Soignantes révoquées, conseils disciplinaires… Quand l’hôpital parisien mène la chasse aux calots

Soignantes révoquées, conseils disciplinaires… Quand l’hôpital parisien mène la chasse aux calots
À l’hôpital parisien, le calot, pourtant équipement d’hygiène, est désormais traité comme une faute disciplinaire et un symbole religieux.

Révoquée puis rétablie dans ses droits par la justice, Majdouline B. est de nouveau mise à pied par l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) pour avoir refusé son calot. Cette nouvelle sanction, survenant avant même sa réintégration ordonnée par le tribunal administratif, est dénoncée comme un acharnement juridique et moral de la part de la direction des hôpitaux de Paris.

Majdouline se trouve dans une impasse. Alors qu’un juge des référés avait suspendu sa révocation et ordonné son retour effectif, la direction des hôpitaux parisiens a répliqué par une nouvelle exclusion de huit mois.

Ce bras de fer repose sur le motif du « port répété d’un couvre-chef ». Cette décision a été communiquée à la soignante avant même qu’elle ne puisse reprendre son poste, une situation que son avocat qualifie de mépris pour les décisions de justice administrative.

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Quand l’hôpital parisien mène une chasse aux calots

L’affaire de Majdouline B. n’est que la partie émergée de l’iceberg. Mariam, une autre soignante, témoigne auprès de Révolution permanente d’un ultimatum imposé par sa direction : ôter son calot ou faire face à un conseil disciplinaire. Cette dernière redoute désormais que ce signalement ne bloque sa « stagiarisation », une étape pourtant cruciale pour obtenir le statut de fonctionnaire titulaire.

Au sein de son service, les remarques sur le calot sont devenues monnaie courante, illustrant des consignes parfois incohérentes. Une collègue de Mariam portant une coupe afro s’était ainsi vue imposer le port du calot au nom de l’hygiène ; pourtant, depuis que l’affaire a éclaté, la direction semble avoir fait volte-face. On préfère désormais qu’elle laisse ses cheveux libres plutôt que de la voir porter le couvre-chef contesté.

Cette vague de sanctions découle d’un durcissement des directives de l’AP-HP, officialisé par une nouvelle « charte de la laïcité » diffusée en décembre 2023. Ce document sert de base légale pour sanctionner Majdouline B. en introduisant la notion de « détournement de la tenue professionnelle ».

Désormais, l’usage d’accessoires d’hygiène comme la charlotte, lorsqu’il est jugé injustifié par le service, est explicitement requalifié en manifestation religieuse et considéré comme une faute professionnelle.

Un outil d’usage professionnel ou un symbole religieux ?

Lors de l’audience, la défense de Majdouline a mis en exergue le concept de « objet religieux par destination ». Selon cette analyse, la nature du calot importe moins que l’identité de celle qui l’utilise : l’accessoire devient suspect uniquement en fonction de la personne qui le porte. Le problème ne réside donc pas dans l’usage du vêtement, mais dans la perception de la soignante par sa hiérarchie. Dès lors, toute résistance à l’ordre de le retirer est transformée en « indice de religiosité », justifiant ainsi une procédure disciplinaire.

Au-delà du cas de Majdouline, d’autres soignantes comme Samira dénoncent une surveillance accrue qu’elles jugent discriminatoire. Cette dernière rapporte avoir été publiquement rappelée à l’ordre pour son calot, alors même que son usage était justifié par une prescription médicale.

Bien qu’il soit un équipement de protection individuelle standard, le calot subit une requalification symbolique inédite. Initialement conçu pour garantir l’hygiène en contenant la chevelure dans des services variés (réanimation, gériatrie, soins intensifs), il est aujourd’hui perçu par l’institution comme un emblème confessionnel dès lors qu’il est porté par une femme perçue comme musulmane.

Cette interprétation est dénoncée comme la preuve d’un « ciblage discriminatoire » : l’administration hospitalière abandonne la logique sanitaire pour instaurer un contrôle des apparences visant spécifiquement les travailleuses musulmanes, sous couvert de la laïcité.

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