Sécurité des sites pétroliers en Algérie,Quatre sociétés étrangères se partagent le marché

Sécurité des sites pétroliers en Algérie,Quatre sociétés étrangères se partagent le marché

21012013.jpgL’attaque perpétrée par les terroristes contre le complexe de Tiguentourine à In Aménas a mis à nu tout le système de sécurité imposé par les sociétés étrangères et les négligences de la Sonatrach sur les questions de protection des sites. Dans ce magma de sécurité des installations pétrolières, les intérêts financiers se mêlent souvent à la corruption et surtout à l’espionnage.

Dans le cas particulier de l’association avec la compagnie britannique BP et la norvégienne Statoil, la Sonatrach a fait preuve d’absence de stratégie en matière de sécurité. Pendant des années, la conception de la sécurité de l’association était assurée exclusivement par une société britannique, Stirling. Constituée d’experts en stratégie et de sécurité, Stirling a obtenu de nombreux contrats en Algérie pour des millions de dollars sans pour autant livrer des prestations supérieures à celle que pourraient proposer des sociétés algériennes.

Il aura fallu attendre les nombreux scandales qui ont ébranlé la Sonatrach, pour voir Stirling changer de stratégie, car les associations de droit algérien ne pouvaient plus s’offrir des prestations sur le territoire national, rémunérées en devises. C’est alors qu’est née la société Algerian Facilities Management Company (AFMC). Elle est le fruit d’un partenariat entre Stirling et une Société Algérienne de Services, utilisant l’image de notoriété du fils d’un ancien président de la République. Mais dans les relations entre BP et Stirling, il n’y a pas que les bonnes affaires. On trouve surtout des aberrations souvent tolérées par la Sonatrach sous le prétexte que les normes britanniques sont les meilleures dans les activités HSE (hygiène, sécurité et environnement). Cette situation a fait que le transport routier de BP soit assuré pendant des années par le frère de Abou Zeid, l’émir de la zone de l’Aqmi.

C’est également, en prenant le contrôle des activités HSE que BP a pu opérer un véritable massacre sur les puits d’In Salah et provoqué une déplétion précipitée du réservoir. Avec cette même logique, les normes de sécurité ont été bafouées sur les sites d’In Aménas, situés pourtant à quelques dizaines de kilomètres de la Libye qui vit depuis 2010 des tensions d’ordre sécuritaire. Au lieu de confier la protection des sites à une société de gardiennage et de sécurité dont les employés sont suffisamment armés, on s’est contenté d’engager de simples agents de sécurité, démunis de moyens conséquents et manquant surtout d’expérience. La logique britannique a même fait en sorte que le détachement militaire soit installé en dehors du complexe. La mauvaise évaluation du risque a fait le reste ensuite.

Situation de monopole

En Algérie, ce sont quatre sociétés étrangères de sécurité qui dominent le secteur pétrolier. Deux d’entre elles, Stirling et Control Risks, sont de droit britannique.

Leurs concurrentes, GEOS et Amarante, sont françaises. La société Amarante est dirigée par Pierre- Antoine Lorenzi, ancien haut fonctionnaire du ministère de la Défense, et Alexandre Hollander, ancien officier supérieur des forces spéciales et du renseignement. GEOS, quant à elle, est dirigée par un général de corps d’armée, Jean Heinrich dont la fonction officielle est celle de président du directoire.

Le général Jean Heinrich a fait sa carrière dans les opérations spéciales et le renseignement. Il a notamment dirigé le Service Action puis la Direction des opérations de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), avant de fonder la Direction du renseignement militaire (DRM).

Ces deux sociétés de sécurité disputent les gros contrats algériens avec la célèbre compagnie britannique Control Risks, connue pour ses capacités à gérer les affaires de sécurité dans les environnements complexes et hostiles. On lui attribue même les capacités à gérer des coups d’Etat à travers ses 33 bureaux implantés sur les cinq continents. Pourtant, sur l’échiquier algérien, figurent de nombreuses sociétés de sécurité où activent d’anciens cadres très compétents de l’armée. Ces officiers et généraux ont prouvé leur capacité à gérer les situations sécuritaires les plus complexes dans la lutte contre le terrorisme. La Sonatrach n’a jamais tenté d’imposer ces compétences algériennes dans ses associations avec les compagnies étrangères.

Mokhtar Benzaki