Salaires à +100 %, prix des produits agricoles, exportations…Tebboune enchaîne annonces et mises en garde

Salaires à +100 %, prix des produits agricoles, exportations…Tebboune enchaîne annonces et mises en garde
Le président Abdelmadjid Tebboune – Rencontre périodique avec la presse

Face à une conjoncture marquée par la pression sur le pouvoir d’achat et les défis de transformation économique, le président Abdelmadjid Tebboune a livré une intervention dense lors de sa rencontre périodique avec la presse nationale.

De la hausse des prix agricoles à la fraude dans les exportations, en passant par les salaires, les projets industriels et la régulation des marchés, le chef de l’État a tracé plusieurs lignes directrices, tout en multipliant les mises en garde.

Prix des produits agricoles et pouvoir d’achat : Tebboune distingue entre aléas climatiques et spéculation

La hausse des prix alimentaires a occupé une place centrale. Le président a identifié deux facteurs distincts.

D’un côté, les conditions climatiques. « La première raison est les fortes précipitations qui empêchent la récolte des produits », a-t-il expliqué, évoquant des perturbations sur des cultures comme la tomate ou la pomme de terre.

De l’autre, la spéculation. Sur ce point, le ton se durcit nettement : « La justice doit être implacable », a-t-il insisté, en ajoutant que « celui qui prive le citoyen de sa nourriture doit être puni ».

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À l’approche de l’Aïd El-Adha, il a adressé un avertissement direct concernant le marché du bétail :
« J’espère qu’il n’y aura pas de spéculation sur les moutons de l’Aïd, car celui qui s’y implique en paiera le prix ».

Le président rappelle que l’État engage des ressources importantes pour stabiliser les marchés. Notamment à travers l’importation de cheptel, afin de contenir l’impact sur le pouvoir d’achat.

Sous-facturation des exportations : 350 millions de dollars non rapatriés

Autre révélation marquante, l’existence d’un manque à gagner de 350 millions de dollars lié aux exportations.

« Nous avons récemment découvert que 350 millions de dollars n’étaient pas entrés dans les caisses de l’État », a déclaré Abdelmadjid Tebboune.

Le mécanisme repose sur la sous-facturation. Des exportateurs déclarent des montants inférieurs à la valeur réelle pour transférer une partie des devises à l’étranger. « Nous nous sommes débarrassés d’une bande qui faisait dans la surfacturation et nous nous sommes retrouvés devant une autre bande qui fait dans la sous-facturation », a-t-il précisé.

Ce phénomène intervient alors que l’Algérie cherche à renforcer ses exportations hors hydrocarbures, avec un objectif affiché de montée en puissance dans les prochaines années.

Transformation économique : fin de l’export brut et cap sur la valeur ajoutée

Concernant les ressources naturelles, le président a annoncé une orientation claire, l’interdiction de leur exportation à l’état brut.

Les matières premières et les richesses minières devront désormais être transformées localement. L’objectif consiste à développer une industrie de transformation et à capter davantage de valeur sur le territoire national.

Dans cette logique, Abdelmadjid Tebboune affirme que la transition vers une économie moins dépendante des hydrocarbures « n’est plus un slogan », mais une réalité en cours de construction.

La séparation récente entre les secteurs des hydrocarbures et des mines s’inscrit dans cette dynamique, afin de permettre à chaque filière de se développer de manière autonome.

Salaires et redistribution : Tebboune s’engage pour un objectif de +100 % d’ici 2027

Sur le volet social, le président a réaffirmé son engagement en matière de pouvoir d’achat.

« Je me suis engagé qu’à la fin 2027, j’arriverai à 100 % d’augmentation », a-t-il déclaré, en précisant que la hausse atteint actuellement 47 %.

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Cette progression s’appuie, selon lui, sur l’accélération des investissements et sur une volonté de mieux redistribuer le revenu national. Il souligne que l’Algérie figure parmi les pays qui accordent une attention particulière aux travailleurs à revenus modestes.

Transparence financière et argent sale : durcissement des règles

Le chef de l’État a également abordé la lutte contre les pratiques illégales dans l’économie et la politique. Toute implication de l’argent sale dans la vie politique entraînera des sanctions immédiates :

  • Poursuites judiciaires
  • Déchéance des mandats électifs
  • Levée de l’immunité

Il a assuré que ces mesures ont déjà été appliquées lors des précédentes échéances électorales.

Sur le plan financier, il a évoqué une avancée concernant la sortie de l’Algérie de la liste grise liée au blanchiment d’argent : « Cela a été levé, presque… Presque, c’est fini ».

Par ailleurs, il a insisté sur la nécessité de généraliser la bancarisation pour lutter contre la circulation de fausse monnaie. Notamment lors de périodes de forte activité commerciale comme l’Aïd.

Vie politique, institutions et société : Tebboune trace les lignes rouges

Le président a également abordé plusieurs questions institutionnelles et sociétales.

Il a affirmé que l’Autorité nationale indépendante des élections reste « le seul responsable des voix des Algériens », en excluant toute intervention de l’administration. Le président Tebboune a également certifié que la « falsification » a disparu du vocabulaire depuis 2019.

Concernant la place des femmes, il n’exclut pas la nomination d’une femme au poste de Premier ministre. À condition qu’elle réunisse les compétences nécessaires.

Sur les libertés, il a insisté sur une distinction claire. La liberté d’expression ne doit pas servir de couverture à « l’insulte » ou à la « diffamation ». Enfin, il a rappelé que « l’unité nationale est une ligne rouge ».