Slimani«Un autre entraîneur que Vahid ne m’aurait jamais donné la chance de m’affirmer»

Slimani«Un autre entraîneur que Vahid ne m’aurait jamais donné la chance de m’affirmer»

slimani_483101190.jpgIncorporé à la 83’ dimanche soir face à Vitoria Guimarães, l’Algérien du Sporting Lisbonne, Islam Slimani a offert les trois points de la victoire à son équipe. Opportuniste à souhait, l’ancien buteur belouizdadi a fait preuve de 100 % de réalisme puisqu’il a réussi à matérialiser sa première véritable occasion, inscrivant en la circonstance son 4e but de la saison. Dans cet entretien exclusif accordé au Buteur, Slimani nous raconte ses performances avec son équipe et revient sur l’exploit réalisé en sélection. Nominé pour le meilleur joueur africain de l’année et retenu parmi les joueurs désignés pour le Ballon d’Or algérien, Islam, très honoré, ne cache pas son désir de remporter le trophée décerné par El Heddaf et Le Buteur.

Islam, félicitations, une nouvelle fois entré en jeu et un but décisif qui donne la victoire au Sporting, racontez-nous un peut tout cela ?

Franchement, malgré la fatigue engendrée par ce match du mardi, j’espère avoir réalisé ce que le coach attendait de moi à savoir marquer ce but libérateur qui nous permet d’engranger trois précieux points. Je suis content parce que c’est mon second but de suite en championnat et le quatrième depuis que je suis au Sporting.

Première occasion et vous la saisissez à merveille, vous êtes sur un nuage, après cette qualification obtenue avec l’Algérie, n’est-ce pas ?

Hamdoulillah, j’avais très envie de marquer, pour démontrer que j’ai ma place dans cette équipe. Et je crois que malgré le fait que je sois rentré à 7 minutes de la fin, j’ai pu matérialiser ma première véritable occasion de but.

4 buts en quelques bribes de matchs, quel sera votre prochain objectif avec Lisbonne ?

C’est de décrocher une place de titulaire. Je dois faire honneur à mon statut d’international algérien. C’est la seule chose qui me préoccupe pour le moment.

Êtes-vous optimiste ?

Bien sûr, je vais me battre et saisir la moindre chance pour mettre en difficulté le coach Jardim et le pousser à me faire plus confiance et à m’aligner plus souvent.

En dépit de votre manque de temps de jeu, tout le monde s’accorde  à dire que vous finissez bien vos matchs en sélection, est-ce la confiance de Vahid qui vous transcende ou bien c’est le travail que vous effectuez à Lisbonne ?

Ce sont les deux, je ne vous cache pas qu’au Sporting, on s’entraîne très dur. Ça n’a rien à voir avec ce qu’on faisait au CRB, c’est normal, ce ne sont pas les mêmes moyens. Après, la confiance du coach Vahid Halilhodzic, me pousse à bien faire pour lui donner raison.

Son discours vous touche beaucoup, n’est-ce pas ?

Voilà, lorsqu’il  me parle, je me dis dans ma tête que je suis prêt à mourir pour lui sur le terrain.  Lorsqu’il vous rappelle à chaque fois que plus de 40 millions d’Algériens attendent de vous la qualification, vous avez aussi envie de faire honneur au pays et rendre le peuple heureux.

On vous voit vous battre sur tous les ballons, c’est la consigne du coach ou bien une qualité en vous ?

C’est mon tempérament sur le terrain, je vais dire. Je suis comme ça, je ne lâche rien, je me dépense à fond sur le terrain. Après, d’où j’ai cette énergie ? Je ne sais pas, lorsque je joue pour mon pays, je ne me pose pas de questions, je donne tout.

Les Algériens étaient surpris des risques pris par Vahid en alignant Zemmamouche dans les buts et Khoualed à droite, comment avez-vous vécu cela en tant que titulaire de l’équipe nationale ?

Le plus normalement du monde.  Pour moi, chaque joueur convoqué en sélection, mérite une place de titulaire, à condition de bien se comporter et ramener le plus escompté. Je pense en toute sincérité, que Nacerdine (Khoualed) et Zemma n’ont pas déçu.

Après une saison époustouflante sur le plan international, vous êtes nominé pour le Ballon d’Or algérien, qu’est-ce que cela vous fait d’abord ?

C’est vrai ? C’est une excellente nouvelle. Je suis honoré, Il ne faut pas se cacher, le Ballon d’Or est la récompense qui fait rêver tous les joueurs professionnels algériens.  Franchement, le fait de me retrouver parmi les 5 nominés, est déjà une reconnaissance et je tiens à remercier toutes les personnes qui m’ont fait confiance.

Vous espérez le soulever quand même ?

Je l’espère de tout cœur, la concurrence sera rude, je sais que je serai en concurrence avec des joueurs de talent, tels que Feghouli, Soudani, Belkalem et Brahimi, mais moi je sais une chose, je bosse à fond, je progresse avec mon club et après c’est aux spécialistes et aux journalistes de voter.

Si on vous invite à voter, pour qui opteriez-vous ?

C’est très dur, comme je viens de le dire tous les joueurs nominés sont d’un très bon niveau.  Une chose est sûre, celui qui le remportera l’aura mérité.

Votre progression est magnifique, raison pour laquelle vous avez été avec Sofiane Feghouli retenu pour le titre de meilleur joueur africain, des Awards CAF, vous attendiez-vous à cela ?

Ça serait prétentieux de ma part de répondre directement par l’affirmative lorsqu’on sait que l’Afrique est bourrée de talents de niveau mondial, mais faire partie des 25 meilleurs joueurs africains de l’année est déjà une énorme progression. Ce n’est pas une fin en soi c’est certain, mais c’est encourageant.

Quelles sont les chances de Feghouli et les vôtres dans ce vote des Awards CAF ?

Je ne sais pas sur quels critères on votera, mais je pense que le fait que l’Algérie soit représentée dans ce vote, avec Sofiane et moi, est déjà une fierté. Après, me concernant, il ne faut pas oublier qu’il y a 4 ans, j’évoluais à Chéraga. Vous savez, lorsque j’étais jeune à Aïn Bénian, je n’avais qu’un seul objectif : jouer en senior à Aïn Bénian, c’est pour vous dire que ce qui m’arrive est fantastique. Intégrer le club où des grandes stars comme Figo et Ronaldo ont évolué, marquer des buts décisifs avec le Sporting, tout ça est pour moi, quoi qu’il m’arrive, une aventure exceptionnelle.

A qui revient le mérite de ce passage d’un simple joueur de Ligue 1, à l’un des meilleurs buteurs des éliminatoires CM 2014, nominé pour le Ballon d’Or algérien et les Awards CAF ?

D’abord à mes ex-dirigeants du CRB qui ont cru en moi en venant me chercher à Chéraga, pour m’offrir la chance d’évoluer en Ligue 1. Après, bien entendu, au coach Halilhodzic. Je n’ai pas honte de le dire, sans Coach Vahid je n’aurais jamais eu l’opportunité de jouer en sélection, m’affirmer et décrocher un contrat professionnel au Sporting Lisbonne. Je ne pense pas qu’un autre entraîneur que Vahid m’aurait donné l’occasion  de jouer régulièrement en sélection. C’est aussi le cas de Soudani, Belkalem, et tout récemment Khoualed et Zemmamouche.

À tête reposée, et après une semaine de ce fameux match gagné contre le Burkina Faso, qui offre une qualification au Mondial, a qui pensez-vous maintenant ?

A tous mes entraîneurs que j’ai eus par le passé. Je pense notamment à Madjid Soltana, Farid Zemiti, qui m’a aussi mis en confiance avant mon départ pour le CRB. Sans oublier, Madjid Ouites, qui a eu le mérite de me lancer pour la première fois en senior alors que j’étais encore Junior. Je voudrais les remercier pour tout ce qu’ils m’ont appris en football.

La veille du match, vous étiez sous pression, qu’est-ce qui n’allait pas ?

On était sous pression, c’est vrai. Mais comment ne pas l’être ? L’enjeu était tel qu’on n’avait qu’une seule chose dans la tête, offrir aux millions d’Algériens une victoire pour les délivrer sans se soucier de la manière. Ce n’était pas évident de gérer ça. C’est ce qui explique notre mauvaise entame de match. On était tous confiants qu’on allait marquer ce but victorieux et c’est ce qui s’est passé, Dieu merci.

Sur le centre de Ghoulam, vous avez raté une balle de but, racontez-nous un peu…

C’était parfaitement centré de la part de Ghoulam, mais j’étais un peu désaxé, je ne pouvais pas assurer plus de précision sur ce bon ballon. C’est passé juste à côté.

L’Année 2013 restera gravée dans votre tête…

Oui, c’est sûr, un contrat professionnel au Sporting, une bonne saison avec l’équipe nationale, et une qualification au Mondial, disons que c’est bien riche comme année. Ça restera gravé dans ma carrière.

Après Soudani, vous-même, c’est au tour de Zemma et Khoualed de gagner la confiance du coach Vahid, croyez-vous qu’ils sont mesure de relever le défi et d’honorer le joueur local ?

C’est normal, lorsqu’on  regarde comment ils ont tenu leur rôle dans ce match capital face au Burkina Faso, Zemma et Khoualed peuvent gagner leur place. Moi personnellement, je me considère toujours comme un produit local, et je ferai tout pour honorer le joueur algérien en Europe et en sélection. Je n’oublie pas d’où je viens.

Vous avez perdu votre grand-mère à la veille d’un match important en championnat, face à Porto je crois, comment avez-vous vécu ces douloureux moments ?

C’est exact, c’est le Mektoub, c’était la grand-mère paternelle, j’étais très affecté mais c’est la vie. J’espère qu’après cette qualification au Mondial, mes parents et ma famille seront fiers de moi, j’espère leur avoir procuré de la joie.

Le coach Vahid a été très clair avec vous, le Mondial exige des sacrifices, allez-vous changer de club lors du prochain mercato ou bien allez-vous vous battre pour vous imposer à Lisbonne ?

Je ne pense pas que je vais changer de club, mais soyez sûr que je vais finir par m’imposer. Après, il vaut mieux jouer 15 minutes par match et marquer à chaque fois pour gagner en confiance que de disputer 10 matchs de suite sans inscrire le moindre but.  Ne vous inquiétez pas, j’ai envie de jouer le Mondial, je m’efforcerai de m’imposer au Sporting.

Une Coupe du monde ça fait rêver mais les Algériens veulent plus, une qualification au second tour…

C’est notre souhait à tous. Maintenant savourons notre qualification et inch’Allah on va bien se préparer pour réaliser le meilleur mondial possible.