Le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales a tenté de rassurer sur le maintien de la révision, mais sans pour autant avancer une quelconque date, encore moins livrer quelques indices sur les intentions des autorités.
Un autre panache de fumée vient s’ajouter au flou artistique qui entoure la révision constitutionnelle. Annoncée dans la foulée des révoltes arabes au printemps 2011, la révision de la loi fondamentale est devenue au fil des mois comme un serpent de mer : tout le monde en parle, mais bien peu de gens en ont vu.
Hôte hier de l’émission “Invité de la rédaction” de la radio Chaîne III, le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales s’est livré à un exercice de funambulisme politique : rassurer sur le maintien de la révision, mais sans pour autant avancer une quelconque date, encore moins livrer quelques indices sur les intentions des autorités. “Logiquement, les choses devraient démarrer au premier trimestre et déborder sur le premier semestre 2013, mais rien n’est encore précis à ce sujet. Il s’agit simplement de conclusions que je tire sur la base de ce qui a été dit par le président de la République”, a affirmé Ould Kablia. Il ne fournit aucun autre détail.
Ni la date de la mise en place de la commission, ni sa composante, ni encore la durée de vie de cette future structure appelée à élaborer une nouvelle copie. “À l’évidence, celle-ci (la révision, ndlr) ne peut démarrer qu’en début 2013, mais que cela dépendra du temps qui sera mis dans la mise en place de la commission de révision de la Constitution et du délai qui lui sera imparti pour finaliser son travail”, s’est contenté de répondre le ministre de l’intérieur, entretenant ainsi le flou sur un projet présenté par Bouteflika.
Il répond à Seddiki
Au président de la Commission nationale de surveillance des élections (Cnisel) qui accuse l’administration “d’entraves”, allant jusqu’à menacer d’une éventuelle dissolution la Cnisel, Daho Ould Kablia soutient que la pomme de discorde est d’ordre pécuniaire. “M. Seddiki (président de la Cnisel, ndlr) sait très bien que la loi électorale précise, dans l’un des articles, que le mandat de cette commission est gratuit et, de ce fait, il est absolument impossible de donner des indemnités aux membres de cette commission”, affirme Ould Kablia. Selon des déclarations à la presse, Seddiki évoque la question du fichier électoral, la prise en charge des membres des commissions locales et l’affichage des encadreurs, mais Ould Kablia suggère en demi-mot que des dissensions existent au sein de la commission et portent sur les indemnités. “Dans le code portant régime électoral, il est clairement signifié que le mandat de cette commission est gratuit, ce qui n’est pas le cas pour les membres de la commission de supervision qui ne reçoivent pas d’indemnités spécifiques, mais émargent sur le budget du ministère de la Justice (…)”, a précisé M. Ould Kablia. “Il appartient à cette commission de relever les erreurs de l’administration, s’il en existe, et de s’adresser à qui de droit. Mais, en tout état de cause, cette commission n’a pas à vouloir jouer le rôle de l’administration et gérer, d’une manière ou d’une autre, ce scrutin. Tout le problème est là et, de toute manière, je pense que cette commission aura la tâche un peu plus difficile cette fois-ci, compte tenu des graves dissensions qui existent en son sein. Néanmoins, nous faisons confiance à son président, M. Seddiki, qui est animé de bonnes initiatives, même s’il est un peu brouillon dans sa manière de les présenter”, a encore ajouté le ministre de l’Intérieur.
Mouvement dans le corps des walis
Concernant le prochain scrutin, il a indiqué que l’administration a pris toutes les mesures pour faire des élections locales du 29 novembre prochain un “événement particulier” qui “viendrait conforter et consolider les réformes profondes et radicales”. Même s’il considère que l’enjeu des prochaines élections est “capital”, le ministre de l’Intérieur table toutefois sur une participation oscillant entre 40 et 45%. Comme souvent, il rejette la balle dans le camp des partis concernant les critiques émises vis-à-vis de l’administration ou encore dans la relation avec les citoyens. “Si rupture il y a, ça serait (…) entre le citoyen et les partis et non pas avec l’administration”, a-t-il dit. Quant à la campagne électorale, il estime qu’elle a démarré “tièdement”, mais qu’elle “va en s’accélérant”. Par ailleurs, Daho Ould Kablia a annoncé un mouvement dans le corps des walis pour le mois de décembre prochain. “D’autres missions attendent les walis en 2013, comme peut-être la préparation d’un nouveau scrutin sur la révision de la Constitution ou autre”, ainsi que les programmes de développement qui sont en cours au titre du plan quinquennal.
Mise en garde contre une intervention militaire au Mali
Dans le prolongement de la politique prônée par l’Algérie pour le règlement de la crise au Nord-Mali, Daho Ould Kablia a encore une fois mis en garde contre les conséquences d’une intervention militaire. “Vouloir reconstituer l’unité du territoire malien par la force est une aventure qui ne pourra jamais réussir, car il s’agit d’engager une confrontation militaire qui risque d’exacerber les tensions dans toute la région”, a-t-il dit. Selon lui, la solution est politique et passe par le dialogue entre les autorités à Bamako et le MNLA et Ansar Eddine.
Par ailleurs, visiblement rappelé à l’ordre, il a tenté de rectifier ses propos polémiques sur le marché de la devise : “Je dis et je répète que le problème du change des devises, qu’il soit officiel ou parallèle, relève des autorités monétaires qui doivent trouver une solution pour que les Algériens puissent disposer, à l’avenir, de moyens leur permettant de se déplacer à l’étranger pour des soins ou autre. C’est quelque chose de tout à fait normal.”
K K
