Le procureur général près la Cour d’Alger a requis les peines les plus sévères à l’encontre des mis en cause dans une affaire de corruption d’une extrême gravité impliquant 24 prévenus. Le président de la troisième chambre pénale de la même juridiction a, pour sa part, fixé le prononcé du verdict au 27 avril en cours.
Selon le média « Echourouk », le ministère public a demandé un durcissement des sanctions contre plusieurs figures clés du dossier, notamment l’homme d’affaires connu « M. Abdelnour », titulaire d’un contrat à long terme avec la résidence d’État de Sahel, ainsi que « H. Mohamed », fils d’un ancien wali d’Oran. Sont également concernés le chef du bureau du contentieux de la résidence d’État du Sahel, le président de la commission d’ouverture des plis des marchés publics, ainsi que des membres des communes d’Ouled Fayet et de Bologhine (Alger), en plus de plusieurs entrepreneurs, commerçants et particuliers.
Les accusés comparaissent pour une série de chefs d’inculpation lourds, allant de l’abus de fonction et du trafic d’influence au blanchiment d’argent et à la dissimulation de preuves, en passant par la conclusion de marchés publics en violation de la réglementation, l’octroi d’avantages indus sous pression, la violation du secret professionnel, ainsi que la falsification et l’usage de faux. Ces infractions sont prévues et réprimées par la loi 01-06 relative à la prévention et à la lutte contre la corruption.
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Origines et déroulement de l’affaire
L’affaire trouve son origine dans une enquête judiciaire visant un ancien wali d’Oran, soupçonné d’avoir cédé plusieurs biens immobiliers et mobiliers — dont un appartement et un bateau de plaisance — au profit de son fils. Ce dernier a ensuite revendu l’appartement situé à Ouled Fayet (Alger) ainsi que d’autres biens dans des conditions jugées suspectes à l’homme d’affaires « Abdelnour », actuellement placé en détention provisoire.
La poursuite des investigations, notamment l’exploitation du téléphone portable du principal mis en cause, a permis aux enquêteurs de découvrir des courriels révélant de graves irrégularités dans l’attribution de marchés publics. Ces derniers ont été octroyés en sa faveur avec la complicité de membres de commissions d’ouverture des plis, dans le cadre de projets immobiliers à Bologhine et Ouled Fayet. D’autres marchés ont également bénéficié à des entrepreneurs dont les registres de commerce ont été retrouvés en sa possession, en plus de la signature de contrats de sous-traitance jugés illégaux.
Enregistrements téléphoniques et complicités découvertes
Selon la même source, les analyses techniques ont également mis au jour des enregistrements de conversations téléphoniques entre « Abdelnour » et plusieurs interlocuteurs, dont le président de la commission d’ouverture des plis de la résidence d’État, « T. Mohamed ». Ces échanges révèlent des fuites d’informations confidentielles concernant des offres soumises par des opérateurs économiques.
Les investigations ont conclu à l’existence d’un réseau relationnel étendu impliquant des cadres de la résidence d’État, le chauffeur de l’ancien secrétaire général de la Présidence de la République, ainsi que plusieurs responsables et opérateurs économiques.
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Révélations chocs lors de l’audience !
Selon toujours « Echourouk », l’ensemble des accusés ont rejeté en bloc lors de leur comparution les faits qui leur sont reprochés. Le principal prévenu, « Abdelnour », a nié toute relation compromettante avec le fils de l’ancien wali ou avec d’autres protagonistes du dossier. Il a affirmé que ses transactions remontaient à la période 2014-2019 et relevaient d’opérations commerciales ordinaires, notamment l’achat d’un bateau de plaisance, d’un véhicule et d’un appartement acquis pour un montant de 3 milliards de centimes, payé par tranches.
Concernant les accusations de faux et usage de faux, notamment liées à un certificat de bonne exécution attribué à une école supérieure d’hôtellerie et de restauration, l’accusé a rejeté toute implication, affirmant disposer de documents similaires délivrés par la Présidence de la République et le ministère de la Défense nationale.
De son côté, le fils de l’ancien wali a également nié l’ensemble des charges, contestant toute transaction suspecte et affirmant que l’acquisition de l’appartement en question, formalisée en 2019, ne provenait pas de fonds illicites.
Dans sa plaidoirie, l’avocat de « Abdelnour », Me Abdi Ahcene, a entrepris de démonter les éléments à charge, soutenant que les faits reprochés s’inscrivent dans des pratiques administratives normales et ne constituent pas des infractions. Il a également insisté sur l’absence de preuves techniques établissant les faits de falsification, estimant que le dossier repose davantage sur des suppositions que sur des éléments matériels probants.
L’avocat a, en outre, rappelé le principe fondamental de la présomption d’innocence, soulignant que le doute doit bénéficier à l’accusé, en l’absence de preuves irréfutables. Il a critiqué la méthodologie de l’enquête, jugée partielle et décontextualisée, avant de conclure en plaidant l’acquittement de son client, au regard des lacunes et insuffisances relevées dans le dossier.
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