Kourichi analyse les Verts : Il manque deux arrières latéraux type

mardi 8 décembre 2009 à 12:37
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nouredin Kourichi.jpg«Ziaya plutôt que Lacen»

Noredine Kourichi nous livre dans l’entretien qui suit ses impressions sur l’EN et ses chances à la CAN et au Mondial. Pour l’ex-stoppeur des Verts, l’Algérie devra penser plutôt à travailler sa cohésion qu’à aller chercher d’autres joueurs ailleurs.

Contrairement à certains joueurs de votre génération, vous ne tarissez pas d’éloges sur le groupe qui compose l’actuelle sélection ; quel est donc le secret de cette admiration ?
J’en suis fier tout simplement. C’est un groupe qui a du caractère et de la personnalité. Lorsqu’on revoit la manière avec laquelle ils se sont battus à Khartoum, on ne peut qu’en avoir de l’admiration. L’autre jour, un journaliste français m’avait rappelé que j’étais l’un des rares joueurs algériens issus de l’émigration à avoir disputé les Mondiaux espagnol et mexicain. Ce qui est vrai, sachant que Mansouri, lui, est né en Algérie. Le groupe actuel est composé essentiellement de joueurs nés en France, mais qui restent très attachés à leur pays d’origine. Ils s’arrachent à chaque fois sur le terrain. C’est la meilleure preuve.

Vous vous attendez à quelle prestation des Verts lors de CAN et du Mondial ?
Il faut être réaliste. Ça ne va pas être de la tarte. Il ne faut pas imaginer que nous allons passer les tours un par un les mains en poche ! Il y a encore des manques à perfectionner. On dispose de bonnes, de très bonnes même individualités, mais on manque de jeu collectif. On a gagné nos derniers matches par l’engagement physique et le cœur. Je veux dire par là que notre cohésion laisse à désirer, ainsi que notre aptitude à conserver la balle. L’équipe manque aussi de deux latéraux types. Ce sont là autant de manques auxquels il faudra y remédier avant d’aller à la CAN.

Donc selon vous, l’Algérie a fait la différence face à l’Egypte avec l’envie et le cœur ?
Oui, mais pas que ! En fait, si l’on revient à ces deux oppositions face à l’Egypte, on se rendra compte que les Egyptiens ont commis trois erreurs monumentales qui leur ont coûté la qualification…

Quelles en sont ?
Primo : Ils ont décrété une trêve de 24 jours au cours de la quelle ils se sont contentés d’une petite répétition face à la Tanzanie. Ils ont du coup tout laissé lors du match du Caire. Ce qui a fait que les nôtres ont réussi à faire la différence, facilement si je puis dire, à Khartoum. Deusio : L’agression du bus de la sélection à son arrivée au Caire. Ça a fait transcendé les joueurs. Dès lors, ceux-ci se sont préparés à aller en guerre. Franchement, à les voir, on croirait qu’on avait envoyé là-bas des fauves ! Tercio : Le choix d’aller jouer le match d’appui au Soudan. La Fédération égyptienne pensait avoir tiré le bon coup, or c’est faux ! L’Algérie a presque évolué à domicile.

Vous parliez tout à l’heure du manque de cohésion au sein de l’équipe, que préconisez-vous en tant que spécialiste et ancien joueur pour y remédier ?
Je pense que le sélectionneur est mieux placé pour trouver les solutions. Tout ce que je peux dire est que la sélection dispose de plus ou moins de temps pour se corriger. Et puis, on devrait faire de la CAN un préambule pour le Mondial… C’est là qu’on pourra se jauger.

Vous êtes donc de ceux qui soutiennent que la CAN doit être une phase préparatoire pour le Mondial ?
Tout à fait. La CAN devrait être un bon test pour nous, avant le Mondial. C’est là qu’on saura réellement ce que nous valons. Nous avons déjà les assises d’une grande équipe. C’est l’essentiel. Après, il ne nous restera qu’à travailler les automatismes de manière à améliorer notre jeu collectif. Mais cela ne veut nullement dire qu’il faudra négliger cette CAN. L’Algérie se présentera dans la peau d’un favori. Il ne faudrait pas l’occulter.

Renforcer l’ossature actuelle sera-t-elle une solution ?
Il y a un adage qui dit : «Pourquoi faire changer de robe à une mariée lorsqu’elle s’y sent belle !» Ceci s’applique parfaitement sur le cas de l’EN. Je ne pense pas que la solution peut venir forcément d’un renforcement. Intégrer de nouveaux joueurs dans le groupe n’a pas que du bon, ceci il ne faut pas l’oublier. Ça peut créer des frictions chez les joueurs. A mon avis, il faudra attendre la CAN pour se situer.

Vous disiez tout à l’heure que la sélection manque de latéraux types, cela nous renvoie à cette nécessité de faire appel à de nouveaux joueurs ?
Je maintiens ce que j’avais dit à ce sujet. Bougherra, avec toute la volonté qu’il a, ne peut nous être utile comme latéral. On a à peu près les même caractéristiques lui et moi et je peux dire par expérience qu’il ne nous sera pas d’une grande utilité comme arrière gauche. C’est un axial type. Certes, ça lui est arrivé de dépanner, mais sans plus. Belhadj a aussi ses qualités. Mais lui aussi pourrait nous être plus utile dans un autre registre. Je le vois plutôt dans l’entre jeu. C’est un garçon qui manque de culture défensive. Ça saute aux yeux. Il aime faire le jeu et attaquer, alors qu’un défenseur doit se contenter de récupérer et relancer. Aussi, il faudra penser à faire venir un attaquant.

Qui par exemple ?
Ziaya ! Il est à mon avis l’attaquant qui manque à la sélection. Il m’est déjà arrivé de le voir jouer en championnat et j’ai été sincèrement impressionné. Il me fait rappeler John Carew, l’attaquant norvégien. Il peut apporter beaucoup à la sélection de par sa puissance physique et son efficacité devant le but.

Saâdane, lui, a parlé de renforcer le milieu, un joueur comme Lacen peut-il nous être utile ?
C’est un garçon que je ne connais pas personnellement. Mais à mon avis, dans l’immédiat, la nécessité est de renforcer l’attaque. Ça va nous servir à quoi de faire venir un joueur du milieu qui drible pendant 90’ sans pour autant apporter un réel plus à la sélection !

Quelle analyse faites-vous du groupe de l’Algérie au Mondial ?
C’est dur de se prononcer. Tout dépendra de la mentalité avec laquelle on abordera ce tournoi. C’est vrai que dans le groupe de l’Algérie, il y a des sélections qu’on ne présente plus, comme l’Angleterre et les USA. Mais nous avons, nous aussi, des arguments à faire valoir. On dispose de joueurs qui ont la culture de la gagne. Il faudra, j’y insiste, améliorer notre jeu collectif en travaillant davantage nos automatismes. Cela commence par répondre à la question, qu’allons-nous faire pour aller en Afrique du Sud avec un groupe qui à la culture de la gagne et l’ambition de jouer pour marquer ? C’est important.

Et que pensez-vous de la Slovénie ?
C’est une jeune sélection. J’aime bien leur façon de jouer en bloc. La Slovénie veut aller au Mondial sans complexe. Il faudra s’en méfier.

Pourquoi ?
Cette sélection me fait rappeler l’Algérie au Mondial de 82. Elle est tombée dans un groupe où l’Angleterre fait office de l’Allemagne fédérale à l’époque, et les USA l’Autriche ! Je la vois bien créer la surprise en Afsud.

Pensez-vous que jouer un seul match amical d’ici au Mondial est suffisant ?

Pour travailler la cohésion, oui, mais pas pour préparer le Mondial. Il n’y a qu’une seule date Fifa d’ici- là. Un mondial ne peut se préparer sur la base d’un seul match amical. Je pense que les pays africains qualifiés pour la Coupe du monde ont la chance de s’appuyer sur la CAN pour préparer le Mondial. Ça nous renvoie à ce que je vous disais tout à l’heure. Il faut faire de la CAN un préambule pour la Coupe du monde.

Quel serait l’adversaire parfait pour préparer le Mondial ?
L’Eire ! C’est la sélection dont le jeu ressemble le plus à celui de l’Angleterre et les USA. Nous avons déjà affronté les Irlandais lors du Mondial de 86 au Mexique. L’Angleterre et l’Irlande ont beaucoup de points en commun. En plus du jeu, les deux sélections sont coachées par deux Italiens qui ont presque une vision du jeu identique. Ce sera le meilleur test avant d’affronter l’Angleterre et les USA.

Et la France, quelles sont ses chances dans le groupe A ?
La France a toutes ses chances. Elle devrait passer le premier tour sans problème. Après, il faudra attendre de voir dans quel état d’esprit les Bleus vont-ils aborder ce tournoi. Avec la main d’Henry et tout ce qui s’en est suivi, l’Equipe de France ne sera pas épargnée par les critiques durant les mois à venir. Domenech est très contesté en France. Mais cela ne veut pas dire qu’on n’aimerait pas être à la place du sélectionneur de l’Equipe de France et celle d’Algérie. La France est quand même meilleure que le Paraguay et le Mexique. La France a aussi la chance d’affronter en dernier l’AFsud, ce qui accroît encore plus ses chances d’aller aux huitièmes.

Entretien réalisé par Mourad H.

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