Sans le nommer expressément: Hamrouche épingle Bouteflika et son mode de gouvernance

lundi 14 janvier 2019 à 11:19
Source de l'article : Lesoirdalgerie.com

L’ancien chef de gouvernement, Mouloud Hamrouche, brise un long silence, quasiment de cinq années, et livre son analyse de la situation générale du pays, en cette conjoncture politique si particulière. L’homme le fera toutefois à sa manière, via une très longue contribution, publiée par le quotidien El Watan, dans son édition d’hier. «De l’Etat et de la gouvernance», tel est l’intitulé du texte produit par Mouloud Hamrouche.

Kamel Amarni – Alger ( Le Soir) – Sous des dehors d’un travail académique et intellectuel sur les notions de l’Etat, de la gouvernance et du pouvoir en Algérie, cette contribution de l’ancien chef de gouvernement est, en fait, un réquisitoire sans états d’âme, contre Abdelaziz Bouteflika, son bilan et son mode de gouvernance. L’on peut, ainsi, à loisir, y déceler une multitude d’allusions qui ne souffre aucune ambiguïté.

Parlant par exemple de l’évolution des Etats nations en Europe, Hamrouche écrira que «ce modèle d’Etat-nation avait libéré les peuples d’Europe de l’acte d’allégeance à des monarchies divines (…) Cette transmutation a permis aux citoyens de faire acte de fidélité à la communauté nationale, à l’Etat national de leur pays, à sa Constitution et non plus à ses dirigeants ou gouvernants». Il n’y a qu’à voir le comportement et la mode à la glorification quotidienne de Bouteflika, de son programme et de son bilan, chez le personnel politique, syndical et associatif du pouvoir pour saisir au vol cette allusion de Hamrouche.

«Des expériences plus immédiates d’un demi-siècle, dans notre voisinage, pays arabes et autres pays du Sud, ont démontré que tout régime qui ne s’accommode pas d’un ordre national institutionnel, de contre-pouvoir et surtout de contrôle ne peut pas résister aux conjonctures et aux tempêtes, ni lui, ni son armée, ni son peuple. Faute de volonté souveraine exercée en interne et incarnée par un Etat national et un gouvernement comptable.» Et, comme s’il s’adressait directement à l’actuel locataire d’El-Mouradia, l’ancien chef de gouvernement ajoutera : «Ce sont toutes ces raisons qui font que l’Etat et la gouvernance nationale sont deux notions et deux problématiques distinctes.

Pour l’Etat et des hommes d’Etat, il n’y a que des missions et des devoirs, point de pouvoir ( …) L’Etat national sanctionne le crime d’Etat ou le crime constitutionnel parce que ce sont des crimes contre l’Etat que ses fondés avaient commis ou n’ont pas su éviter. L’Etat protège ses serviteurs et ses commis. Et c’est la raison pour laquelle aucun pouvoir et/ou aucune fonction d’autorité de l’Etat ne s’exerce dans l’anonymat, sans habilitation, sans autorisation, sans vérification et sans contrôle a priori et a posteriori. C’est aussi pour que l’Etat ne soit jamais privatisé au profit d’un groupe, un intérêt, une secte ou une influence quelconque.»

C’est exactement ce que reproche l’opposition depuis des années. «Tout pouvoir de secte, d’ombre, ou d’influence non identifiée qui échappe à tout contrôle est une menace traîtresse contre l’Etat (…).» L’ancien chef de gouvernement de Chadli Bendjedid plaide pour la construction d’un Etat moderne, un Etat de droit et estimera, encore, histoire d’enfoncer davantage le clou, qu’en l’état actuel de l’évolution de l’humanité, «aucun humain ne peut plus prétendre être cet Etat ni l’incarner par lui-même.

Encore moins pour lui-même, son groupe ou un groupe d’intérêt particulier. Même si le chef de l’Etat légitime est fondé à l’étranger pour manifester une souveraineté nationale face aux autres souverainetés d’Etat et non face à d’autres pouvoirs». Candidat à la présidentielle d’avril 1999, Mouloud Hamrouche, qui avait dû quitter son poste de chef de gouvernement, en juin 1991, à la suite de la dégénérescence de la situation provoquée par la grève de l’ex-FIS, estime, par ailleurs, que l’armée devrait, dans tous les cas de figure, ne pas trop s’impliquer dans des joutes politiques au risque de perdre de sa capacité opérationnelle.

K. A.

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