Nouvelles révélations du site WikiLeaks sur la prison de Guantanamo dans laquelle sont détenus des prisonniers supposés appartenir à Al Qaïda. Les Etats-Unis ont libéré des dizaines de détenus à haut risque et retenu prisonniers près de 150 innocents pendant des années dans la prison militaire de Guantanamo, selon des documents fournis par WikiLeaks et publiés lundi par des médias occidentaux, notamment le quotidien Le Monde. Dans ses documents figurent les fichiers de deux algériens Ahmed Ben Saleh Ben Bacha et Abderahmane Houari.
Environ 200 détenus, qui avaient été définis comme à haut risque parce qu’ils pouvaient constituer une menace future contre les Etats-Unis ou contre les intérêts des Etats-Unis ont été libérés ou extradés vers des pays tiers, selon le New York Times qui a eu accès aux documents judiciaires américains décrivant l’histoire de 779 personnes passées depuis 2002 à Guantanamo.
220 d’entre elles seulement doivent être considérées comme de dangereux extrémistes, selon le quotidien britannique Daily Telegraph, tandis que 380 n’étaient que des militants de base appartenant à la mouvance talibane ou s’étant rendus en Afghanistan.
Au moins 150 étaient des Afghans ou des Pakistanais innocents, arrêtés et transférés à Guantanamo. Ils l’étaient sur la base de renseignements collectés dans des zones de guerre, parfois pris pour une autre personne ou qui se trouvaient simplement au mauvais endroit au mauvais moment.
Abderahmane Houari, né en 1980, a été renvoyé en Algérie en juillet 2008 après quelques années passées à Guantanamo. Le rapport révélé par WikiLeaks décrit une personne qui porte de graves séquelles de sa blessure à la tête contractée en 2001 en Afghanistan.
Le prisonnier a perdu l’usage de son un œil droit, éprouve des difficultés à parler et enregistre une perte de ses inhibitions ce qui l’emmène à uriner sur le sol, à se masturber devant les autres ou à rester nu en débit des ordres et des recommandations des gardiens.
Le rapport préconise en 2004 sa remise en liberté pour l’envoyer dans un tiers pays parce que le détenu « constitue un risque faible en raison de son état de santé ».
Abderahmane Houari a été finalement renvoyé en Algérie le 02 juillet 2008.
Le cas d’Ahmed Ben Saleh Ben Bacha est considéré comme « un risque moyen ». Né en 1969, Ben Saleh est décrit comme un combattant d’Al Qaïda ayant reconnu avoir subis des entrainements en Afghanistan. Après l’invasion de ce pays, Ben Saleh a fui vers les montagnes de Tora Bra ensuite vers le Pakistan où il a été capturé en décembre 2001 par des villageois qui l’ont ensuite vendu aux Américains. On ignore le sort réservé à ce détenu qui a passé plus de 09 ans à Guantanamo.
Environ 17 Algériens ont été détenus dans cette prison, certains y sont toujours d’autres ont été rapatriés ou obtenu l’asile en France.
Les documents de WikiLeaks relèvent par ailleurs toute l’absurdité de ce système mise en place par l’administration de Georg Bush.
C’est le cas de Mohammed Omar. Quand il a été transféré à Guantanamo en juillet 2002, il déclare avoir 15 ou 16ans – il n’est pas très sûr, écrit Le Monde. Peu après, les autorités du camp lui font subir des examens radiologiques pour déterminer sa densité osseuse, et donc son âge réel. Les médecins affirment qu’il a achevé sa croissance, ce qui fait de lui « un adulte au sens anatomique », et calculent qu’il avait sans doute 16 ans et 9 mois à son arrivée.
Naqib Ullah est un autre cas raconté par Le Monde. Originaire d’un petit village afghan, il n’a que 14 ans quand il arrive à Guantanamo en janvier 2003. Au fil des interrogatoires, on découvre que le jeune garçon a d’abord été kidnappé par une bande d’une douzaine d’hommes, qui l’ont violé sous la menace d’une arme, puis l’ont obligé à travailler pour eux.
Quand des soldats américains s’approchent du camp où Naqib est prisonnier, ses ravisseurs lui donnent un fusil et lui ordonnent de se battre contre les assaillants, puis ils s’enfuient. L’adolescent est capturé alors qu’il tient à la main une arme n’ayant jamais servi. Il est quand même envoyé à Guantanamo, car « il a peut-être connaissance des actions de résistance des talibans locaux et de leurs leaders ».
Après huit mois d’interrogatoire, les auteurs du rapport en arrivent à la conclusion que Naqib détient peut-être quelques renseignements intéressants, mais qu’il n’a jamais été un « combattant ennemi », loin de là. Ils le classent officiellement dans la catégorie des « victimes d’enlèvement et enrôlés de force ».
Il faut donc avant tout « retirer ce garçon de son environnement actuel, et lui donner une chance de s’affranchir de l’extrémisme auquel il a été soumis, puis de devenir un membre productif de sa société ». Ils recommandent de le confier à une association caritative, le temps qu’il se reconstruise. En fait, Naqib sera renvoyé en Afghanistan après un an de détention.