Treize futurs « conseillers sportifs » ont décroché leur diplôme sans jamais passer le moindre examen. Des notes inventées, des dossiers qui s’évaporent, des noms d’enseignants glissés à leur insu dans des listes de présence, et au bout du couloir, une secrétaire générale qui, pour avoir osé dénoncer la fraude, a payé le prix fort. Dimanche 14 juin, l’affaire a atterri sur le bureau du tribunal correctionnel de Bir Mourad Raïs, dans une atmosphère tendue où les masques sont tombés les uns après les autres.
Corruption : ce qui s’est réellement passé à l’École supérieure des sciences du sport de Dali Ibrahim
Selon les informations rapportées par Echourouk, tout a commencé par une lettre. En août 2024, une enseignante, identifiée sous l’initiale « Q.K », alerte la direction de l’École supérieure en Sciences et Technologie du Sport (ES/STS) de Dali Ibrahim. Son nom a été inscrit dans les bulletins de notes de la promotion 2023/2024. Alors qu’elle n’a jamais fait passer d’épreuves de physiologie à qui que ce soit.
La secrétaire générale de l’établissement, Zineb B., saisit l’alerte et ouvre une enquête interne. Ce qu’elle découvre dépasse la simple erreur administrative. Les notes de toutes les matières ont été falsifiées, aucun examen réel n’a eu lieu, des étapes incontournables du processus pédagogique. Programmation des épreuves, fiches d’évaluation, délibérations du conseil des enseignants, remise des copies ont été court-circuitées. Son propre nom figure en prime dans la liste des intervenants pour la matière « entrepreneuriat sportif », alors qu’elle était en congé maladie depuis le 24 septembre 2023 jusqu’à la fin avril de la même année. Elle porte l’affaire devant la justice.
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Six cadres de l’école se sont retrouvés dimanche sur le banc des prévenus. Le parquet a requis trois ans de prison ferme contre « B.A », ancien directeur des études, et deux ans ferme contre les cinq autres : « R.B », chargé de la gestion de l’établissement, « A.M.Ch », chef du département technologie et entraînement sportif, « R.J », chef du service de la scolarité, « D.M », responsable de la sous-direction des études, et « Z.B », attaché principal au service enseignement-évaluation-stages.
Bulletins vierges, dossiers disparus : les mécanismes d’une fraude méthodique
Les charges retenues contre les prévenus sont précises ; abus de fonction en violation des lois et règlements dans le but d’obtenir des avantages indus pour autrui, falsification de documents administratifs et usage de faux. Des infractions prévues à l’article 33 de la loi anticorruption 01/06 et à l’article 22 de la loi relative au faux et à l’usage de faux.
À la barre, la secrétaire générale a complété son témoignage en détaillant d’autres irrégularités. Des dossiers complets de la promotion portés disparus, des noms d’enseignants inscrits dans les grilles de notation alors qu’ils n’avaient dispensé aucun cours, et le non-respect de toutes les étapes réglementaires ordinaires, aucune programmation officielle des épreuves, aucune fiche d’évaluation, aucun conseil de classe, aucune remise de copies.
La magistrate, visiblement agacée par les dénégations à répétition, a sorti l’artillerie lourde. Des tableaux de service portant le cachet personnel du directeur des études, des procès-verbaux signés, des minutes de réunions. Face à chaque document exhibé, le principal prévenu « B.A » s’est enfoncé dans des contradictions flagrantes. Il avait d’abord assuré avoir bien évalué ses étudiants en fin de troisième semestre dans sa matière de nutrition sportive. Plus tard dans l’audience, il a admis n’avoir procédé à aucune évaluation finale. Et avoir laissé les dossiers sans suite sur son bureau.
« Je l’ignorais »… « j’ai signé de bonne foi » : les arguments des cinq autres prévenus
Les cinq co-prévenus ont choisi une ligne de défense quasi identique, la bonne foi. « R.B », chargé de la gestion de l’école, a soutenu n’avoir appris l’existence des irrégularités qu’après l’ouverture de la plainte, et que le directeur des études (qui occupait simultanément deux fonctions au sein de l’établissement) avait quitté son poste le 20 mai 2024 sans informer la nouvelle direction de l’absence totale d’examens.
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Le chef de département « A.M.Ch » a reconnu avoir signé les bulletins et le procès-verbal final des délibérations, mais a affirmé l’avoir fait « en toute confiance envers l’administration ». Il a précisé que cette promotion était la première du genre dans l’école. Une formation spécialisée pour athlètes de haut niveau. Avec des cours dispensés à distance au vu des contraintes compétitives des étudiants. Et qu’il n’avait reçu aucune convocation pour un examen écrit. « Je n’ai pas remarqué les anomalies », a-t-il conclu.
Le chef de la scolarité « R.J », lui, a nié avoir été associé à la préparation des bulletins litigieux. Arguant que le directeur des études gérait cette promotion en direct et en toute autonomie.
En outre, la confrontation des prévenus avec les témoins et les pièces du dossier a progressivement mis à nu les contradictions de chacun. La juge a démontré avec méthode que des signataires prétendument ignorants avaient bel et bien participé aux réunions de délibération, approuvé des documents et apposé leurs paraphes sur les procès-verbaux finaux.
La plaignante à bout de nerfs, la Trésorerie réclame un audit
En fin d’audience, la défense de la victime Zineb B. a chiffré le préjudice subi à deux millions DA. Réclamant réparation pour le tort matériel et moral causé. De son côté, la Trésorerie publique a demandé l’ouverture d’une information complémentaire assortie d’une expertise comptable. Afin d’évaluer le montant global des fonds détournés lors de cette opération.
Avant la clôture des débats, la secrétaire générale, celle-là même qui avait déclenché l’alerte, a fait irruption dans la salle dans un état de grande détresse. Elle a crié à la juge : « Madame la présidente, j’ai été victime d’injustice ! Ils m’ont révoquée, m’ont privée de mes fonctions, m’ont menacée et fait subir des pressions terribles. Mon fils et moi avons vécu dans la peur. Et le résultat, c’est que mon fils a échoué aujourd’hui au brevet. » Elle a fondu en larmes en ajoutant avoir subi du « harcèlement administratif moral » pour avoir dénoncé les faits. La juge a tenté de la calmer avant de demander la sécurité de l’accompagner hors de la salle.
Enfin, l’affaire a été mise en délibéré. Le verdict est attendu prochainement.
