre donne le vertige : 22,2 milliards d’euros de charges exceptionnelles enregistrées sur le second semestre 2025. Cette décision fait suite à une évaluation approfondie menée par la nouvelle équipe de direction.
Selon Antonio Filosa, CEO de Stellantis, ce « reset » est le prix à payer pour avoir « surestimé le rythme de la transition énergétique ». Le groupe reconnaît s’être éloigné des « besoins et des moyens financiers réels » de ses clients.
Le détail des charges :
- 14,7 milliards d’euros liés à l’arrêt ou au redimensionnement de projets de véhicules électriques (BEV), dont l’annulation du très attendu Ram 1500 BEV.
- 2,1 milliards d’euros pour rationaliser la production de batteries.
- 5,4 milliards d’euros pour des révisions de garanties contractuelles et des restructurations d’effectifs en Europe.
Le retour du thermique et de l’hybride : la « Liberté de choix »
Le nouveau dogme de Stellantis tient en trois mots : Liberté de choix. Si le groupe maintient ses ambitions électriques à long terme, il réhabilite immédiatement les moteurs thermiques de pointe et les hybrides pour répondre à la demande actuelle du marché.
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Ce changement de cap se traduit déjà par des annonces fortes :
- Le retour du mythique moteur V8 HEMI® sur le Ram 1500.
- Le lancement de modèles hybrides stratégiques comme la Fiat 500 Hybrid.
- Une offensive produit en 2025 avec 10 nouveaux lancements, dont la Fiat Grande Panda et les nouvelles Citroën C3 et C5 Aircross.
« Nous remettons nos clients et leurs attentes au cœur de toute notre action », insiste Antonio Filosa.
Dividende suspendu et obligations hybrides : priorité à la trésorerie
Conséquence directe de la perte nette abyssale attendue pour 2025 (estimée entre 19 et 21 milliards d’euros), Stellantis prend une décision radicale pour ses actionnaires : aucun dividende ne sera versé en 2026.
Pour préserver sa solidité financière, le conseil d’administration a également autorisé l’émission d’obligations hybrides à hauteur de 5 milliards d’euros. Le groupe peut néanmoins compter sur une réserve de sécurité confortable avec 46 milliards d’euros de liquidités disponibles à fin 2025.
Des signes de reprise pour 2026 ?
Malgré ce séisme financier, Stellantis voit des signaux encourageants. Au second semestre 2025, les volumes ont rebondi de +11%, portés par une performance solide en Amérique du Nord (+39%). La qualité semble également s’améliorer : les problèmes signalés lors du premier mois de service ont chuté de 50% aux USA.
Pour 2026, le groupe prévoit une croissance modérée du chiffre d’affaires et une amélioration progressive de sa marge opérationnelle.
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Le marché attend désormais avec impatience l’Investor Day du 21 mai prochain. Antonio Filosa y dévoilera les détails de son nouveau plan stratégique, qui devra prouver que Stellantis peut rester rentable dans un monde automobile plus incertain que jamais.
